AFCN (Agence fédérale de Contrôle nucléaire) : audit
Date : 2026-03-29 Statut : 🟢 Maintien Catégorie : Régulateurs et organes de contrôle fédéraux
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Nom officiel : Federaal Agentschap voor Nucleaire Controle (FANC) / Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN)
Base juridique : Loi du 15 avril 1994 relative à la protection de la population et de l'environnement contre les dangers résultant des rayonnements ionisants et relative à l'Agence fédérale de Contrôle nucléaire. L'exécution opérationnelle est réglée par l'arrêté royal du 20 juillet 2001 (Règlement général de la protection de la population. RGPRI/ARBIS-2001).
Création : La loi date de 1994 (à la suite du scandale Transnuklear de 1987, lorsque des transports illégaux de déchets radioactifs via la Belgique ont été mis au jour). L'agence n'est devenue pleinement opérationnelle que le 1er septembre 2001.
Niveau de pouvoir : Fédéral. L'AFCN est un organisme public autonome d'intérêt public (catégorie C) doté de sa propre personnalité juridique. Elle relève du ministre de l'Intérieur.
Budget et financement (2022) :
- Recettes : 29.223.181,78 euros
- Charges : 25.758.693,52 euros
- L'AFCN est financée quasi intégralement par des redevances (rétributions lors des demandes d'autorisation) et des taxes (contributions annuelles des titulaires d'autorisation). Elle ne reçoit donc aucun financement direct par l'impôt. Une différence importante avec la plupart des services publics fédéraux.
Personnel (31/12/2022) : 146 collaborateurs. Pyramide des âges : 15 travailleurs (20-30 ans), 36 (30-40), 39 (40-50), 41 (50-60), 15 (60-65). En 2022, 19 collaborateurs sont partis et 14 ont été recrutés. Une contraction nette.
Filiale technique. Bel V : L'AFCN délègue les inspections techniques et les évaluations de sûreté des grandes installations nucléaires à Bel V, une filiale créée en 2007 sous la forme d'une fondation de droit privé. Bel V a plus de 50 ans d'expérience en sûreté nucléaire et en radioprotection et fonctionne comme Technical Support Organization (TSO). Le contrat de gestion entre l'AFCN et Bel V a été signé pour la dernière fois le 23 septembre 2019.
Direction :
- Directeur général : Frank Hardeman (physicien nucléaire, depuis mai 2018, nommé pour six ans, nomination par le Roi)
- Présidente du conseil d'administration : Valérie Tanghe (actuellement) / Jihane Annane (2022)
- Commissaire du Gouvernement : Ibrahim El Ouakili (actuellement) / Thomas Sterckx (2022)
- Conseil d'administration : 12 administrateurs, avec un comité d'audit et un comité stratégique
Structure organisationnelle : Le directeur général est assisté par quatre chefs de département :
- Établissements et Déchets
- Sécurité et Transport
- Santé et Environnement
- Support
Plus les services d'encadrement : Affaires juridiques et Traductions, Prévention et Protection au travail, Communication et Information, Support administratif, Audit interne.
Organes consultatifs :
- Conseil scientifique des rayonnements ionisants (26 membres, président : William D'Haeseleer)
- Jury médical (trois disciplines : médecins du travail, physiciens des radiations, praticiens)
- Commission de radiopharmacie
1B. Que fait-il en pratique ?
Missions principales :
- Délivrance d'autorisations : 8.780 autorisations délivrées en 2022, 73 refusées. Réparties entre la sécurité nucléaire (4.740), le transport (402), les applications médicales (1.922 + 1.353), les établissements industriels (323), les établissements nucléaires de base (40).
- Inspections : 421 inspections réalisées en 2022, dont 53 réactives (à la suite d'un incident ou d'une plainte). Réparties entre la sécurité nucléaire (34), le transport (131), les applications médicales (23 + 90), les établissements nucléaires de base (28), les établissements industriels (91), la gestion des déchets (11), la surveillance du territoire (13).
- Application : 102 actions d'exécution en 2022 (dont 95 en radioprotection dans les applications médicales).
- Contrôle des installations nucléaires : 7 réacteurs nucléaires (Doel 1-4, Tihange 1-3), des réacteurs de recherche (BR2 du SCK CEN), des installations d'entreposage de déchets radioactifs.
- Planification d'urgence : Plan d'urgence nucléaire et radiologique, coopération avec le Centre de crise national (NCCN).
- Radioprotection : Contrôle des applications médicales, industrielles et scientifiques des rayonnements ionisants.
- Transport : Contrôle de ±45.000 transports de substances radioactives par an en Belgique.
- Réglementation : 16 règlements techniques, 18 arrêtés royaux, 1 arrêté ministériel, 4 appels et agréments, 9 lois publiés au Moniteur belge en 2022 (au total 48 publications).
- Information et sensibilisation : 56 questions parlementaires traitées, 8 communiqués de presse diffusés, présence active sur les réseaux sociaux.
Chevauchements avec d'autres institutions :
- ONDRAF (Organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies) : gère les déchets radioactifs ; l'AFCN contrôle la sûreté de l'entreposage et du stockage.
- SPF Économie / Direction générale de l'Énergie : compétent pour la politique énergétique, pas pour la sûreté nucléaire. Mais les orientations politiques (prolongation des centrales) concernent l'AFCN directement.
- SPF Santé publique : la radioprotection touche aussi à la santé publique.
- SPF Emploi (ETCS) : échange d'informations sur les limites de dose et l'exposition professionnelle via un arrêté royal de fin 2022.
- AFSCA : accord de coopération sur la sécurité alimentaire et la contamination radioactive.
- INAMI : coopération sur la radioprotection médicale.
Qui est le « client » ? Les exploitants d'installations nucléaires (ENGIE Electrabel, SCK CEN), les hôpitaux et institutions médicales, les entreprises industrielles qui utilisent des rayonnements ionisants, les entreprises de transport, la population (information et protection).
Évaluations récentes :
- Mission IRRS (juin 2023) : peer review de l'AIEA. Positive sur l'interface sûreté-sécurité (relevée comme « good practice »). Préoccupation principale : les moyens financiers et les compétences, en raison d'une politique nucléaire changeante.
- Audit interne (2016) : a pointé une organisation faible, une sensibilité aux pressions externes, des doutes sur l'indépendance dans les dossiers de centrales nucléaires.
- Surveillance renforcée de Tihange (2022) : après plusieurs incidents en 2021-2022, l'AFCN a décidé de placer la centrale nucléaire de Tihange sous surveillance renforcée.
1C. Comparaison internationale
| Pays | Institution | Personnel | Budget | Centrales nucléaires | Modèle |
|---|---|---|---|---|---|
| Belgique | AFCN + Bel V | ±146 (AFCN) + ±150 (Bel V) ≈ 300 | ±29 M€ (AFCN) | 7 réacteurs (5 actifs aujourd'hui, démantèlement entamé) | Agence autonome + TSO, financée par des redevances |
| Pays-Bas | ANVS | ±150 | n.d. | 1 réacteur (Borssele) + nouveaux projets | Zelfstandig Bestuursorgaan (ZBO, organe administratif autonome), indépendant depuis 2017 |
| France | ASN → ASNR (depuis 2025) | ±471 (ASN) + ±1.800 (IRSN) → fusionnés | ±75 M€ (ASN) | 56 réacteurs | Autorité indépendante, fusionnée avec son TSO (IRSN) en 2025 |
| Finlande | STUK | ±350 | n.d. | 5 réacteurs (dont Olkiluoto 3) | Agence combinée : nucléaire + rayonnements |
| Suisse | ENSI | ±150 | Budget dédié via le budget fédéral | 4 réacteurs | Agence indépendante, avec son propre ENSI Board |
| Allemagne | BASE + BfS + Länder | ±500 et plus (répartis) | n.d. | 0 (toutes fermées en 2023) | Partage fédéral/Länder, axé aujourd'hui sur le démantèlement et l'entreposage |
Principales leçons de l'étranger :
France (modèle ASNR) : Depuis le 1er janvier 2025, l'autorité de sûreté française ASN et l'institut technique IRSN ont fusionné pour former l'ASNR. Cela résout le problème de la séparation entre le régulateur et le TSO. Exactement la structure qu'a aujourd'hui la Belgique, avec l'AFCN et Bel V comme entités distinctes. La fusion donne à l'ensemble davantage de capacité d'action.
Finlande (STUK) : Combine sûreté nucléaire et radioprotection dans une seule organisation, avec ±350 collaborateurs pour 5 réacteurs. Un ratio de personnel par réacteur bien plus élevé qu'en Belgique, et une reconnaissance internationale comme l'une des autorités de contrôle nucléaire les plus performantes au monde.
Suisse (ENSI) : Comparable à la Belgique par la taille (±150 collaborateurs, 4 réacteurs). La différence : l'ENSI reçoit un budget annuel dédié de l'autorité fédérale, ce qui garantit une sécurité financière. En Belgique, l'AFCN dépend des redevances. Si des centrales ferment, les recettes baissent.
Pays-Bas (ANVS) : Comparable par la taille (±150 collaborateurs), mais avec un seul réacteur. Les Pays-Bas doivent changer d'échelle en raison de nouveaux projets nucléaires, et peuvent tirer des leçons du modèle belge.
1D. Problèmes et critiques
1. Indépendance sous pression
- Un audit interne de 2016 constatait qu'« il existe une impression que l'indépendance de l'Agence à l'égard du monde politique et économique diminue progressivement ».
- L'ancien directeur Yvan Pouleur a exprimé en décembre 2016 des doutes sur l'indépendance de l'AFCN lors de la prolongation de Doel 1 et 2.
- Knack a fait état d'« une influence politique croissante sur l'AFCN dans les dossiers relatifs aux centrales nucléaires ».
- À l'automne 2016, une correspondance confidentielle avec ENGIE Electrabel a fuité, ce qui a soulevé des questions sur la culture de sûreté.
2. Vulnérabilité financière
- L'AFCN est financée par des redevances des titulaires d'autorisation. Si des centrales nucléaires ferment (Doel 3 est déjà à l'arrêt, d'autres suivront), les recettes baissent structurellement.
- La mission IRRS de 2023 a qualifié cela de défi principal : « The Government should ensure that its decisions relating to the nuclear energy policy and the financial resources are made in a timely manner so that FANC fulfils its mandate. »
- La politique énergétique belge changeante (fermer d'abord, puis prolonger malgré tout Doel 4 et Tihange 3) empêche l'AFCN de planifier à long terme.
3. Brain drain et perte de compétences
- La mission IRRS 2023 a constaté que l'incertitude sur la politique nucléaire « contribue au rythme croissant auquel les universitaires, les diplômés et les étudiants perdent l'envie de mener une carrière dans le domaine nucléaire ».
- Avec 146 collaborateurs et un personnel vieillissant (56 des 146 ont plus de 50 ans), le maintien des connaissances est un risque réel.
- En 2022, 19 collaborateurs sont partis et seulement 14 ont été recrutés : une contraction nette.
4. Incidents de sûreté et questions de contrôle
- Fissures dans les cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 (2012) : des flocons d'hydrogène dans l'acier, ce qui a conduit à une fermeture temporaire.
- Dégradation du béton à Tihange 2 (2012) : une érosion jusqu'à 30 cm de profondeur dans l'enceinte en béton.
- Pompes de sécurité oubliées à Tihange 2 (2018) : pendant une journée entière, on ignorait si elles fonctionnaient.
- Fuite à Doel 1 (2018) : de l'eau du circuit primaire.
- Surveillance renforcée de Tihange (2022) : après plusieurs incidents, l'AFCN a conclu qu'il y avait des problèmes de culture de sûreté sur le site.
- Défaut du réacteur de recherche BR2 au SCK CEN (2022) : un support de ressort cassé dans le circuit de refroidissement primaire.
5. Séparation structurelle AFCN-Bel V
- La séparation entre le régulateur (AFCN) et le support technique (Bel V) mène à une gouvernance complexe. La France a résolu cela par une fusion (ASN + IRSN → ASNR). En Belgique, les deux entités existent séparément, avec un contrat de gestion comme lien.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ✅ | La sûreté nucléaire est par définition une compétence fédérale (et même internationale). L'AIEA, Euratom et les traités internationaux exigent une autorité nationale. Cela ne peut pas être régional. Le bon niveau. |
| 2 | Transparence | ⚠️ | L'AFCN publie des rapports annuels et répond aux questions parlementaires (56 en 2022). Mais l'audit interne de 2016 a pointé des problèmes d'indépendance et de confidentialité (lettres à Electrabel ayant fuité). Le citoyen peut difficilement évaluer qui décide en dernier ressort dans les dossiers sensibles. |
| 3 | Responsabilité = financement | ⚠️ | L'AFCN est financée par les redevances du secteur qu'elle contrôle. Sur le principe, c'est net (le pollueur paie), mais cela crée une dépendance : si des centrales ferment, le budget baisse. L'IRRS qualifie cela de point critique. Il n'y a pas de fiscal gap au sens classique, mais bien un modèle de financement vulnérable. |
| 4 | Simplicité | ⚠️ | La relation AFCN-Bel V est une couche supplémentaire. Par ailleurs, les dossiers nucléaires concernent aussi l'ONDRAF, le SPF Économie, le SPF Santé publique, l'AFSCA, l'INAMI et le SPF Emploi. Un citoyen qui veut savoir qui décide en matière de sûreté nucléaire doit naviguer entre plusieurs couches. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | Avec 146 collaborateurs pour 7 réacteurs, des milliers d'autorisations et 45.000 transports par an, l'AFCN est relativement petite. La Finlande a 350 collaborateurs (STUK) pour 5 réacteurs. La combinaison AFCN + Bel V (±300) est plus réaliste, mais la séparation prive l'ensemble d'une partie de la capacité d'action d'une organisation intégrée. |
| 6 | Compétences concurrentes | ✅ | Sans objet. La sûreté nucléaire est exclusivement fédérale et doit le rester (obligations de droit international). Aucune marge d'innovation régionale n'est nécessaire. |
| 7 | Orientation résultats | ✅ | L'AFCN mesure et rend compte : 421 inspections, 102 actions d'exécution, classification INES des incidents, rapport de contrôle annuel. La mission IRRS de l'AIEA offre une peer review externe. La surveillance renforcée de Tihange montre que l'AFCN ose intervenir. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | L'AFCN dispose de « systèmes IT avancés pour la gestion des activités réglementaires » (good practice IRRS). Mais elle reste avant tout une organisation d'inspection et d'autorisation. La numérisation du service aux citoyens et aux entreprises n'est pas une priorité centrale et peut être améliorée. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ✅ | L'AFCN opère conformément aux standards internationaux (AIEA, WENRA, ENSREG, HERCA). La mission IRRS 2023 a confirmé que la Belgique satisfait aux exigences internationales. L'interface sûreté-sécurité a été relevée comme good practice. |
Synthèse : L'AFCN obtient de bons résultats en matière de subsidiarité, d'orientation résultats et de standards internationaux. Le gain le plus important se situe au niveau de la soutenabilité financière (principe 3), de la simplification de la structure (principes 4 et 5. Fusion AFCN-Bel V) et du renforcement de l'indépendance et de la transparence (principe 2).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟢 Maintien avec des réformes ciblées
La sûreté nucléaire est une mission essentielle de l'autorité fédérale et une obligation de droit international. L'AFCN est techniquement compétente et reconnue à l'international. Une suppression ou une régionalisation est exclue. Des améliorations structurelles sont en revanche nécessaires.
3B. Proposition concrète
1. Fusion de l'AFCN et de Bel V → une seule autorité de sûreté nucléaire intégrée
- Suivre le modèle français de l'ASNR (2025) : réunir le régulateur et le support technique en une seule organisation.
- Avantages : une gouvernance plus simple, fin du montage par contrat de gestion, un meilleur partage des connaissances, une position plus forte face au secteur.
- Horizon temporel : 2 à 3 ans pour l'adaptation légale et la réorganisation.
2. Réformer le modèle de financement : un modèle mixte
- Conserver les redevances comme base (le secteur paie pour le contrôle), mais y ajouter une dotation fédérale garantie comme financement de base.
- Cela évite que l'AFCN devienne financièrement vulnérable si des centrales ferment (le démantèlement génère moins de redevances que l'exploitation active).
- Référence : la Suisse (ENSI) reçoit un budget dédié via le budget fédéral.
- Horizon temporel : adaptation de la loi budgétaire, 1 à 2 ans.
3. Renforcer légalement l'indépendance
- Nommer le directeur général pour un mandat non renouvelable de 7 ans (aujourd'hui : 6 ans, renouvelable).
- Supprimer la fonction de commissaire du Gouvernement ou limiter son mandat au contrôle financier (et non au fond).
- Instaurer une interdiction légale des communications ex parte entre l'AFCN et les exploitants ou les responsables politiques dans les dossiers d'autorisation.
- Référence : le modèle de l'APD (Autorité de protection des données), qui jouit d'une indépendance protégée constitutionnellement.
4. Plan de compétences et de personnel
- Établir un plan stratégique du personnel sur 10 ans, lié au trajet de démantèlement et à l'éventuelle exploitation à long terme de Doel 4 et Tihange 3.
- Créer une AFCN Nuclear Academy avec le SCK CEN et les universités belges pour garantir l'afflux de talents.
- Porter la capacité à ±180 ETP (l'AFCN après fusion avec Bel V : ±300 suffiraient pour un ensemble intégré).
5. Accroître la transparence
- Publier tous les rapports d'inspection en ligne (aujourd'hui, seulement un résumé dans le rapport annuel).
- Instaurer un registre public de toutes les autorisations nucléaires et de leur statut.
- Organiser un « Nuclear Safety Day » annuel sur le modèle suédois, où l'AFCN rend publiquement des comptes au parlement et au public.
Impact estimé :
- Économie : ce n'est pas l'objectif premier, mais la fusion AFCN-Bel V peut réduire les frais de structure de 1 à 2 millions d'euros par an (moins de fonctions doubles de management et de support).
- Gain d'efficience : des décisions plus rapides, aucun retard contractuel entre l'AFCN et Bel V.
- Meilleur service : un guichet unique pour le secteur, un point de contact unique pour les partenaires internationaux.
- Plus d'indépendance : une position garantie par la loi réduit la pression politique.
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
AFCN (Agence fédérale de Contrôle nucléaire) : maintien
Un seul gendarme du nucléaire au lieu de deux : fusion de l'AFCN et de Bel V en une autorité de sûreté indépendante et financièrement robuste.
Comment cela fonctionne aujourd'hui
L'Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN) veille à la sûreté nucléaire en Belgique : des centrales de Doel et de Tihange jusqu'aux appareils de radiographie de votre hôpital. L'agence compte 146 collaborateurs, délivre chaque année des milliers d'autorisations et réalise des centaines d'inspections. À côté d'elle existe Bel V, une filiale distincte qui réalise les inspections techniques et les évaluations de sûreté. Ensemble, elles comptent quelque 300 personnes.
L'AFCN est financée presque intégralement par des redevances et des taxes du secteur qu'elle contrôle. Elle ne coûte donc que peu, voire rien, au contribuable. Les recettes se sont élevées à 29,2 millions d'euros en 2022, les charges à 25,8 millions d'euros.
Ce qui ne va pas
Trois problèmes structurels :
Premièrement : l'indépendance est sous pression. Un audit interne de 2016 constatait qu'il existe une impression que l'influence politique et économique sur l'agence augmente, surtout dans les dossiers relatifs aux centrales nucléaires. Un ancien directeur a publiquement douté de l'indépendance lors de la prolongation de Doel 1 et 2. Des lettres confidentielles à ENGIE Electrabel ont fuité.
Deuxièmement : l'argent est fragile. Comme l'AFCN vit des redevances du secteur nucléaire, ses recettes baissent structurellement lorsque des centrales nucléaires ferment. Lors de sa peer review de 2023, l'AIEA a qualifié cela de défi principal et a insisté auprès du gouvernement belge pour qu'il « prenne à temps des décisions sur la politique énergétique et les moyens financiers, afin que l'AFCN puisse remplir sa mission ».
Troisièmement : la séparation entre l'AFCN et Bel V rend l'ensemble plus complexe que nécessaire. Le régulateur et l'expert technique sont deux entités juridiques distinctes, reliées par un contrat de gestion. Cela crée des frais de structure, ralentit et complique la gouvernance.
Comment cela fonctionne ailleurs
La France a résolu cela en 2025. L'autorité de sûreté ASN et l'institut technique IRSN ont fusionné pour former l'ASNR (Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection) : une seule organisation qui régule et évalue techniquement. Résultat : des décisions plus rapides, un meilleur partage des connaissances, une position plus forte.
En Suisse, l'autorité de contrôle nucléaire ENSI reçoit un budget annuel garanti via le budget fédéral, indépendamment des redevances du secteur. Cela rend le financement indépendant des changements de politique.
La Finlande combine sûreté nucléaire et radioprotection dans une seule agence (STUK), avec 350 collaborateurs pour 5 réacteurs. Reconnue à l'international comme l'une des autorités de contrôle les plus performantes au monde.
Ce que HART propose
Fusionner l'AFCN et Bel V en une seule autorité de sûreté nucléaire intégrée, sur le modèle français. Une seule organisation, un seul point de contact, fin du montage par contrat de gestion.
Réformer le financement : conserver les redevances comme base (le secteur paie pour le contrôle), mais ajouter un financement fédéral de base garanti, pour que l'agence ne devienne pas financièrement vulnérable si des centrales ferment.
Renforcer légalement l'indépendance : mandat non renouvelable de 7 ans pour le directeur général, limitation du commissaire du Gouvernement au contrôle financier, interdiction des communications ex parte dans les dossiers d'autorisation.
Investir dans les gens : un plan stratégique du personnel sur 10 ans, lié tant au démantèlement qu'à l'éventuelle exploitation à long terme. Une Nuclear Academy avec le SCK CEN et les universités.
Rendre le tout plus transparent : publier tous les rapports d'inspection en ligne, instaurer un registre public des autorisations, et rendre des comptes publiquement en continu via la reddition de comptes numérique permanente.
Ce que cela rapporte
Un gendarme du nucléaire qui ne dépend pas financièrement du secteur qu'il surveille. Une organisation assez forte pour dire non au monde politique et à l'exploitant. Une agence intégrée qui travaille plus vite et mieux. Sans les frais de structure de deux entités séparées.
La Belgique a devant elle des décennies nucléaires complexes : la prolongation de deux réacteurs, le démantèlement de cinq autres, le stockage à long terme des déchets radioactifs et, peut-être, de nouvelles technologies nucléaires. Cela demande une autorité de contrôle prête à y faire face. Pas deux organisations avec un contrat entre elles, mais une seule autorité disposant des moyens, des personnes et de la colonne vertébrale légale nécessaires pour accomplir sa mission.
Phase 5 : sources
| Source | URL | Utilisé pour |
|---|---|---|
| AFCN Rapport annuel 2022 | https://fanc.fgov.be/nl/system/files/fanc_jaarverslag_2022.pdf | Chiffres clés : personnel (146), budget (29,2 M€ de recettes), inspections (421), autorisations (8.780), application (102), structure organisationnelle, incidents |
| AFCN. Qui sommes-nous | https://fanc.be/nl/over-ons/wie-zijn-wij | Structure organisationnelle, comité de direction, conseil d'administration |
| AFCN. Financement | https://fanc.fgov.be/nl/over-ons/financiering | Modèle de financement : redevances et taxes, loi de 1994, arrêté royal de 2009 |
| AFCN. Organisation | https://fanc.fgov.be/nl/over-ons/organisatie | Organigramme, départements, contrat de gestion Bel V |
| Wikipedia NL. FANC | https://nl.wikipedia.org/wiki/Federaal_Agentschap_voor_Nucleaire_Controle | Création, scandale Transnuklear, directeurs généraux, critiques de 2016, Bel V |
| IAEA IRRS Report Belgium 2023 | https://fanc.fgov.be/nl/system/files/final_irrs_report_belgium_2023.pdf | Défi principal du financement et des compétences, good practice sûreté-sécurité, recommandations |
| IAEA. IRRS Follow-up Belgium 2024 | https://www.iaea.org/newscenter/pressreleases/iaea-mission-recognizes-belgiums-continued-commitment-to-strengthen-nuclear-and-radiation-safety | Constats du suivi, améliorations |
| IAEA. IRRS Mission Belgium 2023 (communiqué de presse) | https://www.iaea.org/newscenter/pressreleases/iaea-mission-commends-belgiums-commitment-to-nuclear-and-radiation-safety-identifies-areas-for-further-enhancement | Résumé des constats |
| ENSREG. Belgium Country Profile | https://www.ensreg.eu/country-profile/belgium | Structure du contrôle nucléaire en Belgique |
| Knack. Influence politique sur l'AFCN | https://www.knack.be/nieuws/belgie/steeds-meer-politieke-beinvloeding-fanc-in-dossiers-kerncentrales/ | Audit interne de 2016, problèmes d'indépendance |
| Site de Bel V | https://www.belv.be/en/ | Rôle de TSO, plus de 50 ans d'expérience, contrat de gestion |
| SPF Économie. Acteurs de l'énergie nucléaire | https://economie.fgov.be/nl/themas/energie/federale-nucleaire/spelers-op-het-gebied-van | Aperçu des acteurs nucléaires en Belgique |
| ANVS Pays-Bas | https://english.autoriteitnvs.nl/anvs | Comparaison néerlandaise : ±150 collaborateurs, modèle ZBO |
| ASN/ASNR France. Annual Report 2024 | https://regulation-oversight.asnr.fr/annual_report/2024gb/ | Budget de 75 M€, 471 collaborateurs, fusion ASN-IRSN en 2025 |
| Wikipedia EN. ASN | https://en.wikipedia.org/wiki/Autorit%C3%A9_de_s%C3%BBret%C3%A9_nucl%C3%A9aire | Fusion ASN-IRSN → ASNR |
| STUK Finlande | https://stuk.fi/en/frontpage | ±350 collaborateurs, agence combinée |
| ENSI Suisse | https://en.wikipedia.org/wiki/Swiss_Federal_Nuclear_Safety_Inspectorate | ±150 collaborateurs, budget dédié, indépendant depuis 2009 |
| Greenpeace Belgique. Prolongation des centrales nucléaires | https://www.greenpeace.org/belgium/nl/stories/26113/nucleaire-veiligheid-mag-niet-wijken-voor-haastige-verlenging-kerncentrales/ | Critique de la prolongation et du rôle de l'AFCN |