AVIQ (Agence pour une Vie de Qualité) : audit
Date : 2026-03-30 Catégorie : Entité fédérée wallonne. OIP (organismes d'intérêt public) Statut : 🔀 Scindé. Le handicap et la santé restent wallons, les allocations familiales sont refédéralisées
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Nom officiel : Agence wallonne de la santé, de la protection sociale, du handicap et des familles. Nom commercial : AVIQ (Agence pour une Vie de Qualité)
Base juridique : Décret du 3 décembre 2015 (décret wallon), entré en vigueur le 1er janvier 2016. Le décret découle de la sixième réforme de l'État (2014), qui a transféré les compétences en matière de santé, de bien-être et de familles du niveau fédéral vers les Régions et les Communautés.
Type d'institution : Organisme d'Intérêt Public (OIP) : type 3 (institution publique autonome dotée de la personnalité juridique), unité administrative décentralisée (Unité d'Administration Publique, UAP).
Niveau de pouvoir : Région wallonne. Exclusivement wallon (aucun équivalent au niveau fédéral pour les mêmes compétences après la sixième réforme de l'État).
Prédécesseurs :
- AWIPH (Agence wallonne pour l'intégration des personnes handicapées) : politique du handicap
- Divers services au sein du SPW (Service Public de Wallonie) pour la santé et le bien-être
- FAMIFED (fédéral) → FAMIWAL (caisse publique wallonne d'allocations familiales) : allocations familiales
Budget : Le budget total transféré à l'AVIQ s'élève à environ 6,8 milliards d'euros, dont environ 3 milliards d'euros pour les allocations familiales. L'AVIQ gère ainsi grosso modo 32 % du budget total de la Région wallonne (22 milliards d'euros en 2025). En 2026, une économie de 28,3 millions d'euros sur les missions et de 5,6 millions d'euros sur le budget de gestion a été imposée.
Personnel : l'AVIQ compte environ 1.000+ collaborateurs (les chiffres exacts en ETP fluctuent ; le rapport annuel 2020 mentionne ±800 membres du personnel interne). L'institution gère et subventionne plus de 2.000 services et structures en Wallonie.
Tutelle : conseil d'administration composé de représentants du Gouvernement wallon, des partenaires sociaux, des représentants des personnes handicapées, des familles et des acteurs de la santé. Gestion journalière assurée par un administrateur général (actuellement Françoise Lannoy). Contrôle financier via un Conseil de monitoring financier et budgétaire, avec des représentants de la Cour des comptes.
Siège : Rue de la Rivelaine 21, 6061 Charleroi. Sept bureaux régionaux répartis à travers la Wallonie.
1B. Que fait-il en pratique ?
L'AVIQ compte trois grandes branches :
1. Santé et bien-être (Bien-être et Santé)
- Remboursement des prestations de sécurité sociale dans les maisons de repos et de soins
- Organisation des soins de première ligne : soins à domicile, aide à domicile
- Prévention et promotion de la santé (budget doublé, de 40 M€ à 80 M€ en 2025)
- Financement des infrastructures d'accueil et des hôpitaux
- E-santé et numérisation des services de santé
2. Handicap
- Reconnaissance des personnes handicapées
- Politique d'accueil et d'hébergement des personnes handicapées
- Soutien à l'emploi, aménagements du domicile, aides matérielles
- Gestion de la liste d'attente unique pour l'accueil résidentiel
- Subventionnement des services d'accompagnement, d'accueil de jour et de soins résidentiels
3. Allocations familiales (Familles)
- Régulation et contrôle des 5 caisses wallonnes d'allocations familiales (Famiwal, Camille, Infino, Kidslife, Parentia)
- Gestion budgétaire des allocations familiales. Environ 900.000 enfants en Wallonie
- Garantie que toutes les caisses versent les mêmes montants de base et les mêmes suppléments
Chevauchements avec d'autres institutions :
- SPW (Service Public de Wallonie) : la politique du bien-être et de la santé relève aussi en partie de directions du SPW
- ONE (Office de la Naissance et de l'Enfance) : accueil de la petite enfance, mais cela relève de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), pas de l'AVIQ → chevauchement dans les matières personnalisables
- SPF Sécurité sociale et INAMI. Compétences fédérales résiduelles en matière de soins de santé qui n'ont pas été transférées
- VAPH (agence flamande pour les personnes handicapées) : équivalent flamand, mais avec un modèle fondamentalement différent (financement qui suit la personne depuis 2017)
Indicateurs de performance : l'AVIQ publie des rapports annuels avec des chiffres d'activité, mais il n'existe pas de KPI systématiques et publiquement accessibles avec benchmarking. Le Gouvernement wallon a imposé en 2026 un « recentrage des missions », ce qui implique que le suivi des performances était jusque-là insuffisant.
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas. WMO + UWV + communes Depuis la décentralisation de 2015 (les « 3 décentralisations »), le bien-être, l'aide à la jeunesse et la participation au marché du travail des personnes handicapées ont été transférés aux 342 communes via la Wet Maatschappelijke Ondersteuning (WMO 2015). L'UWV gère de manière centralisée les assurances incapacité de travail et chômage. Le modèle est donc scindé : les communes assurent les soins et l'accompagnement, l'UWV verse les allocations.
Résultats : mitigés. Les communes ont reçu moins de budget que ce que l'État dépensait auparavant (-15 %), ce qui a entraîné des dépassements. Mais les communes les plus progressistes ont obtenu de meilleurs résultats en matière d'autonomie. Le modèle impose une responsabilité locale. Qui décide, paie.
Allemagne. Eingliederungshilfe (réforme BTHG 2020) La Bundesteilhabegesetz (BTHG) a sorti la politique du handicap de l'aide sociale (Sozialhilfe) pour en faire un droit moderne à la participation. Exécution par les Landkreise et les kreisfreie Städte (niveau local), dans des cadres fédéraux. La Bundesagentur für Arbeit accompagne l'intégration sur le marché du travail. Depuis 2020, les seuils de patrimoine ont été fortement relevés (50.000 euros) et les partenaires ne sont plus mis à contribution sur leurs revenus.
Résultats : séparation plus nette entre soins et revenu. Plus de liberté de choix pour les personnes handicapées. Mais la mise en œuvre varie fortement d'une entité fédérée à l'autre.
Danemark. Les communes (98) Les 98 communes danoises sont intégralement responsables de tous les services sociaux : soins aux personnes âgées, handicap, bien-être, prévention. La Social Services Act (Serviceloven) constitue le cadre, mais les communes déterminent elles-mêmes le niveau et le type de services. Il n'existe pas d'agence nationale distincte. Tout se trouve à la commune.
Résultats : autonomie locale très large, mais aussi de grandes différences entre communes. Récemment (2025), le Danemark a opéré des économies qui mettent en péril la vie des personnes handicapées.
Flandre. VAPH Le VAPH (agence flamande pour les personnes handicapées) travaille depuis 2017 avec un financement qui suit la personne (PVF) : les personnes handicapées reçoivent un budget propre, adapté à leurs besoins, et choisissent elles-mêmes comment organiser leur soutien. C'est un modèle fondamentalement différent du système piloté par l'offre de l'AVIQ en Wallonie.
Résultats : plus de liberté de choix et d'autonomie, mais aussi des listes d'attente énormes (plus de 18.000 personnes en attente en Flandre en 2024). Le Vlaams Mensenrechteninstituut (institut flamand des droits humains) a qualifié ces listes d'attente d'« inadmissibles ».
1D. Problèmes et critiques
1. Listes d'attente dans le handicap Comme en Flandre (VAPH), l'AVIQ est confrontée à des listes d'attente pour l'accueil résidentiel des personnes handicapées. Il existe une « liste d'attente unique », mais l'écoulement est lent en raison du manque de capacité.
2. Exode du handicap français vers la Wallonie Un rapport conjoint des Cours des comptes française et belge (septembre 2024) a révélé qu'environ 8.200 citoyens français en situation de handicap séjournent dans des institutions wallonnes (7.000 adultes + 1.200 enfants en 2022) : une multiplication par sept. Le coût pour la sécurité sociale française : environ 500 millions d'euros par an. Les inspections ont montré « de graves manquements dans plus de 60 institutions », dont une vingtaine accueillant des résidents français. Cela révèle des problèmes de capacité et de qualité dans le système wallon.
3. Économies budgétaires 2025-2026 Le Gouvernement wallon a imposé à l'AVIQ des économies de 28,3 millions d'euros sur les missions et de 5,6 millions d'euros sur la gestion (2026). La devise : « faire mieux avec moins ». L'indexation du budget de gestion a été gelée. Et ce dans un contexte de vieillissement croissant. D'ici 2060, près d'un Wallon sur 4 aura plus de 65 ans.
4. Pas de financement qui suit la personne Contrairement à la Flandre (le PVF via le VAPH) et à l'Allemagne (le BTHG), l'AVIQ fonctionne encore largement de manière pilotée par l'offre : le budget va aux institutions, pas à la personne. Cela limite la liberté de choix des personnes handicapées.
5. Gouvernance complexe L'AVIQ combine trois branches fondamentalement différentes (santé, handicap, allocations familiales) dans une seule institution. La logique en est douteuse : les allocations familiales n'ont opérationnellement pas grand-chose à voir avec les soins résidentiels du handicap ou la prévention en santé. En Flandre, ces domaines sont séparés (le VAPH pour le handicap, Opgroeien pour les allocations familiales et l'accueil de la petite enfance, l'agence Zorg & Gezondheid pour la santé).
6. Numérisation tardive L'AVIQ n'a lancé que récemment une « Transformation digitale inclusive » avec des projets comme « Mon AVIQ Citoyen » et « Mon AVIQ Opérateur ». Mais la maturité numérique reste en retard sur la Flandre et plus encore sur les modèles scandinaves et néerlandais.
7. Chevauchement avec le SPW et l'ONE La politique de santé et de bien-être relève en partie de l'AVIQ, en partie du SPW. L'accueil de la petite enfance et la politique liée à l'enfance relèvent de l'ONE (FWB) : mais les allocations familiales de l'AVIQ (wallon). Après la suppression de la FWB proposée par HART, cela devrait être simplifié.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | L'AVIQ est une institution régionale. Mieux que le fédéral pour les matières personnalisables. Mais la combinaison de trois compétences très différentes dans un seul organe n'est pas optimale. La politique du handicap et la politique familiale pourraient être plus proches du citoyen (niveau local). |
| 2 | Transparence | ❌ | Le citoyen voit difficilement qui décide et qui paie. Un budget de 6,8 Mds € morcelé sur trois branches. Aucun tableau de bord public de KPI. On ne sait pas quelle part du budget va aux frais de structure plutôt qu'aux services. |
| 3 | Responsabilité = financement | ⚠️ | L'AVIQ décide des dépenses, mais le financement provient en grande partie de dotations fédérales (loi spéciale de financement) et de moyens de la Région wallonne. Recettes propres limitées. Le fiscal gap est considérable : qui décide (l'AVIQ, la Wallonie) n'est pas qui perçoit (le fédéral). |
| 4 | Simplicité | ❌ | Trois branches fondamentalement différentes dans un seul OIP. Chevauchements avec le SPW, l'ONE, l'INAMI. 5 caisses d'allocations familiales sous le contrôle de l'AVIQ. 7 bureaux régionaux. Pour le citoyen, il est extrêmement difficile de comprendre qui est compétent pour quoi. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | Avec ±3,6 millions d'habitants wallons, l'échelle suffit pour une agence régionale. Mais pour des services spécialisés du handicap, l'échelle peut être trop grande (trop loin du citoyen) et, pour la politique de santé, trop petite (sous l'échelle minimale européenne ou fédérale). |
| 6 | Compétences concurrentes | ❌ | Aucune place pour l'innovation régionale ou locale. L'AVIQ est le seul canal. Pas de concurrence ni de benchmarking avec d'autres entités. Contrairement à l'Allemagne (les Landkreise peuvent innover) ou aux Pays-Bas (les communes déterminent leur propre politique). |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Pas de KPI publics avec benchmarking. Aucune évaluation systématique des résultats obtenus (qualité de vie, autonomie). Le fait que le Gouvernement wallon ait dû imposer en 2026 un « recentrage des missions » révèle un pilotage interne insuffisant par les résultats. |
| 8 | Numérique d'abord | ❌ | Le projet de numérisation « Mon AVIQ » n'a démarré que récemment. Le principe once only n'est pas mis en œuvre. Les listes d'attente ne sont pas encore publiées de manière transparente et en temps réel. Retard sur la Flandre et la Scandinavie. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | Le modèle AVIQ (une seule grande agence avec trois branches divergentes, un financement piloté par l'offre) n'a aucun exemple international qui en ferait une best practice. Les Pays-Bas, l'Allemagne et le Danemark vont précisément dans l'autre sens : des entités plus petites et spécialisées, plus proches du citoyen, avec un financement qui suit la personne. |
Synthèse : 0 × ✅, 3 × ⚠️, 6 × ❌. Les gains les plus importants se situent au niveau de la simplicité (scission en entités spécialisées), de l'orientation résultats (mesurer les KPI et les résultats obtenus), et des modèles éprouvés à l'étranger (instaurer le financement qui suit la personne).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🔀 Scindé l'AVIQ est scindée en deux entités spécialisées au sein de l'entité fédérée wallonne. Les allocations familiales sont refédéralisées (voir l'audit Groeipakket). Instauration du financement qui suit la personne pour le handicap.
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
L'AVIQ est scindée en deux entités + refédéralisation des allocations familiales :
- Agence Handicap Wallonie toutes les compétences liées au handicap, y compris la reconnaissance, les soins résidentiels, l'accueil de jour, l'emploi et les aides matérielles. Instauration du financement qui suit la personne sur le modèle flamand et allemand.
- Agence Santé & Bien-être Wallonie prévention en santé, soins de première ligne, soins aux personnes âgées, soins à domicile, e-santé. Intégration des directions concernées du SPW afin d'éliminer les chevauchements.
- Allocations familiales → refédéralisation : la compétence des allocations familiales revient au niveau fédéral. C'est cohérent avec la proposition de HART pour le Groeipakket (Flandre), où la même refédéralisation est proposée. Un seul système fédéral d'allocations familiales pour tous les enfants de Belgique. Pas 4 systèmes différents par entité fédérée. Les 5 opérateurs de paiement wallons (Famiwal, Camille, Infino, Kidslife, Parentia) sont intégrés dans le régime fédéral.
Financement qui suit la personne dans le handicap :
- Sur le modèle allemand du BTHG : séparation entre soins et revenu
- Les personnes handicapées reçoivent un budget personnel fondé sur leur besoin de soutien
- Liberté de choix : choisir soi-même entre les prestataires
- Seuil de patrimoine relevé (modèle allemand : 50.000 euros)
- Introduction progressive sur 5 ans
Tableau de bord KPI et benchmarking :
- Tableau de bord public en ligne avec les listes d'attente, les délais de traitement et la satisfaction des bénéficiaires
- Benchmarking annuel avec la Flandre, les Pays-Bas et l'Allemagne
- Financement aux résultats : une partie du budget octroyé aux structures est liée aux résultats obtenus
Numérique d'abord :
- Portails « Mon Handicap » et « Mon Bien-être » avec le principe once only
- Consultation des listes d'attente en temps réel
- Procédures de demande numériques par défaut, guichet physique comme filet de sécurité
Niveau de pouvoir : entité fédérée wallonne pour le handicap et la santé. Fédéral pour les allocations familiales (refédéralisation).
Cohérence avec les autres propositions de HART :
- Groeipakket (Flandre) : également refédéralisé. Les allocations familiales redeviennent un seul système fédéral
- Kind en Gezin / Opgroeien (Flandre) : l'accueil de la petite enfance et le soutien aux familles restent au niveau de l'entité fédérée, les allocations familiales passent au fédéral
- ONE (FWB) : après la suppression de la FWB, les compétences en matière d'accueil de la petite enfance deviennent wallonnes, les allocations familiales fédérales
Modèle international : l'Allemagne (BTHG 2020) pour le handicap, les Pays-Bas (WMO + UWV) pour la séparation entre soins et allocations, le modèle scandinave pour la numérisation. Pour les allocations familiales : la quasi-totalité des pays européens ont un seul système national (Allemagne : Kindergeld via la Familienkasse, Pays-Bas : AKW via la SVB, Danemark : børne- og ungeydelse au niveau national).
Gain d'efficience estimé :
- Élimination de frais de structure par la fusion avec des directions du SPW : 10 à 20 M€/an (fusion SPW uniquement)
- Meilleure allocation grâce au PVF (moins de lits vides, moins d'inefficience liée au pilotage par l'offre) : 15 à 30 M€/an à terme (le PVF réaffecte le budget, il ne réduit pas les coûts. L'expérience flamande du VAPH montre des listes d'attente qui s'allongent, pas des économies)
- Simplification de la gouvernance (1 conseil d'administration mammouth → 2 conseils spécialisés et plus légers) : décisions plus rapides
- Refédéralisation des allocations familiales : élimination de 4 systèmes parallèles, avantages d'échelle, égalité de traitement de tous les enfants belges
Trajet de mise en œuvre :
- Année 1 : cadre légal de la scission + décret PVF + loi spéciale de refédéralisation des allocations familiales
- Années 2-3 : scission organisationnelle, migration ICT, projets pilotes PVF, transfert des allocations familiales au fédéral
- Années 3-5 : déploiement complet du PVF, tableau de bord KPI opérationnel, système fédéral d'allocations familiales opérationnel
- Année 5 et suivantes : évaluation et ajustement
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
AVIQ (bien-être, handicap, santé) : scindé L'AVIQ est scindée : le handicap et la santé restent wallons avec un financement qui suit la personne, les allocations familiales sont refédéralisées. Un seul système d'allocations familiales pour tous les enfants belges.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
L'AVIQ (Agence pour une Vie de Qualité) est une institution publique wallonne créée en 2016 après la sixième réforme de l'État. Elle gère simultanément trois domaines totalement différents : la santé et le bien-être, la politique du handicap et les allocations familiales. Avec un budget d'environ 6,8 milliards d'euros (dont 3 milliards d'euros d'allocations familiales), l'AVIQ gère grosso modo un tiers du budget de la Région wallonne. L'agence compte plus de 1.000 collaborateurs, subventionne plus de 2.000 services et dessert notamment 900.000 enfants via les allocations familiales.
Ce qui ne va pas
Le problème fondamental est triple. Premièrement : l'AVIQ combine trois domaines qui n'ont opérationnellement rien à voir les uns avec les autres. Payer des allocations familiales exige une autre expertise qu'organiser des soins résidentiels pour personnes handicapées ou mettre sur pied de la prévention en santé. En entassant tout dans une seule institution, on rend opaque pour le citoyen la question de savoir qui est responsable de quoi.
Deuxièmement : la politique du handicap reste pilotée par l'offre. Le budget va à l'institution, pas à la personne. En Flandre, un financement qui suit la personne existe depuis 2017. Les personnes handicapées choisissent elles-mêmes leur soutien. En Allemagne, la Bundesteilhabegesetz (BTHG, 2020) est allée encore plus loin en découplant totalement la politique du handicap de l'aide sociale. Sur ce plan, l'AVIQ a une décennie de retard.
Troisièmement : les problèmes de qualité et de capacité. Un rapport conjoint des Cours des comptes française et belge (septembre 2024) a révélé qu'environ 8.200 citoyens français en situation de handicap séjournent dans des institutions wallonnes. Une multiplication par sept. Parce que la France n'a pas assez de capacité propre. Le coût : 500 millions d'euros par an pour la sécurité sociale française. Les inspections ont constaté de graves manquements dans plus de 60 institutions wallonnes. Si le système est déjà sous pression avec cet afflux externe, comment peut-il servir correctement ses propres citoyens ?
Par-dessus le marché, le Gouvernement wallon a imposé en 2026 des économies de 34 millions d'euros. Alors que d'ici 2060, près d'un Wallon sur 4 aura plus de 65 ans. « Faire mieux avec moins » n'est pas une stratégie, c'est un cri de détresse.
Et puis il y a les allocations familiales : depuis la sixième réforme de l'État, la Belgique compte quatre systèmes d'allocations familiales différents (Flandre, Wallonie, Bruxelles, Communauté germanophone) : chacun avec ses propres règles, ses propres montants et ses propres opérateurs de paiement. C'est unique en Europe et indéfendable. La quasi-totalité des pays comparables ont un seul système national d'allocations familiales.
Comment cela fonctionne ailleurs
En Allemagne, la réforme BTHG (2020) a séparé la politique du handicap de l'aide sociale. Les personnes handicapées ont désormais des droits en tant que citoyens, pas en tant que bénéficiaires de l'aide sociale. L'exécution revient aux Landkreise (comparables aux provinces), proches du citoyen. Le Kindergeld (allocations familiales) est national, via la Familienkasse. Un seul système pour tous les enfants allemands.
Aux Pays-Bas, la WMO 2015 a décentralisé le bien-être et l'accompagnement vers 342 communes. Mais les allocations familiales (AKW) sont restées nationales, via la SVB. Un seul système, sans différences régionales.
Au Danemark, les 98 communes sont intégralement responsables des services sociaux, mais la børne- og ungeydelse (allocations familiales) est nationale.
Dans les trois pays : des services spécialisés et locaux pour le handicap et le bien-être, mais un seul système national d'allocations familiales.
Ce que HART propose
L'AVIQ est scindée, avec refédéralisation des allocations familiales :
Agence Handicap Wallonie toutes les compétences liées au handicap. Réforme cruciale : instauration du financement qui suit la personne, sur le modèle allemand du BTHG. Le budget suit la personne, pas l'institution. Les personnes handicapées choisissent elles-mêmes leur soutien. Introduction progressive sur 5 ans.
Agence Santé & Bien-être Wallonie prévention en santé, soins de première ligne, soins aux personnes âgées, soins à domicile, e-santé. Intégration des directions du SPW qui se chevauchent afin d'éliminer les doublons. Après la suppression de la FWB : intégration des compétences de l'ONE (accueil de la petite enfance) dans cette agence.
Allocations familiales → refédéralisation. Les allocations familiales reviennent au niveau fédéral. Cohérent avec la proposition de HART pour le Groeipakket en Flandre. Un seul système fédéral d'allocations familiales pour tous les enfants belges, où qu'ils habitent. Les 5 opérateurs de paiement wallons sont intégrés dans le régime fédéral.
Chaque agence wallonne reçoit un tableau de bord public de KPI avec les listes d'attente, les délais de traitement et la satisfaction des bénéficiaires. Un benchmarking annuel est réalisé avec la Flandre, les Pays-Bas et l'Allemagne. Les services numériques deviennent la norme, avec le principe once only : le citoyen ne communique ses informations qu'une seule fois.
Ce que cela rapporte
- Transparence : deux agences spécialisées, chacune explicable, au lieu d'un seul mammouth opaque
- Liberté de choix : les personnes handicapées choisissent elles-mêmes leur soutien grâce au financement qui suit la personne
- Allocations familiales égales : chaque enfant belge reçoit la même chose, quel que soit son code postal. Fini les quatre systèmes
- Efficience : l'élimination des chevauchements avec les directions du SPW permet d'économiser environ 10 à 20 millions d'euros par an ; une meilleure allocation budgétaire grâce au PVF conduit à des dépenses mieux ciblées (15 à 30 M€ à terme par une meilleure allocation, pas par une réduction des coûts) ; la refédéralisation des allocations familiales élimine quatre systèmes parallèles
- De meilleurs résultats : l'expérience internationale montre que le financement qui suit la personne conduit à une plus grande satisfaction des bénéficiaires et à des dépenses mieux ciblées
- Reddition de comptes : des tableaux de bord publics de KPI imposent l'orientation résultats