FSMA (Autorité des services et marchés financiers) : audit
Date : 2026-03-29 Catégorie : Régulateurs et autorités de contrôle fédéraux Statut : 🟢 Maintien (avec des réformes)
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
La FSMA (Autorité des services et marchés financiers / Financial Services and Markets Authority) est une institution autonome de droit public qui contrôle les marchés financiers belges et la protection des consommateurs financiers.
- Nom officiel : Autorité des services et marchés financiers (FR) / Autoriteit voor Financiële Diensten en Markten (NL)
- Base juridique : Loi du 2 août 2002 relative à la surveillance du secteur financier et aux services financiers, modifiée par l'arrêté royal du 3 mars 2011
- Créée : 1er avril 2011 (comme successeur de la CBFA. Commission bancaire, financière et des assurances)
- Niveau de pouvoir : Fédéral
- Effectif : Environ 350 à 400 collaborateurs (statut de droit privé. Pas de fonctionnaires)
- Financement : Entièrement financée par les contributions des secteurs contrôlés (pas par l'argent des impôts)
- Président : Jean-Paul Servais (depuis 2011, mandat prolongé de 6 ans, également président de l'IOSCO et du Comité de gouvernance d'entreprise de l'OCDE)
Structure de gouvernance :
- Comité de direction (4 membres) : Jean-Paul Servais (président), Annemie Rombouts (vice-présidente), Henk Becquaert, Sébastien Yerna. Gestion collégiale
- Conseil de surveillance (10 membres) : sous la présidence de Reinhard Steennot. Contrôle le fonctionnement et le financement
- Comité d'audit (4 membres) : sous la présidence de Pierre Nicaise
- Commission des sanctions (12 membres) : 6 magistrats + 6 non-magistrats. Indépendante du comité de direction
1B. Que fait-il en pratique ?
La FSMA opère dans le cadre du modèle Twin Peaks que la Belgique applique depuis 2011. Dans ce modèle, les missions de contrôle sont réparties entre deux autorités de contrôle autonomes :
- BNB (Banque nationale de Belgique) : contrôle prudentiel. La santé financière des institutions (solvabilité, liquidité)
- FSMA : contrôle des comportements. La protection des consommateurs et l'intégrité des marchés
Les six domaines centraux de la FSMA :
- Contrôle des marchés financiers et des sociétés cotées en Bourse monitoring de l'information financière, des abus de marché, des délits d'initiés
- Contrôle des règles de conduite un traitement honnête, loyal et professionnel des clients par les intermédiaires financiers
- Contrôle des produits vérification que les produits financiers sont compréhensibles et utiles pour les consommateurs ; interdiction des produits trompeurs
- Contrôle des prestataires de services financiers agréments et contrôle des intermédiaires, des gestionnaires de patrimoine, des plateformes de crowdfunding
- Contrôle des pensions complémentaires le « contrôle social » du deuxième pilier de pension
- Éducation financière contribution à la littératie financière des épargnants et des investisseurs
Activités concrètes (chiffres 2024) :
- 4.674 signalements de consommateurs reçus (hausse de 13 % par rapport à 2023, un triplement depuis 2016)
- En moyenne 273 signalements par mois concernant des offres illégales ou frauduleuses
- Liste d'avertissements des sociétés opérant illégalement en Belgique (accessible au public)
- Interdiction de commercialiser certains produits financiers complexes auprès des investisseurs particuliers
- Point de contact FinTech (avec la BNB, depuis 2016) : plus de 500 demandes traitées
Chevauchements avec d'autres institutions :
- Avec la BNB : zone grise pour certaines institutions qui nécessitent à la fois un contrôle prudentiel et un contrôle des comportements → réglé par un Memorandum of Understanding
- Avec le SPF Économie : protection des consommateurs pour les produits non financiers
- Avec la Commission des jeux de hasard : pour les produits financiers susceptibles d'être considérés comme des jeux (dérivés sur cryptos)
1C. Comparaison internationale
| Pays | Autorité | Modèle | Personnel | Champ |
|---|---|---|---|---|
| Belgique | FSMA + BNB | Twin Peaks | ±350 à 400 (FSMA) | Comportements + marchés |
| Pays-Bas | AFM + DNB | Twin Peaks | ±750 (AFM) | Comportements + marchés |
| Allemagne | BaFin | Intégré | ±2.530 | Tout (banque + assurance + marchés) |
| Suisse | FINMA | Intégré | ±638 | Tout (banque + assurance + marchés) |
| Danemark | Finanstilsynet | Intégré | ±400 | Tout (banque + assurance + marchés) |
Analyse par pays :
Pays-Bas (Twin Peaks. Modèle comparable) : L'AFM (Autoriteit Financiële Markten) et la DNB (De Nederlandsche Bank) appliquent le même modèle Twin Peaks que la Belgique. Par ses missions, l'AFM est presque identique à la FSMA : contrôle des comportements, contrôle des produits, surveillance des marchés. Avec ±750 collaborateurs, l'AFM est nettement plus grande que la FSMA, ce qui s'explique en partie par la taille supérieure du secteur financier aux Pays-Bas (Amsterdam comme centre financier européen). Le modèle néerlandais fonctionne bien et fait référence à l'échelle internationale.
Allemagne (modèle intégré) : La BaFin combine le contrôle prudentiel et le contrôle des comportements dans une seule autorité. Avec ±2.530 collaborateurs, c'est l'une des plus grandes autorités de contrôle d'Europe. L'avantage : pas de problèmes de coordination entre deux autorités. L'inconvénient : le risque que les intérêts prudentiels (la stabilité des banques) prennent le pas sur la protection des consommateurs. La BaFin a essuyé de vives critiques après le scandale Wirecard (2020) pour la faiblesse de son contrôle.
Suisse (modèle intégré) : La FINMA (Swiss Financial Market Supervisory Authority) a été créée en 2009 par la fusion de trois prédécesseurs. Avec ±638 collaborateurs, elle contrôle les banques, les assureurs et les marchés. Entièrement financée par le secteur. Le modèle suisse est considéré comme efficient pour un pays plus petit doté d'un très grand secteur financier.
Danemark (modèle intégré) : Le Finanstilsynet a été créé en 1988 par la fusion des autorités de contrôle des banques et des assurances. Un modèle de contrôle unique et efficient pour un pays de taille comparable à la Belgique. Il relève du ministère des Affaires économiques.
Conclusion de la comparaison internationale : Il n'existe pas de « meilleur modèle » univoque. Le Twin Peaks comme le modèle intégré fonctionnent en pratique. Le choix dépend de la taille et de la complexité du secteur financier, du contexte historique et de la culture institutionnelle. Le modèle Twin Peaks a l'avantage de laisser au contrôle des comportements une voix autonome, qui ne se retrouve pas étouffée par le contrôle prudentiel. C'est important pour la protection des consommateurs.
1D. Problèmes et critiques
Points forts (confirmés par le FSAP du FMI 2023) :
- Le FMI a évalué positivement la qualité du contrôle financier en Belgique
- La FSMA dispose d'« un cadre bien développé pour le contrôle des produits et des comportements des banques et des assureurs »
- Le secteur belge des fonds d'investissement s'est révélé résistant à de fortes secousses lors du stress test du FMI
- Une coopération effective avec la BNB au sein du modèle Twin Peaks
Problèmes et points à améliorer :
Coordination BNB-FSMA : Bien qu'un MoU existe, il subsiste des zones grises pour les entités qui relèvent des deux autorités. La frontière entre le « prudentiel » et le « comportement » n'est pas toujours nette, surtout pour les nouveaux produits fintech et les cryptos.
Capacité face à des missions croissantes : La FSMA reçoit toujours plus de missions (les cryptos via MiCA, DORA pour la résilience numérique, le rapportage de durabilité) sans croissance proportionnelle de ses moyens. Comparée à l'AFM néerlandaise (±750 pers.), la FSMA est relativement petite au vu de la complexité du paysage du contrôle.
Mandats longs du président : Jean-Paul Servais est président depuis la création en 2011. Plus de 15 ans. Cela soulève des questions de gouvernance et d'indépendance, même si sa réputation internationale (président de l'IOSCO, OCDE) est solide.
Capacité de sanction : Dans la lutte contre la fraude, la FSMA dépend d'avertissements et de listes, mais la poursuite effective des fraudeurs passe par le parquet. Le lien entre le contrôle et la sanction ou la poursuite peut être plus rapide.
Numérisation : La FSMA a un Point de contact FinTech, mais le rythme de l'innovation numérique dans le secteur financier dépasse parfois la capacité réglementaire.
Pas de reddition de comptes parlementaire au sens strict : Comme institution autonome, la FSMA rend compte via ses rapports annuels et son Conseil de surveillance, mais il n'y a pas de contrôle parlementaire direct comme pour un SPF.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ✅ | Le contrôle financier est par définition une compétence nationale ou fédérale. L'harmonisation européenne (via l'ESMA, l'EIOPA) en fait aussi une matière européenne. Le bon niveau. Aucune régionalisation possible ni souhaitable. |
| 2 | Transparence | ⚠️ | La FSMA publie des rapports annuels et des listes d'avertissements. Mais la structure de financement (contributions par secteur) n'est pas toujours lisible pour le citoyen. On ne sait pas clairement combien coûte exactement le contrôle ni qui le paie. |
| 3 | Responsabilité = financement | ✅ | La FSMA est entièrement financée par les secteurs contrôlés, pas par l'argent des impôts. Qui est régulé paie. C'est le bon modèle. |
| 4 | Simplicité | ⚠️ | Le modèle Twin Peaks avec deux autorités de contrôle (FSMA + BNB) est plus complexe qu'un modèle intégré. Le citoyen ne comprend pas toujours qui est compétent pour quoi. Mais cela vaut pour tous les pays qui appliquent le Twin Peaks. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | Avec ±350 à 400 collaborateurs, la FSMA se situe dans le bas de la fourchette pour l'ampleur de ses missions. L'AFM aux Pays-Bas (modèle comparable) a près du double de personnel. Les missions croissantes (cryptos, DORA, MiCA, ESG) exigent plus de capacité. |
| 6 | Compétences concurrentes | ✅ | Sans objet. Le contrôle financier est purement fédéral et européen. Aucune variante régionale possible. |
| 7 | Orientation résultats | ✅ | La FSMA mesure et rapporte activement : nombre de signalements, avertissements, sanctions, résultats de stress tests. Le FSAP du FMI 2023 a confirmé cette qualité. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | Le Point de contact FinTech existe (plus de 500 demandes), mais la numérisation interne et la vitesse d'adaptation aux nouvelles technologies peuvent être améliorées. La mise en œuvre de DORA est en cours. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ✅ | Le modèle Twin Peaks est reconnu à l'échelle internationale et appliqué aux Pays-Bas, en Australie et au Royaume-Uni. Le président de la FSMA dirige à la fois l'IOSCO et le Comité de gouvernance d'entreprise de l'OCDE. La Belgique joue au-dessus de sa catégorie sur la scène internationale. |
Synthèse : La FSMA obtient globalement de bons résultats. Les principaux points à améliorer concernent la taille critique (davantage de capacité nécessaire), la simplicité (la complexité du Twin Peaks) et la transparence (mieux expliquer aux citoyens qui fait quoi et ce que cela coûte).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟢 Maintenu avec des réformes ciblées
La FSMA est une institution qui fonctionne bien et qui est reconnue à l'échelle internationale. Sa suppression ou sa régionalisation n'est pas à l'ordre du jour. Le contrôle financier doit rester fédéral (et de plus en plus européen). Des améliorations concrètes restent toutefois possibles.
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
Renforcement de la capacité : La FSMA doit grandir au rythme de ses missions. Les responsabilités croissantes en matière de cryptos (MiCA), de résilience numérique (DORA) et de rapportage de durabilité exigent plus de personnel et de moyens. Chiffre indicatif : croissance vers ±450 à 500 collaborateurs sur 5 ans, entièrement financée par le secteur.
Offensive de transparence : Chaque année, un « rapport de contrôle » public en langage compréhensible. Pas seulement pour le secteur, mais pour le citoyen. Combien de cas de fraude ont été traités ? Combien d'argent a été épargné aux consommateurs ? Quels produits ont été interdits et pourquoi ?
Réforme de la gouvernance : Maximum deux mandats de six ans pour le président (12 ans au total). Un comité de nomination indépendant pour les membres du comité de direction. Cela évite qu'une seule personne dirige trop longtemps la même institution.
Application plus rapide : Un pouvoir direct d'infliger des amendes pour les infractions mineures (sanctions administratives) sans devoir passer par le parquet. Pour les fraudes graves, le parquet reste compétent, mais la FSMA obtient un fast track.
Accélérer le contrôle numérique : Investissement dans la RegTech et la SupTech (supervisory technology) : recours à l'IA et à l'analyse de données pour la surveillance des marchés. Développer le Point de contact FinTech en un véritable bureau de l'innovation.
Recalibrer le protocole de coordination FSMA-BNB : Le Memorandum of Understanding entre la FSMA et la BNB doit être renouvelé tous les trois ans avec des accords explicites sur les cryptos, la fintech et l'ESG. Pas de zones grises.
Modèle international : Le maintien du Twin Peaks à l'exemple néerlandais (AFM/DNB), avec les standards de gouvernance de la FINMA (Suisse) comme référence.
Impact estimé : Aucune économie. C'est une institution qui rapporte de l'argent à la société en prévenant la fraude et en gardant les marchés honnêtes. L'investissement dans la capacité est porté par le secteur, pas par le contribuable.
Trajet de mise en œuvre :
- Année 1 : Réforme de la gouvernance (limitation des mandats, comité de nomination)
- Années 1 et 2 : Offensive de transparence (rapport annuel destiné au public)
- Années 2 et 3 : Extension de la capacité et investissements numériques
- Années 3 à 5 : Évaluation et recalibrage du protocole de coordination
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
FSMA (Autorité des services et marchés financiers) : maintien avec des réformes
La FSMA fonctionne bien et est reconnue à l'échelle internationale. Mais le gendarme de votre épargne doit grandir au rythme d'un monde financier qui change de plus en plus vite. Et mieux expliquer ce qu'il fait pour vous.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
La FSMA est l'autorité belge de contrôle des marchés financiers et de protection des consommateurs. Elle existe depuis 2011 et travaille avec la Banque nationale de Belgique dans un modèle dit Twin Peaks : la BNB vérifie si les banques et les assureurs sont financièrement sains, la FSMA vérifie s'ils traitent honnêtement leurs clients. La FSMA compte environ 350 à 400 collaborateurs et est entièrement payée par le secteur financier lui-même. Pas par l'argent des impôts. Elle contrôle les sociétés cotées en Bourse, les intermédiaires financiers, les produits de placement et les pensions complémentaires. Elle contribue en outre à l'éducation financière.
Ce qui peut être amélioré
Trois choses frappent. Premièrement : la FSMA reçoit toujours plus de missions (les cryptomonnaies, la résilience numérique, les règles de durabilité venues d'Europe) mais sa capacité ne suit pas. Avec ±350 à 400 collaborateurs, elle est nettement plus petite que l'AFM néerlandaise (±750 collaborateurs), qui a un paquet de missions comparable. Deuxièmement : le président est en place depuis la création en 2011. Plus de 15 ans sur la même chaise, c'est trop long, aussi bons que soient ses résultats. Troisièmement : la FSMA est invisible pour le citoyen moyen. Peu de gens savent ce qu'elle fait, ce qu'elle coûte et ce qu'elle rapporte. Cela mine la confiance dans le système financier.
Comment cela fonctionne ailleurs
Aux Pays-Bas, l'AFM (Autoriteit Financiële Markten) fonctionne exactement dans le même modèle Twin Peaks que la FSMA, mais avec près du double de personnel. L'AFM investit fortement dans la communication vers le public et dans les outils numériques. La Suisse a opté pour la FINMA : une seule autorité de contrôle intégrée de ±638 collaborateurs pour tous les secteurs financiers. En Allemagne, la BaFin (±2.530 collaborateurs) combine tout sous un même toit, mais a essuyé de vives critiques après le scandale Wirecard. Le Finanstilsynet danois prouve qu'un pays plus petit (±400 collaborateurs) peut lui aussi organiser efficacement un contrôle intégré.
Ce que HART propose
HART veut maintenir et renforcer la FSMA. Concrètement :
Plus de capacité. La FSMA doit grandir au rythme de ses missions européennes. Croissance vers 450 à 500 collaborateurs, entièrement financée par le secteur.
Maximum deux mandats. Le président peut rester en fonction 12 ans au maximum (deux fois six ans). Un comité de nomination indépendant sélectionne les candidats. Pas de nominations politiques.
Un rapport annuel destiné au public. Pas l'actuel rapport annuel technique, mais un aperçu compréhensible : combien de fraudes ont été traitées, combien de produits trompeurs ont été interdits, ce que la FSMA a concrètement apporté pour vous en tant qu'épargnant.
Une application plus rapide. Un pouvoir d'amende direct pour les infractions mineures, sans devoir passer par le parquet. Les fraudeurs doivent sentir plus vite qu'il y a des conséquences.
Un contrôle numérique. Investissement dans une surveillance des marchés pilotée par l'IA et développement du Point de contact FinTech en un véritable bureau de l'innovation.
Un protocole clair avec la BNB. La répartition des tâches entre la FSMA et la BNB est recalibrée tous les trois ans, avec des accords explicites sur les cryptomonnaies, la fintech et la durabilité. Pas de zones grises.
Ce que cela rapporte
Une FSMA plus forte protège mieux les épargnants et les investisseurs contre la fraude et la tromperie. Une meilleure transparence renforce la confiance dans les marchés financiers. Une application plus rapide complique la vie des fraudeurs. Et tout cela sans coût supplémentaire pour le contribuable. Le secteur paie la facture, comme il se doit. Les réformes de gouvernance font en sorte que le gendarme soit lui aussi contrôlé.