Forem (placement) : audit
Date : 2026-03-30 Catégorie : Entité fédérée wallonne. SPW et institutions Statut : 🔀 Fusion. Forem + IFAPME → Jobcenter wallon, connecté à la plateforme nationale
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Nom officiel : Office wallon de la formation professionnelle et de l'emploi (Le Forem) Base juridique : créé par le décret wallon du 16 décembre 1988, comme organisme d'intérêt public (OIP) de catégorie B. Un organisme pararégional doté de la personnalité juridique et de l'autonomie de gestion. Opérationnel depuis : 1989, après la régionalisation de la politique du marché du travail par la loi spéciale du 8 août 1980 (et son élargissement de 1988). Niveau de pouvoir : Région wallonne. Siège : Boulevard Joseph Tirou 104, 6000 Charleroi. Administratrice générale : Raymonde Yerna (depuis ±2020, sa devancière Marie-Kristine Vanbockestal était en poste depuis 2011).
Personnel : ±4.800 collaborateurs, répartis sur plus de 230 sites en Wallonie (source : L'Avenir, 2020). Cela fait du Forem l'une des plus grandes institutions publiques wallonnes.
Budget : la dotation annuelle exacte n'est pas détaillée publiquement dans un document unique, mais le document budgétaire wallon 2024 mentionne que plus d'un milliard d'euros de politique de l'emploi transite par Le Forem (y compris les réductions ONSS et les titres-services). La dotation opérationnelle pour les activités de base (placement, formation, accompagnement) est estimée à ±600 à 700 millions d'euros par an, hors moyens de transit.
Tutelle : le Forem est piloté par un contrat de gestion conclu avec le Gouvernement wallon (actuellement : 2022-2027). Le comité de gestion est composé de manière paritaire : représentants des employeurs, représentants des travailleurs et représentants des pouvoirs publics. Le ministre compétent est Pierre-Yves Jeholet (MR, Économie et Emploi, gouvernement Dolimont).
1B. Que fait-il en pratique ?
Missions principales (5 missions) :
- Accompagnement des demandeurs d'emploi dans la construction d'un projet professionnel et la recherche d'un emploi
- Formation professionnelle. Développement des compétences via ses propres centres de formation
- Contrôle de la disponibilité des demandeurs d'emploi (contrôle actif et passif, transféré de l'ONEM depuis 2016)
- Conseil aux entreprises en matière de recrutement et de formation du personnel
- Analyse et suivi du marché du travail wallon (veille, analyse et prospective)
Chevauchements avec d'autres institutions :
- IFAPME (Institut wallon de Formation en alternance et des indépendants et PME) : formation professionnelle parallèle, avec son propre réseau de centres de formation. Il existe un chevauchement significatif dans l'offre de formation. D'où le plan de fusion (voir ci-dessous).
- CPAS : accompagnement des bénéficiaires du revenu d'intégration vers l'emploi, souvent en doublon avec les parcours du Forem. Depuis janvier 2026, nouvelle obligation : les bénéficiaires du revenu d'intégration doivent s'inscrire au Forem dans les 4 semaines.
- ONEM : reste compétent au niveau fédéral pour le paiement des allocations de chômage, tandis que le Forem assure l'activation. Cela crée un système scindé (contrôle régional, exécution des sanctions au fédéral via l'ONEM).
- Secteur privé : les agences d'intérim (Randstad, Adecco, etc.) réalisent en pratique le gros des placements.
Public :
- ±235.000 demandeurs d'emploi inoccupés (DEI, moyenne 2024)
- 532.623 offres d'emploi diffusées en 2024 (+30 % par rapport à 2023), en baisse à 405.035 en 2025 (-24 %)
- Les entreprises qui cherchent des conseils en recrutement et des subsides à la formation
Indicateurs de performance :
- Le taux d'emploi des 20-64 ans en Wallonie s'élève à 67,9 % (2025), contre 77,3 % en Flandre et 63,9 % à Bruxelles. La moyenne belge est de ±72,3 %.
- Le chômage des jeunes (moins de 30 ans) atteint ±23 % en Wallonie. Un niveau problématiquement élevé.
- Le taux de postes vacants s'élève à 3,54 %. Paradoxalement élevé à côté d'un taux d'emploi trop bas, ce qui indique une inadéquation des compétences.
- Selon les projections de l'IWEPS, le taux d'emploi wallon passera à 69,9 % en 2030, mais cela reste très en dessous de l'objectif européen de 78 %.
Audits et évaluations :
- 2009. Audit de la Cour des comptes : commandé par le Parlement wallon après des informations sur des dépenses difficiles à justifier et la poursuite d'un cadre pour détournement de fonds. Résultat : instauration d'un comité de gouvernance de 6 membres (2 employeurs, 2 travailleurs, 2 pouvoirs publics) pour renforcer le contrôle.
- 2024. Note d'orientation Jeholet : le nouveau gouvernement wallon (Dolimont, MR-Les Engagés) a annoncé une réforme fondamentale, tournant le dos à la « culture de l'excuse » pour aller vers l'activation avec sanctions.
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas. UWV + communes :
- L'UWV (Uitvoeringsinstituut Werknemersverzekeringen) gère de manière centralisée les allocations de chômage et la réinsertion professionnelle, avec ±18.000 collaborateurs pour ±17,8 millions d'habitants.
- Les communes sont responsables des bénéficiaires de l'aide sociale (Participatiewet).
- Les centres de travail régionaux (guichets uniques) réunissent l'UWV, les communes et les employeurs en un seul lieu.
- Des experts spécialisés du travail certifient les clients et les orientent vers des bureaux de réinsertion privés.
- Chômage : ±3,7 % (historiquement bas). Le ratio collaborateur/habitant est de ±1:989.
- Ce qui marche : un partenariat public-privé solide, du personnel spécialisé, le modèle du guichet unique.
Allemagne. Bundesagentur für Arbeit + Jobcenter :
- Budget 2024 : ±45 milliards d'euros (recettes), ±44 milliards d'euros (dépenses). ±10 milliards d'euros pour la politique active du marché du travail.
- ±100.000 collaborateurs pour ±84 millions d'habitants.
- Les Jobcenter sont des coentreprises de la Bundesagentur et des communes. Allocation + activation combinées.
- Problème en 2024 : 70 % des dirigeants de Jobcenter estiment que le budget administratif est insuffisant.
- Ce qui marche : allocation + activation intégrées en un seul endroit, des normes fédérales fortes avec une exécution locale.
Danemark. Jobcenter communaux :
- Après la réforme structurelle de 2007 : de 271 à 98 communes, chacune avec son propre Jobcenter.
- Plus de 2.000 collaborateurs du service public de l'emploi transférés du niveau central au niveau local.
- 7 travailleurs licenciés sur 10 retrouvent un emploi dans l'année (OCDE).
- Modèle de flexicurité affirmé : licenciement facile, allocations généreuses, activation intensive.
- Le gouvernement danois réforme aujourd'hui dans le sens d'une plus grande sous-traitance à des opérateurs privés et d'une numérisation accrue.
- Ce qui marche : décentralisation complète vers les communes, mesure des résultats forte, flexicurité.
Suède. Arbetsförmedlingen :
- Réforme fondamentale 2019-2023 : de 238 à 112 bureaux locaux.
- Passage d'un service assuré en interne à une sous-traitance à des opérateurs privés pour le « groupe intermédiaire » des demandeurs d'emploi.
- Incitants financiers pour les opérateurs privés sur la base de résultats d'emploi durables.
- Ce qui marche : mécanismes de marché avec financement aux résultats, liberté de choix pour les demandeurs d'emploi.
France. France Travail (anciennement Pôle Emploi) :
- Réforme de 2024 : changement de nom et restructuration en vue d'une meilleure intégration des services.
- L'État central reste dominant, contrairement aux pays voisins où le niveau régional détermine la stratégie.
- Ce qui marche (en partie) : intégration économie + formation + emploi au niveau régional (tendance).
1D. Problèmes et critiques
Taux d'emploi durablement bas : malgré 35 ans de Forem, la Wallonie reste ±10 points de pourcentage derrière la Flandre. L'écart ne se réduit quasiment pas. De ±9 pp en 2015 à ±9,4 pp en 2025.
Paradoxe de l'inadéquation des compétences : 3,54 % de taux de postes vacants + 235.000 demandeurs d'emploi = le système échoue dans le matching. Le Forem ne parvient pas à relier efficacement l'offre et la demande.
Chevauchement avec l'IFAPME : deux structures de formation parallèles, chacune avec son propre réseau, sa propre gouvernance et ses propres frais de structure. La fusion prévue (2027-2028) est prometteuse mais encore vague.
Chaîne contrôle-sanction scindée : le Forem contrôle la disponibilité, mais c'est l'ONEM qui exécute les sanctions. Cela crée des retards et des trous de responsabilité. Les différences régionales dans la politique de sanction sont significatives. La Wallonie sanctionne traditionnellement moins sévèrement que la Flandre.
Problèmes de gouvernance : l'audit de la Cour des comptes de 2009 a révélé un détournement de fonds et des dépenses difficiles à justifier. Bien qu'un comité de gouvernance ait été instauré, la transparence et la reddition de comptes sur les résultats restent faibles.
Taille contre résultat : ±4.800 collaborateurs pour ±235.000 demandeurs d'emploi = un ratio de ±1:49. À titre de comparaison : le VDAB (service flamand de l'emploi) a ±5.000 collaborateurs pour ±200.000 demandeurs d'emploi (ratio de ±1:40), mais avec un taux d'emploi supérieur de 10 pp. L'output par collaborateur est structurellement plus faible au Forem.
Retard numérique : la réforme de 2024 n'introduit qu'aujourd'hui un « espace numérique personnel » pour les demandeurs d'emploi. Quelque chose que le VDAB a depuis des années.
Mobilité interrégionale : malgré les accords de coopération VDAB-Forem (décembre 2025), les barrières linguistiques et de mobilité continuent de limiter le passage des demandeurs d'emploi wallons vers les emplois flamands.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | Le placement se situe au niveau régional. Correct en principe. Mais la scission entre le contrôle (Région) et l'exécution des sanctions (fédéral/ONEM) viole le principe : qui contrôle doit aussi sanctionner. |
| 2 | Transparence | ❌ | Budget opaque (pas de comptes annuels détaillés accessibles au public), problèmes de gouvernance hérités du passé, indicateurs de résultats non publiés systématiquement par bureau. |
| 3 | Responsabilité = financement | ⚠️ | Le Forem est financé par des dotations wallonnes, mais une grande partie des moyens (réductions ONSS, titres-services) est reversée à des tiers. L'écart fiscal est limité, mais la reddition de comptes sur les résultats fait défaut : aucun lien entre le budget et les outcomes. |
| 4 | Simplicité | ❌ | Forem + IFAPME + CPAS + ONEM + agences d'intérim privées = au minimum 5 acteurs pour un seul demandeur d'emploi. Kafkaïen. La fusion prévue Forem-IFAPME est un premier pas, mais ne résout pas le morcellement lié aux CPAS et à l'ONEM. |
| 5 | Taille critique | ✅ | Avec 4.800 collaborateurs sur plus de 230 sites pour 3,6 millions d'habitants, le Forem est assez grand pour travailler de manière professionnelle. La taille n'est pas le problème. L'efficacité, si. |
| 6 | Compétences concurrentes | ⚠️ | Une différenciation régionale existe déjà de facto (VDAB contre Forem contre Actiris), mais sans normes partagées ni benchmarking. Aucun cadre fédéral n'impose de résultats minimaux. L'innovation n'est pas stimulée par la concurrence, mais entravée par l'isolement. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Après 35 ans de Forem, l'écart d'emploi avec la Flandre ne s'est quasiment pas refermé. Pas de tableau de bord public des KPI par bureau, pas de financement aux résultats, aucune conséquence en cas de sous-performance. La réforme Jeholet (2024) n'introduit qu'aujourd'hui des sanctions et un suivi des parcours. |
| 8 | Numérique d'abord | ❌ | L'« espace numérique personnel » ne sera déployé qu'en 2025-2026. Le VDAB et l'UWV ont des années d'avance. Pas de principe once only, pas de dossier numérique intégré avec tous les acteurs. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ⚠️ | La réforme va dans la bonne direction (activation, sanctions, numérisation) mais ne choisit pas résolument un modèle éprouvé. Ni le modèle danois du Jobcenter (communal, orienté résultats) ni le modèle suédois (sous-traitance avec financement aux résultats) ne sont repris. |
Synthèse : 1× ✅, 4× ⚠️, 4× ❌. Les gains les plus importants se situent au niveau de la simplicité (fusion Forem-IFAPME + intégration des parcours des CPAS), de l'orientation résultats (des KPI avec des conséquences) et du numérique d'abord (un rattrapage est nécessaire).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🔀 Fusion le Forem fusionne avec l'IFAPME pour former le Jobcenter wallon : un service intégré unique pour le placement, la formation et la sanction, sur le modèle allemand du Jobcenter. Connecté à la plateforme numérique nationale.
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
Fusion Forem + IFAPME en un « Jobcenter wallon » sur le modèle allemand du Jobcenter, où l'allocation, l'accompagnement et la formation sont réunis sous un même toit. Un seul guichet, un seul dossier numérique, un seul interlocuteur par demandeur d'emploi. Échéance : 2028 (aligné sur le plan Jeholet).
Intégration du pouvoir de sanction : l'ensemble de la chaîne contrôle et sanction passe au niveau des entités fédérées. Cela s'inscrit dans la réforme plus large de l'ONEM (voir l'audit ONEM) : l'ONEM est réformé en un cadre fédéral qui fixe des normes minimales, tandis que les Jobcenter des entités fédérées (le VDAB en Flandre, le Jobcenter wallon en Wallonie, Actiris+ à Bruxelles) assurent l'exécution complète. Y compris la sanction. Fini le détour par l'ONEM. Qui contrôle, sanctionne. Au même niveau de pouvoir.
Connexion à la plateforme numérique nationale : le Jobcenter wallon se connecte à la plateforme nationale du marché du travail développée par le VDAB (matching piloté par l'IA). Un seul aperçu national des offres d'emploi et des demandeurs d'emploi, mais une exécution par les entités fédérées. Cela rend la mobilité interrégionale possible sans nouvelles structures : un demandeur d'emploi wallon voit automatiquement les offres flamandes, et inversement.
Financement aux résultats : chaque bureau régional reçoit un budget lié à des outcomes mesurables :
- Pourcentage de demandeurs d'emploi qui trouvent un emploi dans les 6 mois
- Pourcentage qui est encore au travail après 12 mois (durable)
- Pourcentage qui termine une formation et trouve ensuite un emploi Les bureaux qui sous-performent structurellement reçoivent d'abord un appui, puis une restructuration.
Tableau de bord public des KPI : chaque citoyen peut consulter les performances par bureau. Sur le modèle danois. Transparence complète sur les délais d'attente, les taux de placement, les résultats de formation. Des normes minimales fédérales rendent le benchmarking entre entités fédérées possible.
Sous-traitance du groupe intermédiaire : sur le modèle suédois, les demandeurs d'emploi « prêts pour le marché » (bonnes qualifications, autonomie numérique) sont orientés vers des opérateurs privés rémunérés aux résultats. Le Jobcenter wallon se concentre sur les groupes les plus difficiles.
Numérique d'abord : connecté à la plateforme nationale. Le Jobcenter physique comme filet de sécurité. Principe once only : le demandeur d'emploi ne communique ses informations qu'une seule fois, partagées entre le Jobcenter, le CPAS et les opérateurs de formation.
Intégration obligatoire CPAS-Jobcenter : chaque CPAS utilise la plateforme du Jobcenter. Les bénéficiaires du revenu d'intégration reçoivent automatiquement un plan de parcours. Fini les circuits d'accompagnement parallèles.
Vers quel niveau : l'entité fédérée wallonne, avec des normes minimales fédérales et une connexion à la plateforme numérique nationale.
Cohérence avec les autres propositions de HART :
- ONEM : réformé en un cadre fédéral avec des normes minimales ; l'exécution (paiement, contrôle, sanction) passe aux Jobcenter des entités fédérées
- VDAB : devient le Jobcenter flamand selon le même modèle ; développe la plateforme numérique nationale à laquelle toutes les entités fédérées se connectent
- Actiris : devient le Jobcenter bruxellois
- SPF Emploi : fixe le cadre fédéral et veille au respect des normes minimales
Modèle international : le modèle allemand du Jobcenter (Bundesagentur für Arbeit + communes : allocation + activation sous un même toit) + le modèle danois (mesure communale des résultats) + le modèle suédois (sous-traitance du groupe intermédiaire avec financement aux résultats).
Gain d'efficience estimé :
- Fusion Forem-IFAPME : économie de frais de structure de ±30 à 50 M€/an (management, informatique et implantations partagés)
- Intégration de la chaîne de sanction : parcours plus rapides, moins de retards administratifs
- Plateforme nationale : élimination des barrières à la mobilité interrégionale
- Financement aux résultats : les recherches de l'OCDE montrent des taux de placement supérieurs de 10 à 15 % dans les services pilotés par les résultats
- Objectif : porter le taux d'emploi wallon à 72 % en 2032 (contre 67,9 % en 2025)
Trajet de mise en œuvre :
- 2027 : cadre légal de la fusion Forem-IFAPME en Jobcenter wallon, connexion à la plateforme nationale
- 2028 : fusion opérationnelle, premiers projets pilotes de financement aux résultats, reprise du pouvoir de sanction de l'ONEM
- 2029 : tableau de bord public des KPI en ligne, début de la sous-traitance du groupe intermédiaire
- 2030 : intégration complète, évaluation et ajustements
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
Forem (placement) : fusion en un Jobcenter wallon Le Forem fusionne avec l'IFAPME pour former le Jobcenter wallon : allocation, accompagnement et formation sous un même toit, sur le modèle allemand du Jobcenter. Connecté à la plateforme numérique nationale du marché du travail.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Le Forem est l'équivalent wallon du VDAB : le service public de placement et de formation professionnelle. Avec ±4.800 collaborateurs sur plus de 230 sites, il accompagne chaque année quelque 235.000 demandeurs d'emploi. S'y ajoute l'IFAPME comme organisme de formation parallèle. Le contrôle de la disponibilité des demandeurs d'emploi relève du Forem depuis 2016, mais l'exécution des sanctions passe toujours par l'ONEM fédéral. Un autre niveau de pouvoir.
Ce qui ne va pas
Après 35 ans de Forem, le taux d'emploi en Wallonie s'élève à 67,9 %. Près de 10 points de pourcentage de moins qu'en Flandre (77,3 %) et très en dessous de la moyenne européenne (75,8 %). Cet écart ne se réduit quasiment pas. Dans le même temps, des dizaines de milliers de postes restent vacants, avec un taux de postes vacants de 3,54 % : le système échoue à faire correspondre l'offre et la demande.
Un demandeur d'emploi en Wallonie a affaire à au moins cinq instances : le Forem, l'IFAPME, le CPAS, l'ONEM et les agences d'intérim privées. Personne n'est responsable en dernier ressort du résultat. La Cour des comptes a révélé en 2009 une mauvaise gestion financière et un détournement de fonds au Forem. À ce jour, il n'existe aucun tableau de bord public permettant de voir les performances de chaque bureau. Budget et résultat ne sont pas liés : qu'un bureau remette au travail 40 % ou 20 % de ses demandeurs d'emploi, il reçoit les mêmes moyens.
La numérisation est en retard. Ce n'est qu'en 2025-2026 qu'un « espace numérique personnel » sera déployé pour les demandeurs d'emploi. Quelque chose que le VDAB a depuis des années. La fusion prévue avec l'IFAPME est annoncée pour 2027-2028, mais reste vague sur le calendrier et la mise en œuvre.
Comment cela fonctionne ailleurs
En Allemagne, les Jobcenter combinent allocation, accompagnement et formation sous un même toit. En tant que coentreprise de la Bundesagentur für Arbeit et des communes. Qui pousse la porte reçoit tout au même endroit. Au Danemark, 98 Jobcenter communaux sont chacun pleinement responsables du placement sur leur territoire, jugés sur leurs résultats : 7 travailleurs licenciés sur 10 retrouvent un emploi dans l'année. En Suède, Arbetsförmedlingen a sous-traité le service aux demandeurs d'emploi « prêts pour le marché » à des opérateurs privés payés aux résultats.
Ce que ces modèles ont en commun : un seul interlocuteur, tout sous un même toit, une mesure des résultats avec des conséquences, et de la transparence envers le citoyen.
Ce que HART propose
Le Forem fusionne avec l'IFAPME pour former le Jobcenter wallon, sur le modèle allemand où l'allocation, l'accompagnement et la formation sont réunis sous un même toit. L'ensemble du pouvoir de sanction est repris de l'ONEM (qui est réformé en un cadre fédéral fixant des normes minimales. Voir la réforme de l'ONEM). Le Jobcenter wallon se connecte à la plateforme numérique nationale du marché du travail développée par le VDAB : un seul aperçu de toutes les offres d'emploi et de tous les demandeurs d'emploi en Belgique, mais une exécution par les entités fédérées. Ainsi, un demandeur d'emploi wallon voit automatiquement aussi les offres flamandes, et inversement.
Chaque bureau est jugé sur ses taux de placement et sur la durabilité de l'emploi trouvé, avec un tableau de bord public où chaque citoyen peut suivre les performances par bureau. Pour les demandeurs d'emploi prêts pour le marché, le service est sous-traité, sur le modèle suédois, à des opérateurs privés payés aux résultats. Le Jobcenter se concentre sur ceux qui en ont le plus besoin.
Ce que cela rapporte
La fusion Forem-IFAPME permet d'économiser, selon les estimations, de 30 à 50 millions d'euros par an de frais de structure en double (management, informatique, implantations). La plateforme nationale élimine les barrières à la mobilité interrégionale. Selon les recherches de l'OCDE, le financement aux résultats augmente les taux de placement de 10 à 15 %. L'objectif : porter le taux d'emploi wallon de 67,9 % à 72 % d'ici 2032, ce qui représente ±65.000 travailleurs supplémentaires. Cela rapporte à l'économie wallonne des centaines de millions d'euros de recettes fiscales supplémentaires et d'allocations en moins. Et cela donne à des dizaines de milliers de Wallons un emploi au lieu d'une liste d'attente.