arrow_back Retour à l'aperçu

COCOF (Commission communautaire française) : audit

Date : 2026-03-31 Statut : 🔴 Supprimé Catégorie : Région bruxelloise. Structure


Phase 1 : recherche approfondie

1A. De quoi s'agit-il exactement ?

La Commission communautaire française (COCOF), également appelée Parlement francophone bruxellois, est l'une des trois commissions communautaires de la Région de Bruxelles-Capitale. Elle est compétente pour les institutions unilingues francophones à Bruxelles.

Base juridique : loi spéciale du 12 janvier 1989 relative aux Institutions bruxelloises (art. 60 et suivants). En 1993, la COCOF a reçu le pouvoir décrétal après le transfert de compétences par la Communauté française, confirmé par la loi spéciale du 16 juillet 1993. En 2001, l'assemblée a été officiellement rebaptisée « Parlement francophone bruxellois » après les accords du Lambermont et du Lombard.

Historique :

Niveau de pouvoir : commission communautaire au sein de la Région de Bruxelles-Capitale. Un hybride entre le niveau communautaire et le niveau régional.

Budget : environ 680 millions d'euros de crédits d'engagement (budget 2024). La COCOF est confrontée à des déficits structurels : le solde budgétaire brut consolidé s'élevait à -36,9 millions d'euros en 2024. Le budget 2026 prévoit 10 millions d'euros d'économies avec pour objectif l'équilibre budgétaire d'ici 2029.

Personnel : l'administration de la COCOF compte environ 900 collaborateurs répartis sur plusieurs implantations en Région bruxelloise, composés de fonctionnaires statutaires et de contractuels.

Tutelle : le Collège de la COCOF est composé des membres francophones du Gouvernement bruxellois. L'assemblée (le parlement) est composée des 72 membres francophones du Parlement bruxellois. Il y a donc une union personnelle complète avec la Région bruxelloise du côté francophone.

1B. Que fait-il en pratique ?

Missions principales :

Chevauchements avec d'autres institutions : Le chevauchement est énorme. Dans le paysage bruxellois, six niveaux de pouvoir s'occupent de matières comparables :

  1. La Communauté française (FWB) reste compétente pour l'enseignement, la culture et les médias (non transférés)
  2. La Région de Bruxelles-Capitale compétences régionales
  3. La COCOM (GGC) matières personnalisables bicommunautaires (hôpitaux, maisons de repos, politique des CPAS)
  4. La COCOF institutions monocommunautaires francophones
  5. La VGC institutions monocommunautaires néerlandophones
  6. Les 19 communes politique locale

Pour les seuls soins de santé, au moins quatre niveaux interviennent à Bruxelles : le fédéral (INAMI), la COCOM (GGC), la COCOF et les communes. Cela rend la coordination particulièrement difficile.

Qui est le « public » ? Les institutions francophones à Bruxelles. Pas les citoyens individuels. C'est une distinction cruciale : la COCOF est compétente pour des institutions, jamais directement pour des personnes.

Indicateurs de performance : il n'existe aucun KPI ni aucune mesure des résultats publiquement disponibles pour la COCOF dans son ensemble. La Cour des comptes contrôle les comptes budgétaires, mais ne réalise pas d'audit de performance systématique.

1C. Comparaison internationale

La question centrale : existe-t-il ailleurs un système dans lequel une ville multilingue dispose de niveaux de pouvoir distincts par groupe linguistique, à côté de l'administration de la ville ?

Pays-Bas. Amsterdam : Jusqu'en 2014, Amsterdam avait des districts (stadsdelen) dotés de conseils élus et de compétences propres. En 2014, ils ont été supprimés et remplacés par des commissions de gestion non élues aux compétences réduites. La tendance était claire : la simplification. Pas de sous-structures liées à la langue. Une seule administration urbaine pour tous les habitants.

Suisse. Canton de Berne (bilingue) : Le canton de Berne est bilingue (85 % d'allemand, 10 % de français). Il y a un seul gouvernement cantonal et une seule administration qui travaillent dans les deux langues. La Constitution garantit un siège au gouvernement cantonal à un citoyen francophone du Jura bernois. Il n'existe pas de commissions ni de couches de pouvoir distinctes par groupe linguistique. Le service est bilingue à partir d'une seule structure.

Suisse. Canton de Fribourg/Freiburg (bilingue) : Fribourg est bilingue (67 % de français, 27 % d'allemand). Ici aussi : une seule administration cantonale, un service bilingue, tous les documents officiels dans les deux langues. Les fonctionnaires doivent être bilingues. Pas de commissions linguistiques distinctes.

Allemagne. Berlin : Berlin est une ville-État comptant 12 Bezirke (districts). Un seul niveau de pouvoir pour toute la ville, avec des districts décentralisés pour l'exécution locale. Pas de sous-structures liées à la langue.

Danemark/Suède/Finlande : Les villes unilingues ou bilingues (Helsinki est bilingue finnois/suédois) fonctionnent avec une seule administration urbaine. En Finlande, les suédophones obtiennent des garanties linguistiques par la législation nationale, pas par des couches de pouvoir distinctes.

Conclusion : nulle part au monde il n'existe de système comparable au système bruxellois, où une ville multilingue compte trois commissions communautaires distinctes par-dessus l'administration régionale. La norme internationale est : une seule administration, un service bilingue, des garanties linguistiques constitutionnelles.

1D. Problèmes et critiques

  1. Une complexité institutionnelle sans équivalent : Bruxelles compte six niveaux de pouvoir. La COCOF y ajoute une couche qui n'existe nulle part ailleurs. Le CRISP a publié en 2016 une analyse intitulée « La COCOF, une institution fragilisée ? » qui décrivait cette vulnérabilité structurelle.

  2. Union personnelle = démocratie de façade : les 72 députés de la COCOF sont identiques aux membres francophones du Parlement bruxellois. Le Collège de la COCOF est composé des mêmes ministres que le Gouvernement bruxellois. Il n'y a pas de légitimité démocratique distincte. C'est une fiction juridique.

  3. Un budget sous pression structurelle : la COCOF connaît des déficits chroniques. Le solde était de -36,9 millions d'euros en 2024. Elle travaille avec des douzièmes provisoires (quatre périodes successives jusqu'en 2026), ce qui rend toute planification à long terme impossible.

  4. Crise 2024-2026 : pendant la crise institutionnelle bruxelloise, la COCOF (tout comme la COCOM/GGC) est restée 613 jours sans gouvernement de plein exercice. Les investissements en santé et en aide aux personnes étaient à l'arrêt.

  5. Opacité : le citoyen moyen ne sait pas ce qu'est la COCOF, et encore moins ce qu'elle fait. La distinction entre la FWB, la COCOF, la COCOM et la Région est difficile à expliquer, même pour des experts.

  6. Asymétrie avec la VGC : la COCOF dispose du pouvoir décrétal, la VGC non. Ce système asymétrique rend l'ensemble encore plus complexe.


Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes

# Principe Appréciation Justification
1 Subsidiarité ⚠️ Les compétences ne sont pas plus proches du citoyen. Elles se situent dans une couche supplémentaire au-dessus des communes mais en dessous de la Région, sans plus-value claire.
2 Transparence Le citoyen ne peut pas voir qui décide et qui paie. La COCOF, la COCOM, la FWB et la Région bruxelloise s'entremêlent. Aucun jeune de 16 ans ne peut expliquer cela.
3 Responsabilité = financement La COCOF est financée en grande partie par des dotations de la Communauté française et de la Région bruxelloise. Qui décide ne perçoit pas lui-même. Fiscal gap énorme.
4 Simplicité La COCOF est l'exact contraire de la simplicité. C'est une couche de pouvoir supplémentaire dans une ville qui en compte déjà six. Même son existence est difficile à expliquer.
5 Taille critique ⚠️ Avec ±900 fonctionnaires et 680 millions d'euros de budget, l'échelle n'est pas minimale, mais les compétences sont à ce point morcelées qu'il est difficile de travailler de manière professionnelle.
6 Compétences concurrentes Il n'y a pas de place pour l'innovation. La COCOF est liée au transfert de compétences de la FWB et ne peut pas expérimenter librement. Le système se fige.
7 Orientation résultats Pas de KPI publics, pas de mesure des résultats, pas d'audits de performance systématiques. Le budget est contrôlé, l'output ne l'est pas.
8 Numérique d'abord ⚠️ La COCOF a un site internet (ccf.brussels) mais il n'existe pas de guichet numérique intégré. Les citoyens doivent savoir à quelle institution (COCOF, COCOM ou FWB) ils doivent s'adresser.
9 Éprouvé à l'étranger Nulle part au monde il n'existe de système comparable. Les villes et les cantons bilingues fonctionnent partout avec une seule administration et des garanties linguistiques, pas avec des commissions distinctes.

Synthèse : 0 × ✅ · 3 × ⚠️ · 6 × ❌

La COCOF échoue sur 6 des 9 principes. Les gains les plus importants se situent au niveau de la Simplicité (suppression d'une couche superflue), de la Transparence (le citoyen doit savoir qui est responsable) et du principe Éprouvé à l'étranger (passer au modèle qui fonctionne partout ailleurs : une seule administration, des garanties linguistiques).


Phase 3 : la proposition de HART

3A. Classification

🔴 Supprimé la COCOF est supprimée en tant que niveau de pouvoir distinct. Les compétences sont intégrées dans l'administration de l'entité fédérée bruxelloise.

3B. Proposition concrète

Ce qui change :

  1. La COCOF comme institution distincte, avec son propre parlement, son propre collège et sa propre administration, est supprimée.
  2. Les compétences de la COCOF (culture, formation professionnelle, santé, aide aux personnes) sont intégrées dans l'entité fédérée bruxelloise le niveau qui, dans le modèle HART, remplace la Région bruxelloise, la COCOM et les commissions communautaires.
  3. Les garanties linguistiques sont ancrées dans la Constitution (sur le modèle suisse) : un service francophone et néerlandophone garanti à partir d'une seule administration.
  4. Les 72 sièges du « Parlement francophone bruxellois » disparaissent comme organe distinct. L'entité fédérée bruxelloise reçoit un seul parlement, avec des groupes linguistiques garantis par la Constitution et la parité linguistique au gouvernement.

Vers quel niveau : l'entité fédérée bruxelloise (fusion de la Région bruxelloise + la COCOM/GGC + la COCOF + la VGC).

Modèle international : les cantons bilingues suisses (Berne, Fribourg) : une seule administration, un service bilingue, des garanties linguistiques constitutionnelles.

Économie estimée :

Trajet de mise en œuvre :

  1. Révision de la Constitution nécessaire (art. 135-136 Const.) : exige deux législatures
  2. Révision de la loi spéciale relative aux Institutions bruxelloises
  3. Ancrer les garanties linguistiques dans la Constitution avant la suppression
  4. Transférer le personnel et les moyens vers l'entité fédérée bruxelloise
  5. Horizon temporel : 5 à 8 ans (peut se dérouler en parallèle avec la réforme de l'État plus large)

Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)

Partie A : le point du programme

COCOF (Commission communautaire française) : supprimée

La COCOF est supprimée et intégrée dans l'entité fédérée bruxelloise. Une seule administration pour tous les Bruxellois, avec des garanties linguistiques constitutionnelles au lieu de couches de pouvoir distinctes par groupe linguistique.

Partie B : l'explication

Comment cela fonctionne aujourd'hui

La COCOF est la commission communautaire francophone à Bruxelles. Elle est compétente pour les institutions francophones dans les domaines de la culture, de la formation professionnelle, de la santé et de l'aide aux personnes. Son « parlement » est composé des 72 membres francophones du Parlement bruxellois. Les mêmes personnes sous une autre casquette juridique. Son « gouvernement » (le Collège) est composé des ministres francophones du Gouvernement bruxellois. À nouveau les mêmes personnes. La COCOF dispose d'un budget d'environ 680 millions d'euros et d'une administration d'environ 900 fonctionnaires.

Ce qui ne va pas

Bruxelles compte six niveaux de pouvoir. C'est un record européen, et pas le genre de record dont on est fier. La COCOF en est un, et elle illustre parfaitement ce qui cloche.

Premièrement : c'est un parlement fictif. Les 72 membres sont identiques aux membres francophones du Parlement bruxellois. Le Collège est identique aux ministres bruxellois francophones. Il n'y a pas d'élection distincte, pas de légitimité démocratique distincte. C'est le même groupe de personnes qui change de casquette.

Deuxièmement : personne ne comprend. Essayez donc d'expliquer à un Bruxellois la différence entre la COCOF, la FWB, la COCOM/GGC et la Région bruxelloise. Même les politologues ont du mal. Si un système n'est pas explicable, ce n'est pas un bon système.

Troisièmement : l'argent. La COCOF est structurellement en perte. 36,9 millions d'euros de déficit en 2024. Elle a derrière elle quatre périodes successives de douzièmes provisoires. Ce n'est pas de la gestion professionnelle, c'est de la survie de mois en mois.

Quatrièmement : pendant la crise institutionnelle bruxelloise (2024-2026), la COCOF est restée, avec la COCOM, 613 jours effectivement paralysée. Les investissements en santé et en aide aux personnes pour les Bruxellois francophones étaient gelés. Quand une couche bloque, tout bloque.

Comment cela fonctionne ailleurs

En Suisse, les cantons de Berne (85 % d'allemand, 10 % de français) et de Fribourg (67 % de français, 27 % d'allemand) sont officiellement bilingues. Tous deux fonctionnent avec un seul gouvernement cantonal et une seule administration qui travaille dans les deux langues. Les fonctionnaires doivent être bilingues. Tous les documents paraissent dans les deux langues. La Constitution garantit un siège francophone au gouvernement bernois. Résultat : une gestion efficace, des droits linguistiques garantis, pas de couches superflues.

Amsterdam a même supprimé ses districts (stadsdelen) en 2014. Non parce qu'ils fonctionnaient mal, mais parce qu'un seul niveau de pouvoir est plus simple, plus transparent et plus efficace.

Helsinki est bilingue (finnois/suédois). Une seule administration urbaine, des garanties linguistiques par la législation nationale. Pas de commissions distinctes.

Le schéma est universel : les villes multilingues se gouvernent avec une seule structure et des garanties linguistiques constitutionnelles. Bruxelles est la seule exception.

Ce que HART propose

  1. La COCOF est supprimée en tant que niveau de pouvoir distinct.
  2. Les compétences (culture, formation professionnelle, santé, aide aux personnes) sont intégrées dans l'entité fédérée bruxelloise. Le niveau de pouvoir qui, dans le modèle HART, remplace la Région bruxelloise, la COCOM/GGC et les commissions communautaires.
  3. Les garanties linguistiques sont ancrées dans la Constitution, sur le modèle suisse : tout contact avec les pouvoirs publics est possible en français ou en néerlandais. Aucune couche de pouvoir distincte n'est nécessaire pour le garantir. Un article de la Constitution suffit.
  4. Le personnel de la COCOF (environ 900 fonctionnaires) est intégré dans l'administration de l'entité fédérée bruxelloise. Pas de licenciements, mais un déploiement plus efficace grâce à la suppression des doubles fonctions de structure.
  5. Le « Parlement francophone bruxellois » disparaît comme organe distinct. L'entité fédérée bruxelloise reçoit un seul parlement, avec des groupes linguistiques garantis.

Ce que cela rapporte


Phase 5 : sources

Source URL Date Utilisé pour
Wikipedia FR. COCOF https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_communautaire_fran%C3%A7aise_de_la_r%C3%A9gion_de_Bruxelles-Capitale 2026 Historique, structure, composition politique
Wikipedia EN. French Community Commission https://en.wikipedia.org/wiki/French_Community_Commission 2026 Transfert de compétences 1994, pouvoir décrétal
Brussels Governance Monitor. Levels of Power https://governance.brussels/en/explainers/levels-of-power 2026 Six niveaux de pouvoir, crise 2024-2026, blocage de 613 jours
be.brussels. COCOF https://be.brussels/en/about-region/structure-and-organisations/community-associations-and-committees/french-community-commission-cocof 2026 Description officielle des compétences
CRISP. COCOF, une institution fragilisée? https://www.crisp.be/2016/01/la-commission-communautaire-francaise-cocof-une-institution-fragilisee/ 2016 Analyse de la vulnérabilité structurelle après la 6e réforme de l'État
Cour des comptes : Budget COCOF 2024 https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/2023_38_BI2024_AJ2023_COCOF.pdf 2023 Chiffres budgétaires, déficit
RTBF. COCOF budget 2026 https://www.rtbf.be/article/cocof-les-ministres-francophones-bruxellois-valident-le-projet-de-budget-11697560 2026 10 millions d'euros d'économies, équilibre en 2029
ccf.brussels. Qui sommes-nous https://ccf.brussels/qui-sommes-nous/ 2026 ±900 collaborateurs, structure administrative
ccf.brussels. Compétences https://ccf.brussels/qui-sommes-nous/competences/ 2026 Liste complète des compétences
VOCABULAIRE POLITIQUE (CRISP): COCOF https://www.vocabulairepolitique.be/commission-communautaire-francaise-cocof/ 2026 Définition juridique, loi spéciale de 1989
COCOM/GGC. Matières personnalisables https://www.ccc-ggc.brussels/nl/uitoefening-van-de-persoonsgebonden-aangelegenheden-brussel 2026 Chevauchement des compétences à Bruxelles
Wikipedia EN. Canton of Bern https://en.wikipedia.org/wiki/Canton_of_Bern 2026 Administration bilingue, une seule administration
Wikipedia EN. Canton of Fribourg https://en.wikipedia.org/wiki/Canton_of_Fribourg 2026 Administration bilingue, garanties linguistiques
Wikipedia EN. Government of Amsterdam https://en.wikipedia.org/wiki/Government_of_Amsterdam 2026 Suppression des districts en 2014
UNamur. Perspectives budgétaires COCOF https://www.unamur.be/fr/media/4249 2013 Analyse budgétaire à long terme
BX1. COCOF budget https://bx1.be/categories/news/accord-bruxellois-la-question-budgetaire-sera-egalement-centrale-a-la-cocof/ 2024 Défis budgétaires