NCCN (Centre de crise national) : audit
Date : 2026-03-29 Catégorie : Sécurité et renseignement Statut proposé : 🟠 Réformé
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Nom officiel : Centre de crise national (NCCN) : auparavant Direction générale Centre de crise (DGCC), et avant cela Centre gouvernemental de Coordination et de Crise (CGCCR)
Base juridique : arrêté royal du 18 avril 1988. Le NCCN est une direction générale au sein du SPF Intérieur. Depuis 2024, la Belgique travaille à un nouveau « Code de la planification d'urgence et de la gestion de crise » destiné à remplacer le cadre obsolète de l'arrêté royal. Approuvé en première lecture par le Conseil des ministres le 29 mars 2024, actuellement au Conseil d'État.
Date de création : 1986 (de manière informelle, comme CGCCR), 18 avril 1988 (formellement, par arrêté royal)
Historique :
- Années 1980 : une série de crises (attentats des CCC, drame du Heysel avec 39 morts, Tchernobyl, Herald of Free Enterprise) montre que la Belgique n'a pas d'infrastructure de crise permanente
- 1986 : création du Centre gouvernemental de Coordination et de Crise (CGCCR)
- 1988 : base juridique formelle par arrêté royal
- 2003 : transformation en Direction générale Centre de crise (DGCC) au sein du SPF Intérieur
- 2009 : intégration du Service d'alerte et du Service Infrastructure critique
- 2016 : création du NTTC (données des passagers) après les attentats du 22 mars
- 2018 : changement de nom en Centre de crise national (NCCN), réorganisation en profondeur avec le centre d'expertise CBRNe et l'International Crisis Management Cell (ICC)
- 2020-2022 : rôle central dans la gestion de la crise du COVID-19 (présidence du COFECO)
- 2024 : publication de l'arrêté royal sur le plan d'urgence national, approbation du Code de la planification d'urgence en première lecture
Niveau de pouvoir : fédéral (direction générale au sein du SPF Intérieur)
Personnel : 191 collaborateurs (chiffre de 2019). Les chiffres actuels exacts ne sont pas disponibles publiquement, mais le NCCN a considérablement grandi depuis 2018 avec la création du NTTC et du centre d'expertise CBRNe.
Budget : non publié séparément. Fait partie du budget du SPF Intérieur. En 2022-2024, le SPF Intérieur comptait un effectif total de 5.648 collaborateurs.
Tutelle : un directeur général (depuis le 1er juillet 2025 : Jack Hamande, nommé par arrêté royal du 5 mai 2025). Relève du ministre de l'Intérieur.
Implantation : Bruxelles, rue Ducale 53, en face du cabinet du Premier ministre.
1B. Que fait-il en pratique ?
Missions principales (4 missions) :
- Résilience de la société analyse des risques (Belgian National Risk Assessment), campagnes de prévention, protection des infrastructures critiques, coordination de la cybersécurité
- Planification d'urgence et gestion de crise infrastructure de coordination 24/7, plans d'urgence nationaux (nucléaire, Seveso, inondations, terrorisme), appui aux planificateurs d'urgence locaux, système d'alerte BE-Alert
- Vigilance active point d'alerte national et international, analyse de la menace (en collaboration avec l'OCAM), sécurisation des grands événements et protection des VIP, ordre public
- Données des passagers (NTTC) Belgian Passenger Information Unit (BelPIU) pour la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, opérationnelle depuis janvier 2018
Structure opérationnelle en phase fédérale : Lors de l'activation de la phase fédérale, trois cellules sont mises en place :
- Cellule d'évaluation (analyse et avis)
- Cellule de coordination (pilotage opérationnel)
- Cellule d'information (communication vers le public et les médias)
5 disciplines en situation d'urgence :
- Opérations de secours
- Aide médicale, sanitaire et psychosociale
- Missions de police
- Appui logistique
- Information à la population
Chevauchements avec d'autres institutions :
- OCAM : analyse de la menace (le NCCN coordonne, l'OCAM analyse. Mais la frontière est parfois floue)
- Sécurité civile (34 zones de secours) : exécution opérationnelle contre le rôle coordinateur du NCCN
- Gouverneurs de province : ils coordonnent la planification d'urgence au niveau provincial, mais en cas de montée en puissance vers la phase fédérale, le NCCN prend le relais
- Structures de crise régionales : Bruxelles a son propre centre de crise (safe.brussels), la Flandre et la Wallonie ont leurs propres structures. La coordination n'est pas toujours fluide
- Comité R et Comité P : contrôle des services de renseignement et de la police, mais pas de contrôle spécifique du NCCN lui-même
BE-Alert :
- Opérationnel dans toute la Belgique depuis 2017
- 537 des 565 communes affiliées (95 %) en 2025
- 1.369.659 citoyens inscrits (septembre 2025)
- Toutes les communes flamandes et bruxelloises sont affiliées ; 233 des 261 communes wallonnes (89,3 %)
- Contrat avec Telenet/F24 jusqu'en 2028
Indicateurs de performance : le NCCN publie le Belgian National Risk Assessment (BNRA, cycle 2018-2023), mais des KPI systématiques sur son propre fonctionnement ne sont pas disponibles publiquement. Il n'existe pas d'évaluation périodique indépendante.
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas. NCTV (Nationaal Coördinator Terrorismebestrijding en Veiligheid)
- Partie du ministère de la Justice et de la Sécurité
- Combine lutte contre le terrorisme, cybersécurité, sécurité nationale et gestion de crise dans une seule organisation
- Le Nationaal Crisiscentrum (NCC) est une composante du NCTV
- Quelques centaines de collaborateurs
- Différence avec la Belgique : les Pays-Bas ont un seul coordinateur qui rassemble tous les domaines de la sécurité ; la Belgique répartit cela entre le NCCN, l'OCAM, la VSSE, le SGRS et le CCB (cybersécurité)
- Avantage : prise de décision plus rapide, pas de problème de coordination entre entités distinctes
Allemagne. BBK (Bundesamt für Bevölkerungsschutz und Katastrophenhilfe)
- Agence fédérale sous le Bundesministerium des Innern
- Créée en 2004, ±700 collaborateurs sur 5 implantations
- Séparation constitutionnelle : le Bund = la défense civile (guerre), les Länder = la lutte contre les catastrophes (temps de paix)
- En cas de grandes catastrophes touchant plusieurs Länder, c'est le BBK qui coordonne
- La Belgique connaît une montée en puissance comparable (commune → province → fédéral), mais le BBK dispose de plus de personnel et de moyens
- Après les inondations de 2021, l'Allemagne a fortement investi dans le BBK (budget doublé)
Danemark. DEMA (Beredskabsstyrelsen / Danish Emergency Management Agency)
- Depuis janvier 2025 sous le nouveau ministère de la Résilience et de la Préparation
- Budget : 608 millions de DKK supplémentaires en 2025 (±89 millions d'euros)
- Combine gestion de crise, protection civile, système 112, garde-côtes et pollution marine
- Mandat beaucoup plus large que celui du NCCN
- Différence : le Danemark rassemble toute la capacité opérationnelle dans une seule agence ; la Belgique répartit cela entre le NCCN (coordination), la Sécurité civile (34 zones) et la police et les pompiers locaux (176+34 zones)
Suisse. BABS (Bundesamt für Bevölkerungsschutz / FOCP)
- Organe fédéral de coordination sous le Département de la Défense
- Créé en 2003. Rassemble toutes les matières de protection civile
- 26 sections cantonales pour l'exécution opérationnelle
- National Emergency Operations Centre (NEOC) + Spiez Laboratory (NRBC)
- Modèle fédéral comparable à celui de la Belgique, mais avec une répartition des compétences plus claire
- Alert Swiss : système d'alerte national comparable à BE-Alert
1D. Problèmes et critiques
1. Morcellement de la gestion de crise La Belgique n'a pas de système de gestion de crise univoque. Le NCCN coordonne, mais la capacité opérationnelle se trouve dans 34 zones de secours (pompiers), 176 zones de police locales, 10 gouverneurs de province et des structures de crise régionales. Lors du COVID-19, cela s'est révélé problématique : l'OCDE a jugé que « la gouvernance de la crise du COVID-19 a souffert, à un stade précoce, de la multitude d'acteurs impliqués. »
2. Pas de cadre légal (jusqu'il y a peu) Le NCCN a fonctionné pendant des décennies sur la base d'un arrêté royal de 1988. Aucun ancrage légal. Le Code de la planification d'urgence et de la gestion de crise (entamé en 2019, interrompu par le COVID) n'a été approuvé en première lecture qu'en 2024. Les attentats du 22 mars 2016 en ont montré les conséquences : la commission d'enquête parlementaire a formulé des recommandations pour un cadre légal qui ne sont exécutées (en partie) que 8 ans plus tard.
3. Culture du risque défaillante L'évaluation de l'OCDE (2023) constatait : « Bien que l'analyse nationale des risques ait reconnu le risque de pandémie, trop peu a été fait pour créer une conscience partagée du risque à travers les niveaux de pouvoir et les secteurs. » La préparation au risque se limitait au secteur de la santé.
4. Délimitation floue avec l'OCAM Le NCCN fait de la « vigilance active » et de l'analyse de la menace, mais c'est l'OCAM qui est formellement compétent pour l'analyse de la menace. En pratique, un chevauchement apparaît, en particulier pour les menaces hybrides (terrorisme + NRBC, cyber + physique).
5. Pas de contrôle indépendant Il n'existe pas d'évaluation externe systématique du fonctionnement du NCCN. La Cour des comptes n'a publié aucun audit spécifique. Le NCCN s'évalue lui-même. Un problème de gouvernance fondamental.
6. Taux de couverture de BE-Alert Malgré une affiliation de 95 % des communes, seuls ±12 % de la population belge sont inscrits (1,37 million sur ±11,5 millions). Le système est opt-in, pas opt-out. Aux Pays-Bas, NL-Alert est automatique (cell broadcast) et atteint plus de 90 % de la population.
7. Dérive des missions du NTTC Le NTTC (données des passagers) est un corps étranger dans le centre de crise. Il traite les données des voyageurs pour la lutte contre le terrorisme. Une mission qui, sur le plan conceptuel, relève plutôt de la police et de la justice. Le regroupement avec la coordination de crise s'est construit historiquement (après le 22 mars), mais il n'a rien d'évident sur le plan logique.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | La coordination de crise au niveau fédéral est logique pour les crises nationales. Mais le modèle de montée en puissance (commune → province → fédéral) est lourd et la couche provinciale intermédiaire apporte peu lors de grandes crises. |
| 2 | Transparence | ❌ | Pas de rapport annuel public, pas de KPI publics, pas de budget publié. Le citoyen ne peut pas voir comment le NCCN fonctionne ni ce qu'il coûte. |
| 3 | Responsabilité = financement | ⚠️ | Le NCCN coordonne, mais les coûts opérationnels reposent sur les communes, les zones et les provinces. Il y a un fiscal gap : qui paie la planification d'urgence au niveau local n'est pas clair. Les communes se plaignent de moyens fédéraux insuffisants pour les obligations de planification d'urgence. |
| 4 | Simplicité | ❌ | Extrêmement complexe : NCCN + OCAM + VSSE + SGRS + CCB + Sécurité civile + 34 zones de secours + 176 zones de police + 10 gouverneurs + centres de crise régionaux. Aucun jeune de 16 ans ne comprend cela. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | Avec ±191 collaborateurs, le NCCN est relativement petit pour un pays au paysage de la menace aussi complexe. Le NCTV néerlandais (quelques centaines) et le BBK allemand (±700) sont substantiellement plus grands. En même temps, la Belgique est plus petite. Mais la complexité est comparable. |
| 6 | Compétences concurrentes | ❌ | La planification d'urgence est réglée au niveau fédéral, mais exécutée sur le plan opérationnel au niveau régional et local. Il n'y a pas de place pour l'innovation régionale : l'arrêté royal impose l'uniformité. En même temps, 3 structures de crise régionales opèrent à côté du système fédéral. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Pas de KPI publics, pas d'évaluation indépendante, pas d'audit périodique de la Cour des comptes. La BNRA est une bonne analyse des risques, mais elle ne mesure pas le fonctionnement du NCCN lui-même. C'est l'OCDE qui a dû réaliser une évaluation externe. La Belgique ne l'a pas fait elle-même. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | BE-Alert existe et fonctionne, mais il est en opt-in (12 % de couverture seulement). Pas de cell broadcast comme aux Pays-Bas. Le NCCN a lancé en 2024 un outil innovant pour la planification d'urgence, mais la numérisation de l'ensemble de la gestion de crise est en retard. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ⚠️ | Le NCCN regarde les bonnes pratiques internationales (réseau européen des centres de crise), mais il les met en œuvre lentement. Le Code de la planification d'urgence a mis 5 ans en route. Le cell broadcast (obligation européenne) n'est toujours pas implémenté. |
Synthèse : score : 0 ✅ / 5 ⚠️ / 4 ❌
Gains les plus importants à réaliser sur :
- Simplicité rassembler l'architecture de crise morcelée
- Transparence reddition de comptes publique et KPI
- Orientation résultats évaluation indépendante et pilotage par la performance
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé le NCCN subsiste comme centre fédéral de coordination de crise, mais il est fondamentalement réformé : mandat plus large, plus de transparence, cell broadcast, et découplage du NTTC.
3B. Proposition concrète
Ce qui change ?
Regroupement : le NCCN est développé en une véritable Agence fédérale de gestion de crise (sur le modèle danois et allemand), qui combine les missions coordinatrices de l'actuel NCCN avec les missions stratégiques de la Sécurité civile. L'exécution opérationnelle reste aux zones de secours.
NTTC découplé : le National Travel Targeting Center (données des passagers) est transféré au Parquet fédéral ou à la Police fédérale, où il a thématiquement sa place.
Cell broadcast : BE-Alert est complété par un système obligatoire de cell broadcast (comme NL-Alert), ce qui permet d'atteindre plus de 90 % de la population au lieu de 12 %. Il s'agit du reste d'une obligation européenne (European Electronic Communications Code).
Transparence : rapport annuel public obligatoire avec des KPI (temps de réponse, exercices, taux de couverture, évaluations). Audit indépendant de la Cour des comptes tous les deux ans.
Simplification de la montée en puissance : la phase provinciale est supprimée. La montée en puissance passe directement du niveau local et zonal au niveau fédéral. Le gouverneur conserve un rôle de coordination, mais pas comme échelon distinct.
Une seule analyse de la menace : délimitation claire avec l'OCAM : le NCCN coordonne la réponse aux menaces, l'OCAM les analyse. Pas de double « fonction de vigilance ».
Quel niveau : fédéral (avec une interface claire vers les entités fédérées via l'Organe de concertation intergouvernemental)
Modèle international : combinaison de :
- Les Pays-Bas (NCTV) pour le regroupement des domaines de la sécurité
- Le Danemark (DEMA) pour le modèle d'agence large avec capacité opérationnelle
- L'Allemagne (BBK) pour la coordination fédérale avec exécution par les entités fédérées
Gain d'efficience estimé :
- Cell broadcast : évite l'entretien d'un système opt-in distinct et atteint l'ensemble de la population
- Découplage du NTTC : un focus plus net pour le centre de crise
- Suppression de la phase provinciale : montée en puissance plus rapide, moins de moments de concertation
- Pas de grande économie directe, mais une amélioration considérable de l'efficacité et de la rapidité
Trajet de mise en œuvre :
- Année 1 : finaliser et approuver le Code de la planification d'urgence et de la gestion de crise
- Années 1-2 : transférer le NTTC au Parquet fédéral ou à la Police fédérale
- Année 2 : implémenter le cell broadcast (respecter l'échéance européenne)
- Années 2-3 : réforme en Agence fédérale avec obligation de reddition de comptes publique
- Année 3 : premier audit de la Cour des comptes de l'agence réformée
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
NCCN (Centre de crise national) : Réformé La Belgique a un centre de crise qui est ajusté après chaque crise, mais jamais fondamentalement réformé. HART en fait une véritable Agence fédérale de gestion de crise. Avec le cell broadcast pour tout le monde, une reddition de comptes publique, et la fin du morcellement.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Le Centre de crise national (NCCN) est la permanence belge 24/7 pour les crises et les situations d'urgence. Il se trouve rue Ducale à Bruxelles, en face du cabinet du Premier ministre, et relève du SPF Intérieur. Avec environ 191 collaborateurs (2019), il coordonne la réponse fédérale en cas de catastrophes, de terrorisme, d'incidents nucléaires et de pandémies. Il gère aussi BE-Alert (le système d'alerte), l'analyse nationale des risques et, depuis 2018, le NTTC qui traite les données des passagers pour la lutte contre le terrorisme.
En cas de crise, la Belgique travaille avec un modèle de montée en puissance : le bourgmestre dirige au niveau communal, le gouverneur au niveau provincial, et le NCCN au niveau fédéral. À côté de cela, il y a 34 zones de secours (pompiers), 176 zones de police et des structures de crise régionales en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles.
Ce qui ne va pas
Le plus grand problème est le morcellement. L'OCDE a conclu en 2023, après évaluation de la gestion du COVID-19, que « la gouvernance de la crise a souffert, à un stade précoce, de la multitude d'acteurs impliqués. » C'est dit diplomatiquement. En pratique, cela signifie : trop de couches, trop de concertation, trop lent.
Concrètement :
- Pas de cadre légal. Le NCCN a fonctionné jusqu'en 2024 sur la base d'un arrêté royal de 1988. La commission d'enquête parlementaire d'après le 22 mars 2016 a demandé un cadre légal. Il n'a été approuvé en première lecture que 8 ans plus tard.
- BE-Alert n'atteint presque personne. Seuls 1,37 million de Belges (12 % de la population) sont inscrits. Le système est en opt-in. Aux Pays-Bas, NL-Alert atteint automatiquement plus de 90 % de la population via le cell broadcast.
- Pas de reddition de comptes publique. Le NCCN ne publie pas de rapport annuel, pas de KPI, pas de budget. La Cour des comptes n'a jamais réalisé d'audit spécifique. La seule évaluation sérieuse est venue de l'OCDE. Il a fallu qu'une organisation étrangère dise à la Belgique ce qui ne fonctionnait pas.
- Un ajout étrange, le NTTC. Le traitement des données des passagers pour la lutte contre le terrorisme a été confié au centre de crise après les attentats de 2016. Logique à ce moment-là, mais sur le plan conceptuel, cela relève de la justice ou de la police.
- L'étape provinciale intermédiaire ralentit. Pour monter en puissance du local vers le fédéral, il faut d'abord passer par le niveau provincial. Une réunion supplémentaire, une coordination supplémentaire, un retard supplémentaire.
Comment cela fonctionne ailleurs
Aux Pays-Bas, le NCTV (Nationaal Coördinator Terrorismebestrijding en Veiligheid) rassemble lutte contre le terrorisme, cybersécurité, sécurité nationale et gestion de crise dans une seule organisation. Pas d'entités distinctes pour l'analyse de la menace, la coordination de crise et la cybersécurité. Un seul coordinateur, un seul pilotage. Le résultat : une prise de décision plus rapide et moins de pertes de coordination.
Au Danemark, DEMA (Beredskabsstyrelsen) est une large agence de crise qui ne fait pas que coordonner : elle dispose aussi d'une capacité opérationnelle. En 2025, elle a reçu 89 millions d'euros de budget supplémentaire et a repris les garde-côtes, le système 112 et le service de lutte contre la pollution marine. Une seule agence, un mandat large, une responsabilité claire.
En Allemagne, le BBK (Bundesamt für Bevölkerungsschutz und Katastrophenhilfe) coordonne la réponse fédérale avec ±700 collaborateurs, tandis que les Länder restent responsables sur le plan opérationnel. Après la catastrophe des inondations de 2021, l'Allemagne a doublé le budget du BBK. La leçon : investissez avant la prochaine crise, pas après.
Ce que HART propose
Réforme en Agence fédérale de gestion de crise. Le NCCN devient une véritable agence, avec un mandat plus large qui combine les missions coordinatrices et la capacité de planification stratégique de la Sécurité civile. Plus dissimulée au sein du SPF Intérieur, mais visible et interpellable.
Introduire le cell broadcast. Compléter BE-Alert par un cell broadcast obligatoire, afin qu'en cas de situation d'urgence, tous les téléphones mobiles de la zone touchée reçoivent automatiquement une alerte. Il s'agit du reste d'une obligation européenne que la Belgique aurait déjà dû mettre en œuvre.
Déménager le NTTC. Le National Travel Targeting Center (données des passagers) est transféré au Parquet fédéral ou à la Police fédérale. La lutte contre le terrorisme via les données des voyageurs relève de la justice, pas de la coordination de crise.
Supprimer la phase provinciale. La montée en puissance passe directement du niveau local et zonal au niveau fédéral. Pas de couche provinciale de réunions supplémentaire qui coûte du temps quand chaque minute compte.
Reddition de comptes publique. Rapport annuel obligatoire avec des KPI : temps de réponse, nombre d'exercices, taux de couverture du système d'alerte, évaluation des interventions. Audit indépendant de la Cour des comptes tous les deux ans.
Une frontière claire avec l'OCAM. Le NCCN coordonne la réponse aux menaces. L'OCAM analyse les menaces. Fini la « fonction de vigilance » qui se chevauche.
Ce que cela rapporte
- Une couverture qui passe de 12 % à plus de 90 %. Le cell broadcast signifie qu'en cas de fuite chimique, d'attentat terroriste ou d'inondation, presque tout le monde est averti. Pas seulement ceux qui se sont inscrits.
- Une montée en puissance plus rapide. Sans étape provinciale intermédiaire, le NCCN peut reprendre la coordination plus vite lors d'incidents majeurs.
- Un focus plus net. En déplaçant le NTTC, le centre de crise peut se consacrer entièrement à sa mission principale : la planification d'urgence et la coordination de crise.
- Un contrôle démocratique. Des KPI publics et des audits de la Cour des comptes permettent au citoyen de voir si le centre de crise fonctionne bien. Pas seulement après la prochaine catastrophe.
- Pas de grands coûts supplémentaires. Ce n'est pas une opération d'économies, mais une amélioration de l'efficacité. Le cell broadcast coûte quelques millions d'euros en une fois, mais épargne l'entretien d'un système opt-in distinct. La réforme est neutre sur le plan budgétaire, voire légèrement positive.