Gouvernement de la Communauté française (FWB) : audit
Date : 2026-03-31 Ligne : Gouvernement de la FWB. + cabinets Section : Communauté française (FWB) : supprimée Statut : 🔴 Supprimé
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Le Gouvernement de la Communauté française. Officiellement « Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles » depuis le changement de nom de 2011, qui n'est du reste pas inscrit dans la Constitution. Il est l'organe exécutif de la Communauté française de Belgique. Il exerce le pouvoir exécutif pour les compétences dites communautaires (enseignement, culture, médias, sport, jeunesse, accueil de la petite enfance, recherche scientifique) pour la région de langue française et pour les francophones de Bruxelles.
Composition actuelle (législature 2024-2029) : 6 ministres, du MR et des Engagés :
- Elisabeth Degryse (Les Engagés) : ministre-présidente. Compétente pour le Budget, la Santé, la Culture, l'Égalité des chances, les Droits des femmes, les Relations internationales, l'Enseignement supérieur et les Bâtiments scolaires.
- Valérie Glatigny (MR) : vice-présidente. Compétente pour l'Enseignement.
- Jacqueline Galant (MR) : ministre des Sports et des Médias. Double casquette : également ministre wallonne.
- Yves Coppieters (Les Engagés) : ministre de la Santé et de l'Égalité des chances. Double casquette : également ministre wallon.
- Valérie Lescrenier (Les Engagés) : ministre de l'Aide à la jeunesse. Double casquette : également ministre wallonne.
- Adrien Dolimont (MR) : ministre aux compétences diverses. Double casquette : également ministre wallon.
Le système de la « double casquette » : quatre des six ministres siègent en même temps au Gouvernement wallon. C'est la pratique du côté francophone depuis des décennies. Là où la Flandre a réalisé en 1980 la fusion de la Communauté flamande et de la Région flamande en un seul parlement et un seul gouvernement, du côté francophone la Région wallonne et la Communauté française sont restées deux entités distinctes dotées chacune de son propre gouvernement. Peuplées en partie par les mêmes personnes.
Base juridique :
- Constitution art. 121-123 (gouvernements de Communauté)
- Loi spéciale du 8 août 1980 de réformes institutionnelles (art. 59-73)
- Loi spéciale du 16 janvier 1989 relative au financement des Communautés et des Régions (LSF)
Cabinets :
- Législature 2024-2029 : le cadre total a été ramené de 237,7 ETP à 143 ETP, une baisse de ±40 %.
- Budget des cabinets de la FWB : 14,6 millions d'euros (2025), 17,2 millions d'euros frais connexes compris. Soit une baisse de 18 % par rapport au budget initial 2024 (17,9 millions d'euros / 20,7 millions d'euros avec les frais connexes).
- À titre de comparaison : en 2023, les trois gouvernements francophones ont coûté ensemble plus de 67 millions d'euros en frais de cabinet (FWB : 17,8 M€, Wallonie : 27,8 M€, Bruxelles : 21,9 M€).
- Sur les 143 ETP des cabinets de la FWB, 59 % sont du personnel détaché de l'administration. Donc payé par le contribuable via l'administration, en plus du budget des cabinets.
Administration (Ministère de la FWB) :
- Le Ministère de la FWB compte environ 6.000 fonctionnaires, organisés en 6 grandes entités : le Secrétariat général et 5 Administrations générales.
- Entre 2012 et 2020, l'effectif a augmenté de 21 %.
Budget total de la FWB :
- Dépenses : ±15 milliards d'euros (2025)
- Recettes : ±13,5 milliards d'euros (2025)
- Déficit structurel : 1,485 milliard d'euros (2025), montant à 1,6 milliard d'euros (2026)
- Dette : 14 milliards d'euros (2025) : pour la première fois au-dessus de 100 % des recettes
- Sans intervention : la dette double vers 21 milliards d'euros d'ici 2029
Élément crucial : la FWB n'a aucune compétence fiscale propre. Toutes ses recettes proviennent de dotations fédérales via la loi spéciale de financement (LSF). Elle dépense de l'argent qu'elle ne perçoit pas elle-même. L'exemple ultime d'un fiscal gap.
1B. Que fait-il en pratique ?
Missions principales du gouvernement de la FWB :
- Politique exécutive pour l'enseignement (±70 % du budget), la culture, les médias, le sport, la jeunesse, la recherche scientifique, l'accueil de la petite enfance, la prévention en santé
- Élaboration du budget et dépôt de celui-ci au Parlement de la FWB
- Pilotage du Ministère de la FWB et des organismes parastataux (ONE, RTBF, FNRS, CSA, etc.)
- Relations internationales au niveau communautaire (via Wallonie-Bruxelles International)
En pratique : Le gouvernement fonctionne comme un cabinet miroir du Gouvernement wallon. Avec quatre des six ministres qui siègent dans les deux gouvernements, les décisions sont de facto prises autour d'une seule table. Le Gouvernement de la FWB se réunit généralement un autre jour que le Gouvernement wallon, mais avec largement les mêmes personnes, les mêmes équilibres politiques et la même coalition (MR + Les Engagés).
Chevauchements :
- Avec le Gouvernement wallon : énormes. Les compétences se chevauchent dans des domaines comme le bien-être, la santé, la formation, l'emploi. Les ministres à double casquette traitent des dossiers liés dans deux réunions distinctes avec deux administrations distinctes.
- Avec la Région bruxelloise : la FWB est aussi compétente pour les francophones de Bruxelles, ce qui entraîne des chevauchements avec la COCOF (Commission communautaire française), la COCOM et la Région bruxelloise elle-même.
- Résultat : un enfant francophone qui va à l'école à Bruxelles relève de la compétence de la FWB (enseignement), de la Région bruxelloise (infrastructures, mobilité), de la COCOM (bien-être) et de la COCOF (matières communautaires francophones). Quatre niveaux de pouvoir pour un seul enfant.
Indicateurs de performance : il n'existe pas de KPI formels pour le fonctionnement du gouvernement de la FWB. Le seul contrôle externe vient de la Cour des comptes, qui a rendu en 2024 un avis défavorable sur le compte général de la FWB.
1C. Comparaison internationale
La question centrale : une communauté linguistique a-t-elle besoin d'un gouvernement distinct, à côté des gouvernements territoriaux ?
Allemagne (16 Länder) :
- L'enseignement et la culture sont des compétences exclusives des Länder (Kulturhoheit). Chaque entité fédérée a un seul gouvernement qui gère aussi bien les compétences territoriales que culturelles. Il n'y a pas de « gouvernement de Communauté » distinct. Le gouvernement du Land fait tout.
- Coordination : la Kultusministerkonferenz (KMK, créée en 1948) coordonne la politique de l'enseignement entre les Länder. Aucune couche de pouvoir supplémentaire n'est nécessaire.
- Résultat : 16 gouvernements d'entités fédérées gèrent l'enseignement pour 84 millions de personnes. La Belgique a, à côté de 3 gouvernements régionaux, également 3 gouvernements de Communauté pour 11,5 millions de personnes.
Suisse (26 cantons, 4 langues) :
- Les cantons sont l'entité de base. Chaque canton a un seul gouvernement qui gère l'enseignement, la culture et la politique linguistique. Pas de « niveau communautaire » distinct au-dessus des cantons.
- La Schweizerische Konferenz der kantonalen Erziehungsdirektoren (EDK) coordonne la politique de l'enseignement.
- Résultat : 26 gouvernements cantonaux gèrent 4 langues et leurs compétences culturelles sans couche de pouvoir supplémentaire.
Pays-Bas :
- L'enseignement et la culture sont des compétences nationales, gérées par le ministère de l'Éducation, de la Culture et de la Science (OCW). Les provinces ont un rôle limité (aménagement, supralocal). Les écoles sont administrées de manière décentralisée mais dans un cadre national.
- Résultat : un seul ministre, un seul ministère, un seul cadre politique. Pas de structure communautaire.
Flandre (l'alternative belge) :
- La Flandre a fusionné en 1980 la Communauté flamande et la Région flamande en un seul parlement et un seul gouvernement. Un seul Gouvernement flamand gère aussi bien les compétences régionales que communautaires.
- Résultat : là où la Belgique francophone a besoin de deux gouvernements (Wallonie + FWB) avec en partie les mêmes ministres, la Flandre fait la même chose avec un seul gouvernement.
Conclusion : nulle part en Europe il n'existe un système où un gouvernement de Communauté distinct opère à côté d'un gouvernement régional pour la même population, avec les mêmes ministres, pour des compétences qui relèvent ailleurs tout simplement du gouvernement de l'entité fédérée. Le modèle est unique, non fonctionnel, et sans équivalent au niveau international.
1D. Problèmes et critiques
Irresponsabilité fiscale par construction : la FWB n'a pas de compétence fiscale propre. Elle dépense 15 milliards d'euros sans la moindre responsabilité fiscale. C'est l'exemple le plus pur du principe « qui décide, ne paie pas ». L'inverse d'une bonne gouvernance. Le déficit structurel de 1,5 milliard d'euros n'est pas un hasard mais une erreur de système.
La double casquette comme symptôme : le fait que 4 des 6 ministres soient aussi ministres wallons prouve que le système lui-même est superflu. Si les mêmes personnes traitent les mêmes dossiers dans deux réunions avec deux administrations, pourquoi existe-t-il alors deux gouvernements ?
Double administration : à côté du Ministère de la FWB (6.000 fonctionnaires) existe le Service public de Wallonie (SPW, 8 directions générales). Sur des domaines qui se chevauchent (bien-être, santé, formation), deux administrations distinctes travaillent pour largement la même population.
Crise budgétaire : la FWB est de fait en faillite :
- Dette : 14 milliards d'euros (plus de 100 % des recettes)
- Déficit structurel : 1,5 milliard d'euros par an
- Aucune source de recettes propre pour combler le trou
- La Cour des comptes a rendu un avis défavorable sur les comptes
- Sans intervention, la dette double vers 21 milliards d'euros d'ici 2029
Déficit démocratique : le gouvernement est nommé par un parlement qui n'est lui-même pas élu directement (voir l'audit Parlement FWB). La légitimité démocratique est donc doublement dérivée.
Invisibilité pour le citoyen : quel francophone de Bruxelles sait que son enseignement n'est pas piloté par le Gouvernement bruxellois mais par le gouvernement de la FWB ? Le système n'est pas explicable à un jeune de 16 ans.
Les partis francophones reconnaissent eux-mêmes le problème : en 2023, le PS, le MR et Ecolo ont négocié en secret une réforme par laquelle des compétences comme l'aide à la jeunesse, les maisons de justice, l'accueil de la petite enfance, la santé et la formation seraient transférées aux Régions, et la FWB serait ramenée à quatre compétences (enseignement, culture, audiovisuel, recherche). L'accord n'a pas été mis en œuvre, mais le signal est clair : même les gestionnaires du système le trouvent impraticable.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ❌ | Les compétences communautaires (enseignement, culture) sont gérées à un niveau qui ne correspond pas à un territoire. La FWB gouverne la Wallonie et Bruxelles, mais n'est ni l'une ni l'autre. C'est l'inverse de la subsidiarité. Les décisions sont prises à un niveau abstrait sans ancrage territorial. |
| 2 | Transparence | ❌ | Le citoyen ne peut pas voir qui décide. Le même ministre prend des décisions dans deux gouvernements pour des dossiers qui se chevauchent. Les flux financiers entre le fédéral, la FWB et les Régions sont impénétrables. La Cour des comptes a rendu un avis défavorable. |
| 3 | Responsabilité = financement | ❌ | La FWB a zéro compétence fiscale. Elle dépense 15 Mds € avec de l'argent qui provient intégralement du niveau fédéral. Le fiscal gap est de 100 %. C'est l'exemple type d'un système où décider et payer sont totalement découplés. |
| 4 | Simplicité | ❌ | Un citoyen francophone a affaire au gouvernement fédéral, au gouvernement régional (Wallonie ou Bruxelles), au gouvernement de la FWB, et à Bruxelles encore à la COCOF et à la COCOM. Cinq niveaux de pouvoir. Avec des ministres à « double casquette » qui siègent dans plusieurs à la fois. Aucun jeune de 16 ans ne peut expliquer cela. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | La FWB dessert ±4,5 millions de francophones. En soi une taille suffisante. Mais le fait qu'il ne s'agisse pas d'un niveau territorial rend les avantages d'échelle difficiles : la FWB doit se coordonner avec la Région wallonne, la Région bruxelloise, la COCOF et la COCOM pour chaque acte d'exécution. |
| 6 | Compétences concurrentes | ❌ | Le système de compétences exclusives par niveau conduit à des blocages. La FWB est compétente pour l'enseignement mais pas pour le marché du travail (Wallonie/Bruxelles) ni pour l'accueil de la petite enfance (récemment transféré). Il n'y a pas de mécanisme de compétences concurrentes à l'allemande. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Pas de KPI formels. Pas de mesure des résultats. La Cour des comptes a rendu un avis défavorable sur les comptes. Les résultats de l'enseignement (PISA) montrent avec la Flandre un écart structurel qui persiste depuis des décennies. Malgré plus de 10 milliards d'euros de dépenses d'enseignement, aucune amélioration démontrable. |
| 8 | Numérique d'abord | ❌ | Les services de la FWB sont morcelés entre plusieurs portails et administrations. Il n'y a pas de principe once only. Un citoyen doit fournir séparément les mêmes données à la FWB, à la Région et à l'autorité fédérale. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | Aucun autre pays n'a un gouvernement de Communauté à côté d'un gouvernement régional pour la même population. Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Scandinavie. Partout l'enseignement et la culture sont des compétences des entités fédérées ou des régions, sans couche de pouvoir supplémentaire. |
Synthèse : 8 des 9 principes obtiennent un ❌ (échec), 1 obtient un ⚠️ (partiel). Le Gouvernement de la FWB est l'item qui obtient le plus mauvais score de toute la liste d'évaluation. Les gains les plus importants se situent au niveau de la responsabilité = financement (éliminer un fiscal gap total), de la simplicité (supprimer une couche de pouvoir) et de la transparence (enfin rendre clair qui décide).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🔴 Supprimé le Gouvernement de la Communauté française est supprimé. Les compétences sont transférées aux gouvernements des entités fédérées (entité fédérée wallonne et Région bruxelloise / entité fédérée bruxelloise).
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
- Le gouvernement de la FWB est supprimé. Il n'y a plus de gouvernement de Communauté distinct du côté francophone.
- Les compétences communautaires (enseignement, culture, médias, sport, recherche scientifique, jeunesse, accueil de la petite enfance) sont transférées :
- Entité fédérée wallonne : pour la région de langue française (la Wallonie)
- Entité fédérée bruxelloise : pour les francophones de Bruxelles
- Les 6.000 fonctionnaires du Ministère de la FWB sont répartis entre les administrations wallonne et bruxelloise, au prorata du territoire et de la population qu'ils desservent.
- Les cabinets du gouvernement de la FWB (143 ETP, 17,2 M€) disparaissent entièrement. Les ministres wallons et bruxellois reprennent les compétences dans leurs portefeuilles existants.
Quel modèle suivons-nous :
- Modèle allemand (Kulturhoheit) : l'enseignement et la culture sont des compétences des entités fédérées. Coordination via une conférence entre entités fédérées (sur le modèle de la KMK allemande ou de l'EDK suisse).
- Modèle flamand : comme la Flandre combine depuis 1980 les compétences régionales et communautaires dans un seul gouvernement.
Coordination pour l'enseignement francophone :
- Une Concertation de l'enseignement entre entités fédérées (CEEF) est créée sur le modèle allemand de la KMK. Les ministres de l'Enseignement wallon et bruxellois s'y concertent sur la coordination des programmes, la reconnaissance des diplômes et les normes de qualité. Pas de couche de pouvoir supplémentaire, mais une plateforme de concertation.
Économie estimée :
- Cabinets de la FWB : 17,2 millions d'euros par an (en totalité)
- Frais de structure du Ministère de la FWB (directions doubles, coordination) : estimés à 30 à 50 millions d'euros par an
- Élimination des réunions doubles et des processus décisionnels doubles : difficile à quantifier mais considérable
- Économie directe totale : 50 à 70 millions d'euros par an
- Plus important encore : la responsabilité budgétaire (15 milliards d'euros) est transférée à des niveaux de pouvoir qui ont bien une compétence fiscale propre (ou qui l'obtiennent dans le modèle HART), ce qui élimine le fiscal gap structurel.
Trajet de mise en œuvre :
- Révision de la Constitution : réviser les art. 121-123 (gouvernements de Communauté)
- Loi spéciale : réforme de la loi spéciale du 8 août 1980
- Loi spéciale de financement : l'adapter pour que les dotations aillent directement aux entités fédérées
- Période de transition : 2 à 3 ans pour le transfert du personnel et l'intégration administrative
- Horizon temporel : réalisable en une seule législature (5 ans) dans le cadre d'une 7e réforme de l'État plus large
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
Gouvernement de la FWB (+ cabinets) : supprimé
Six ministres, dont quatre à double casquette, un budget de 15 milliards d'euros sans un seul euro de recettes fiscales propres, et une dette de 14 milliards d'euros. Le Gouvernement de la Communauté française est une anomalie administrative qui n'a d'équivalent nulle part au monde. HART le supprime et ramène les compétences là où elles doivent être : auprès des gouvernements des entités fédérées wallonne et bruxelloise.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Le Gouvernement de la Communauté française. Officiellement la « Fédération Wallonie-Bruxelles ». Est l'organe exécutif des compétences communautaires francophones en Belgique : enseignement, culture, médias, sport, jeunesse et recherche scientifique. Il se compose actuellement de 6 ministres, appuyés par 143 collaborateurs de cabinet (17,2 millions d'euros par an) et une administration de 6.000 fonctionnaires. Il gère un budget de 15 milliards d'euros, dont environ 70 % vont à l'enseignement. La particularité : quatre des six ministres siègent en même temps au Gouvernement wallon. La fameuse « double casquette ».
Ce qui ne va pas
Le problème fondamental est triple. Premièrement : la FWB n'a pas de recettes fiscales propres. Pas un euro. Tout son argent provient de dotations fédérales via la loi spéciale de financement. Elle dépense 15 milliards d'euros sans la moindre responsabilité fiscale. L'exemple ultime d'un système où décider et payer sont totalement découplés. Le résultat : un déficit structurel de 1,5 milliard d'euros par an, une dette de 14 milliards d'euros qui dépasse 100 % de ses recettes, et un avis défavorable de la Cour des comptes sur ses comptes.
Deuxièmement : la double casquette prouve que le système lui-même est superflu. Si les mêmes ministres traitent les mêmes dossiers dans deux réunions différentes avec deux administrations différentes pour largement la même population, alors l'une des deux réunions est par définition superflue. La Flandre a prouvé dès 1980 qu'il est possible de faire autrement, en combinant les compétences régionales et communautaires dans un seul gouvernement.
Troisièmement : le système est incompréhensible pour le citoyen. Un Bruxellois francophone relève dans sa vie quotidienne d'au moins cinq niveaux de pouvoir : le gouvernement fédéral, la Région bruxelloise, la FWB, la COCOF et la COCOM. Aucun citoyen ne peut dessiner quel ministre est compétent pour quel problème. Ce n'est pas seulement inefficace. Cela mine la confiance dans la démocratie.
Même les partis francophones reconnaissent le problème. En 2023, le PS, le MR et Ecolo ont négocié en secret un plan visant à transférer aux Régions la majeure partie des compétences de la FWB. Le plan n'a pas été exécuté, mais le signal est éloquent : les gestionnaires du système le trouvent eux-mêmes impraticable.
Comment cela fonctionne ailleurs
En Allemagne, l'enseignement et la culture sont des compétences exclusives des entités fédérées (Kulturhoheit). Chaque gouvernement de Land gère aussi bien les compétences territoriales que culturelles. Sans gouvernement de Communauté supplémentaire. La coordination entre entités fédérées passe par la Kultusministerkonferenz (KMK), une plateforme de concertation sans pouvoir de décision. Seize gouvernements d'entités fédérées gèrent l'enseignement pour 84 millions de personnes. La Belgique a, pour 11,5 millions de personnes, à côté de trois gouvernements régionaux, encore trois gouvernements de Communauté.
En Suisse. Avec quatre langues officielles. Ce sont les 26 gouvernements cantonaux qui sont responsables de l'enseignement et de la culture. Aucun niveau communautaire distinct. La coordination passe par l'EDK (Schweizerische Konferenz der kantonalen Erziehungsdirektoren).
En Flandre existe la preuve qu'au sein même de la Belgique, on peut faire autrement. Depuis 1980, la Flandre combine les compétences régionales et communautaires dans un seul parlement et un seul gouvernement.
Ce que HART propose
HART supprime le Gouvernement de la Communauté française. Les compétences communautaires sont transférées à l'entité fédérée wallonne (pour la Wallonie) et à l'entité fédérée bruxelloise (pour Bruxelles). Concrètement :
- L'enseignement, la culture, les médias, le sport, la jeunesse et la recherche scientifique deviennent des compétences des entités fédérées. Exactement comme en Allemagne, en Suisse et en Flandre.
- Les 6.000 fonctionnaires du Ministère de la FWB sont intégrés dans les administrations wallonne et bruxelloise.
- Les cabinets (143 ETP) disparaissent. Les ministres des entités fédérées reprennent les compétences.
- Une Concertation de l'enseignement entre entités fédérées (sur le modèle allemand de la KMK) garantit la coordination des programmes, de la reconnaissance des diplômes et des normes de qualité. Pas de couche de pouvoir supplémentaire. Une plateforme de concertation.
- La loi spéciale de financement est adaptée pour que les dotations à l'enseignement aillent directement aux entités fédérées. Liées à une responsabilité fiscale propre.
Ce que cela rapporte
Économie directe : 50 à 70 millions d'euros par an en cabinets et en frais de structure administratifs. Mais le vrai gain est structurel : 15 milliards d'euros de dépenses passent enfin sous la responsabilité de niveaux de pouvoir qui lèvent aussi des impôts. Le fiscal gap. Aujourd'hui de 100 %. Est éliminé. Décider et payer sont de nouveau liés.
En outre : moins de ministres, moins de cabinets, moins de réunions, moins d'administration. Un seul point de contact par entité fédérée pour l'enseignement et la culture, au lieu d'un gouvernement de Communauté invisible que le citoyen ne connaît pas et dont la Cour des comptes ne peut pas approuver les comptes.