Organe de concertation intergouvernemental : remplace le Sénat
Date de l'audit : 2026-03-30 Statut : 🟠 Nouveau/réformé Classification : nouvel organe. Remplace à la fois le Sénat et le Comité de concertation
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
L'Organe de concertation intergouvernemental est une nouvelle proposition de HART. Il n'existe pas comme tel en Belgique aujourd'hui. Il est conçu comme le successeur de deux institutions existantes :
- Le Sénat (60 membres, 44,6 M€ par an, ±20 heures de séance plénière par an) : que HART supprime (voir l'audit « Senaat. Audit 2026-03-28 »)
- Le Comité de concertation (Overlegcomité) : l'actuel organe informel de coordination entre les gouvernements belges
Le Comité de concertation aujourd'hui :
Le Comité de concertation a été créé par la loi ordinaire du 9 août 1980 de réformes institutionnelles (article 31), en exécution de l'article 141 de la Constitution. C'est l'organe central de concertation, de coopération et de coordination entre l'État fédéral, les Communautés et les Régions.
Composition (double parité) :
- Le Premier ministre (président) + 5 membres du gouvernement fédéral
- Le ministre-président du Gouvernement flamand + 1 ministre
- Le ministre-président du Gouvernement de la Communauté française
- Le ministre-président du Gouvernement wallon
- Le ministre-président du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale + 1 membre de l'autre groupe linguistique
- Le ministre-président de la Communauté germanophone (pour les dossiers pertinents)
- Total : 12 membres + la Communauté germanophone lorsque c'est pertinent
Fonctionnement :
- Décide par consensus chaque gouvernement dispose de fait d'un droit de veto
- Peut créer des conférences interministérielles (CIM) pour la coordination sectorielle. Il existe ±22 CIM (santé publique, environnement, politique scientifique, politique étrangère, etc.)
- Traite les conflits d'intérêts un parlement peut déposer une motion, après quoi le Comité de concertation dispose de 60 jours pour tenter une médiation
- Assure le suivi des accords de coopération. Les engagements contraignants entre les entités
Pas de budget ni de personnel propres : le Comité de concertation n'a pas de budget distinct ni d'administration propre. Il est soutenu par le SPF Chancellerie du Premier Ministre. Les CIM n'ont pas davantage de secrétariat propre. Elles sont préparées par les cabinets et les administrations concernés.
Aucune force juridique contraignante : le Comité de concertation ne prend pas de décisions juridiquement contraignantes. Seuls les accords de coopération approuvés par tous les parlements concernés ont une force juridique. Les CIM sont purement consultatives.
1B. Que fait le Comité de concertation en pratique ?
Fonctions principales :
- Prévenir et résoudre les conflits d'intérêts si un parlement estime qu'une autre entité porte atteinte à ses intérêts, il peut déposer une motion. Le Comité de concertation dispose alors de 60 jours pour arbitrer. La loi ne prévoit aucune sanction si ce délai n'est pas respecté.
- Éviter les conflits de compétence concertation préalable pour les projets de loi qui touchent d'autres entités
- Assurer le suivi des accords de coopération mais sans mécanisme d'exécution forcée
- Gestion de crise pendant le COVID-19 (2020) et la crise énergétique (2022), le Comité de concertation est devenu de facto l'organe de décision, ce qui a fait contraster crûment son statut informel avec son pouvoir réel
Faiblesses critiques :
- Aucune transparence : ni l'ordre du jour, ni les décisions du Comité de concertation ne sont systématiquement rendus publics. Le site du Parlement flamand qualifie cela de « démocratiquement inacceptable ».
- Consensus = veto : chaque gouvernement peut bloquer chaque décision. Il n'existe aucun mécanisme de déblocage en cas d'impasse.
- Aucune exécution forcée : le délai de 60 jours pour les conflits d'intérêts n'est pas respecté, et aucune sanction n'y est attachée.
- Aucune capacité propre : sans administration ni cellule d'analyse propres, le Comité de concertation dépend de la bonne volonté et de la capacité des cabinets concernés.
- Schizophrénie constitutionnelle : les activités du Comité de concertation vont bien plus loin que ce que prévoit la loi. Il fonctionne comme un quasi-gouvernement en temps de crise, sans être démocratiquement mandaté ni contrôlé pour cela.
Chevauchements :
- Avec le Sénat : le Sénat est de jure le lieu de rencontre parlementaire des entités fédérées ; le Comité de concertation est de facto ce lieu. Après la suppression du Sénat, la fonction de jure disparaît, mais la fonction de facto a un besoin urgent de renforcement.
- Avec les 22 CIM : ces conférences sectorielles fonctionnent indépendamment les unes des autres, sans coordination, sans cadence de réunion fixe et sans pouvoir de décision contraignant. Leur efficacité varie fortement d'un domaine politique à l'autre.
- Avec le futur Organe de concertation intergouvernemental (proposition de HART) : cet organe remplace à la fois le Comité de concertation et le Sénat et regroupe les fonctions de coordination dans un seul organe transparent, contraignant et démocratiquement contrôlé.
1C. Comparaison internationale
| Pays | Organe | Type | Membres | Permanent ? | Prise de décision | Juridiquement contraignant ? | Secrétariat propre ? |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Belgique (actuel) | Comité de concertation | Concertation informelle | 12 | Non (ad hoc) | Consensus | Non | Non |
| Allemagne | Bundesrat | Organe constitutionnel | 69 | Oui | Majorité (35/69) | Oui (lois d'assentiment) | Oui (±200 pers.) |
| Allemagne | MPK (Ministerpräsidentenkonferenz) | Concertation informelle | 16 ministres-présidents | Oui (4x/an) | Majorité de 13/16 | Non (politiquement contraignant) | Oui (via les Staatskanzleien) |
| Suisse | KdK (Conférence des gouvernements cantonaux) | Concertation formelle | 26 cantons | Oui | Majorité | Non (politiquement contraignant) | Oui (ch Stiftung) |
| Autriche | Landeshauptleutekonferenz | Concertation informelle | 9 gouverneurs | Oui (2x/an) | Unanimité | Non | Oui (Verbindungsstelle) |
| Pays-Bas | IPO (Interprovinciaal Overleg) | Association | 12 provinces | Oui | Majorité | Non | Oui |
Observations essentielles par pays :
Allemagne. Bundesrat + MPK (le modèle de référence) : L'Allemagne combine deux organes. Le Bundesrat est un organe constitutionnel : les 16 gouvernements des Länder y envoient des représentants qui votent en bloc, sur instruction de leur ministre-président. Pour ±40 % de toutes les lois fédérales (toutes les lois qui touchent les entités fédérées), le Bundesrat a un droit d'assentiment. Sans l'accord du Bundesrat, la loi n'est pas adoptée. En cas de désaccord, il existe un Vermittlungsausschuss (commission de médiation) où le Bundestag et le Bundesrat sont représentés à parts égales. Le Bundesrat dispose de son propre secrétariat de ±200 membres du personnel et d'un budget de ±35 M€.
À côté de cela existe la Ministerpräsidentenkonferenz (MPK) : un organe de concertation informel des 16 ministres-présidents qui se réunit 4 fois par an. La MPK décide à la majorité de 13/16 (pas d'unanimité). Deux fois par an, la MPK se réunit avec le chancelier fédéral. La présidence est assurée par rotation annuelle. La MPK traite la coordination horizontale (entre les Länder) et la préparation de positions communes vis-à-vis de l'autorité fédérale.
En dessous fonctionnent 18 Ministerkonferenzen sectorielles (notamment la KMK pour l'enseignement, l'IMK pour les affaires intérieures) : comparables aux CIM belges, mais avec une structure fixe, un secrétariat propre et une tradition établie d'engagements contraignants via des Staatsverträge.
Suisse. KdK (Conférence des gouvernements cantonaux) : Créée en 1993 pour donner aux cantons une voix plus forte face à l'autorité fédérale. La KdK favorise la coopération dans les domaines où les cantons sont compétents et coordonne les dossiers fédéraux qui touchent les cantons. La recherche montre une division du travail : la KdK se concentre sur l'influence politique verticale (cantons → fédéral), tandis que les conférences sectorielles assurent la coordination horizontale des politiques. Le secrétariat est géré par la ch Stiftung.
Autriche. Landeshauptleutekonferenz (LHK) : Un organe informel (absent de la Constitution) des 9 gouverneurs. Décide uniquement à l'unanimité. Se réunit plusieurs fois par an, avec une présidence tournante (semestrielle, par ordre alphabétique). Elle est considérée comme « l'organe de gouvernance le plus puissant des entités fédérées ». Plus puissante que le Bundesrat (qui, en Autriche, passe pour édenté). Soutenue par le Verbindungsbüro der Länder (bureau de liaison permanent, créé en 1951).
Pays-Bas. IPO + VNG : L'Interprovinciaal Overleg (IPO) représente les 12 provinces sous la forme d'une association. Ce n'est pas un organe constitutionnel, mais une structure de lobbying et de coordination efficace avec son propre secrétariat. Il est complété par la VNG (Vereniging van Nederlandse Gemeenten, association des communes néerlandaises) pour le niveau communal.
1D. Problèmes et critiques du système belge actuel
1. Le Comité de concertation est une boîte noire. Pas d'ordre du jour public, pas de procès-verbaux publics, pas de rapportage systématique aux parlements. Les décisions sont prises à huis clos par des membres de gouvernement déjà bien assez occupés par leur propre portefeuille. Le contrôle démocratique est impossible.
2. Consensus = paralysie. Chaque gouvernement peut bloquer chaque décision. Dans un pays qui compte 6 gouvernements de part et d'autre d'une ligne de fracture communautaire, cela signifie que les réformes structurelles sont quasi impossibles. Le COVID-19 a montré que le système ne fonctionne que sous une pression temporelle extrême. Pas comme mécanisme de gouvernance structurel.
3. Les CIM sont sans engagement. Les 22 conférences interministérielles n'ont aucun pouvoir de décision contraignant, aucun secrétariat propre et aucune cadence de réunion fixe. Leur efficacité dépend entièrement de la volonté politique des ministres concernés. Certaines CIM ne se réunissent pas pendant des années.
4. Les accords de coopération sont lourds et lents. Conclure un accord de coopération exige l'approbation de tous les parlements concernés. Ce processus peut durer des années. L'accord sur le filtrage des investissements étrangers (FDI screening, 2022) a mis plus de deux ans entre le concept et l'entrée en vigueur. Entre-temps, la Belgique fonctionne sans réglementation.
5. Aucun mécanisme de déblocage. Si le Comité de concertation n'aboutit pas dans un conflit d'intérêts, il n'y a pas d'étape suivante. Pas d'arbitrage, pas de pouvoir de décision final, pas d'intervention judiciaire. Le conflit subsiste tout simplement.
6. Le Sénat était la mauvaise réponse au bon problème. Le Sénat était conçu comme le lieu de rencontre parlementaire des entités fédérées. Mais la coordination entre entités fédérées exige des représentants des gouvernements dotés d'un mandat, pas des parlementaires qui votent selon la ligne du parti. La suppression du Sénat (processus en cours sous le gouvernement Arizona) ne résout pas le problème. Elle ne fait que supprimer le mauvais organe. Sans renforcement du Comité de concertation, la coordination devient plus faible, pas plus forte.
Critiques académiques :
- Le chapitre Springer « Belgium: Challenges of Dual Federalism for Effective Governance » (2025) analyse comment le fédéralisme dual belge crée des problèmes structurels de coordination
- ConstitutionNet (2025) signale « the absence of a parliamentary forum dedicated to the oversight of intergovernmental decision-making »
- Le Country Report 2025 de la Commission européenne insiste sur une meilleure coordination entre les niveaux de pouvoir pour les réformes structurelles
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
Note : cette évaluation porte sur la proposition de HART d'un nouvel Organe de concertation intergouvernemental, pas sur la situation actuelle. La situation actuelle (Comité de concertation + Sénat) obtient de mauvais résultats sur presque tous les principes. L'audit du Sénat le documente en détail.
| # | Principe | Appréciation de la proposition | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ✅ Satisfait | L'organe se situe au bon niveau : le fédéral, là où les entités fédérées et l'autorité fédérale se rencontrent. Il ne traite que les matières qui touchent plusieurs niveaux de pouvoir. Les matières locales et propres aux entités fédérées restent là où elles doivent être. |
| 2 | Transparence | ✅ Satisfait | Contrairement à l'actuel Comité de concertation : réunions publiques, ordres du jour publiés, procès-verbaux publics, rapportage annuel à tous les parlements. Le citoyen peut voir qui décide et pourquoi. |
| 3 | Responsabilité = financement | ✅ Satisfait | L'organe traite la répartition des compétences et les lois d'assentiment. Qui décide des compétences décide aussi du financement qui va avec. Le lien est rendu explicite, sur le modèle allemand où les lois d'assentiment abordent toujours aussi les implications financières pour les Länder. |
| 4 | Simplicité | ✅ Satisfait | Un seul organe remplace trois structures : le Sénat (60 membres, 44,6 M€), le Comité de concertation (12 membres, pas de budget) et le morcellement actuel entre 22 CIM distinctes. Le citoyen ne doit plus regarder qu'à un seul endroit. |
| 5 | Taille critique | ✅ Satisfait | Dans le modèle HART à 4 entités fédérées + le fédéral = 5 entités représentées. Avec une présidence tournante et un secrétariat compact (±30-40 pers.), l'organe est assez grand pour fonctionner professionnellement et assez petit pour garder sa capacité d'action. |
| 6 | Compétences concurrentes | ✅ Satisfait | L'organe est le gardien du système de compétences concurrentes (sur le modèle allemand). Il décide quels domaines sont réglés au fédéral et où les entités fédérées peuvent faire leur propre législation. Exactement la fonction qui n'est structurellement confiée à personne aujourd'hui. |
| 7 | Orientation résultats | ✅ Satisfait | Pouvoir de décision formel avec mécanisme de déblocage : en cas d'impasse, une majorité qualifiée décide (pas d'unanimité). Évaluation annuelle des accords de coopération avec rapportage public. Des délais assortis de mécanismes de sanction. |
| 8 | Numérique d'abord | ✅ Satisfait | Les exigences de transparence (ordre du jour public, procès-verbaux, diffusion en direct) supposent une plateforme numérique solide. S'y ajoute une consultation citoyenne numérique obligatoire avant chaque décision de l'OCI qui touche des compétences des entités fédérées, via la plateforme numérique de participation (voir le chapitre HART Administration numérique, Position 9). Les citoyens peuvent introduire des positions et des alternatives ; l'OCI publie une réponse motivée aux propositions les plus soutenues. Cela fait de l'OCI non seulement un organe de décision, mais aussi un organe participatif doté d'une dimension numérique à part entière. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ✅ Satisfait | Le modèle combine des éléments éprouvés : la logique du Bundesrat (des gouvernements d'entités fédérées avec mandat), la structure de la MPK (concertation régulière avec mécanisme de déblocage), la transparence de la KdK (secrétariat distinct, positions publiques) et la tradition de la LHK (concertation des gouverneurs comme contrepoids au centre). |
Synthèse : 9 principes sur 9 satisfaits. C'est le seul item de tout l'audit qui obtient un bon résultat sur l'ensemble des principes. L'ajout d'une consultation citoyenne numérique obligatoire (à la suite du retour académique du Prof. Pilet, UCLouvain) renforce à la fois la légitimité démocratique et la dimension numérique. Le défi se situe dans la mise en œuvre, pas dans le concept.
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Nouveau/réformé Un nouvel organe qui remplace le Comité de concertation, reprend les fonctions utiles du Sénat et renforce fondamentalement la coordination entre les niveaux de pouvoir.
3B. Proposition concrète
Nom : Organe de concertation intergouvernemental (OCI)
Ce qu'il remplace :
- Le Sénat (supprimé. Voir l'audit distinct)
- Le Comité de concertation (dans sa forme actuelle)
- La structure éclatée des 22 conférences interministérielles (restructurées sous l'OCI)
Composition (dans le modèle HART à 4 entités fédérées) :
- Les ministres-présidents des 4 entités fédérées (Flandre, Wallonie, Bruxelles, Ostbelgien)
- Le Premier ministre (fédéral)
- Les ministres sectoriels concernés par point de l'ordre du jour (composition variable selon le thème)
- Total en plénière : 5 membres fixes + les ministres sectoriels
- Chaque membre vote au nom de son gouvernement, pas à titre personnel. Sur le modèle du Bundesrat
Prise de décision :
- Majorité qualifiée comme règle standard, à la place de l'actuel principe du consensus. Deux pistes sont ouvertes : un seuil de 4 entités sur 5 (comparable à la MPK allemande, 13/16 ~ 81 % ; offre plus de protection aux entités plus petites et respecte l'équilibre communautaire) ou un seuil de 3 entités sur 5 (plus de capacité d'action, mais avec le risque que deux entités soient structurellement mises en minorité). Une forme intermédiaire, comme une différenciation par domaine politique (4/5 pour les matières institutionnelles, 3/5 pour la coordination opérationnelle), est à l'étude.
- Unanimité uniquement pour les révisions de la Constitution et les réformes institutionnelles
- Mécanisme de déblocage en cas d'impasse : si aucun accord n'est trouvé après 90 jours, une commission de médiation (sur le modèle du Vermittlungsausschuss allemand). Si la médiation échoue : la Chambre décide à la majorité des deux tiers + les majorités par groupe linguistique (mécanisme belge existant).
- Aucun droit de veto d'une seule entité pour les décisions ordinaires. C'est la différence fondamentale avec l'actuel Comité de concertation
Compétences :
- Droit d'assentiment pour les lois fédérales qui touchent des compétences des entités fédérées. Sur le modèle du Bundesrat. Estimé à ±30-40 % de toutes les lois fédérales.
- Coordination formelle des compétences qui touchent plusieurs niveaux : santé, marché du travail, mobilité, climat, énergie
- Contrôle des accords de coopération avec évaluation annuelle et mécanisme d'exécution forcée
- Détermination des positions belges au Conseil de l'UE. Une fonction qui n'est aujourd'hui ancrée démocratiquement nulle part
- Conflits d'intérêts repris du Comité de concertation, mais avec des délais contraignants et un mécanisme de déblocage
- Révision de la Constitution et lois spéciales reprises du Sénat, conjointement avec la Chambre
Structure et appui :
- Secrétariat permanent (±30-40 membres du personnel) : préparation de l'ordre du jour, analyse des dossiers, suivi des accords de coopération, rapportage
- Groupes de travail sectoriels (remplacent les 22 CIM actuelles) : cadence de réunion fixe, avec mandat pour préparer des propositions destinées à l'OCI en plénière
- Plateforme numérique : ordre du jour public, diffusion en direct des séances plénières, publication des procès-verbaux et des résultats des votes dans les 48 heures
Cadence des réunions :
- Plénière : mensuelle (12x/an) : à comparer avec le Comité de concertation, ad hoc aujourd'hui, et la MPK, 4x/an
- Groupes de travail sectoriels : bimestrielle par domaine
- Reddition de comptes numérique permanente (proposition HART distincte) : l'OCI rend compte publiquement et en continu à tous les parlements du fonctionnement du modèle fédéral de coopération
Coûts estimés :
- Secrétariat permanent : ±4 à 5 M€ par an (30-40 ETP + frais de fonctionnement)
- Infrastructure de réunion : utilisation des bâtiments existants (la Chambre, l'ancien Sénat)
- Total : ±5 à 6 M€ par an
Économie estimée par rapport à la situation actuelle :
- Suppression du Sénat : -44,6 M€
- Création de l'OCI : +5 à 6 M€
- Économie nette : ±39 à 40 M€ par an et un organe qui fonctionne réellement
Modèle international : Un hybride entre :
- Le Bundesrat allemand : droit d'assentiment pour les lois qui touchent les entités fédérées, vote en bloc par entité
- La MPK allemande : concertation régulière des ministres-présidents, majorité qualifiée, présidence tournante
- Le Vermittlungsausschuss allemand : commission de médiation en cas d'impasse
- La KdK suisse : secrétariat distinct, transparence, positions publiques
- Les garanties linguistiques belges : maintien des majorités par groupe linguistique pour les questions institutionnelles
Trajet de mise en œuvre :
- 2025-2026 : poser la base constitutionnelle. Les articles déclarés ouverts à révision (le Sénat) sont utilisés pour ancrer aussi l'OCI dans la Constitution
- 2027 : loi spéciale : création de l'OCI, suppression du Comité de concertation dans sa forme actuelle, composition, compétences, règles de décision
- 2028 : opérationnalisation : recrutement du secrétariat, mise en place des groupes de travail sectoriels, construction de la plateforme numérique
- 2029 : pleinement opérationnel au moment des élections. La nouvelle Chambre et le nouvel OCI démarrent ensemble
Modifications légales requises :
- Révision de la Constitution : articles 36, 56, 67-73 (Sénat → OCI), 77-78 (procédure bicamérale → procédure d'assentiment de l'OCI), 141 (Comité de concertation → OCI), 195 (procédure de révision)
- Loi spéciale : nouvelle loi organique pour l'OCI (en remplacement des dispositions pertinentes de la loi ordinaire du 9 août 1980)
- Lois ordinaires : adaptation des procédures relatives aux accords de coopération, aux conflits d'intérêts et à la détermination des positions à l'UE
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
Organe de concertation intergouvernemental. Nouveau La Belgique a six gouvernements qui travaillent côte à côte au lieu de travailler ensemble. HART crée un Organe de concertation intergouvernemental où les gouvernements des entités fédérées et l'autorité fédérale prennent des engagements contraignants. Ouvert, mensuel, avec un mécanisme de déblocage en cas de blocage et une consultation citoyenne numérique obligatoire avant chaque décision qui touche les entités fédérées.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
La coordination entre les gouvernements belges passe par le Comité de concertation. Un organe que vous ne connaissez pas, et c'est précisément le problème. Le Comité de concertation se compose du Premier ministre, des ministres-présidents et de quelques ministres. Il se réunit quand cela l'arrange, à huis clos, sans ordre du jour public ni procès-verbal. Il décide par consensus, ce qui signifie que chaque gouvernement peut bloquer chaque décision. S'ils ne s'entendent pas, il n'y a pas d'étape suivante : pas d'arbitrage, pas de délai avec des dents, pas de décision judiciaire. Le conflit subsiste tout simplement.
À côté de cela existent 22 conférences interministérielles. Des organes de concertation sectoriels pour la santé, l'environnement, l'énergie et ainsi de suite. Elles n'ont aucun pouvoir de décision contraignant, aucun personnel propre, et certaines ne se réunissent pas pendant des années. Tout le système tourne à la bonne volonté. Quand celle-ci n'est pas là. Et dans un pays traversé par une ligne de fracture communautaire, c'est régulièrement le cas. Il ne se passe rien.
Le Sénat était jadis conçu comme le lieu de rencontre parlementaire des entités fédérées, mais cette fonction a depuis longtemps été reprise par le Comité de concertation. Le Sénat coûte 44,6 millions d'euros par an pour 20 heures de réunion. Le gouvernement Arizona est en train de le supprimer. HART soutient cela, mais signale un danger : si vous supprimez le Sénat sans renforcer le Comité de concertation, vous remplacez une coquille vide par un vide.
Ce qui ne va pas
Le problème central est double. Premièrement : aucune transparence. Le citoyen ne peut pas voir qui décide quoi au sein du Comité de concertation. Le site du Parlement flamand qualifie lui-même cela de « démocratiquement inacceptable ». Deuxièmement : aucune capacité d'action. Une prise de décision par consensus dans un pays qui compte six gouvernements de part et d'autre d'une frontière linguistique mène à la paralysie. Pendant le COVID-19, le Comité de concertation s'est soudain révélé capable de fonctionner comme organe de décision. Mais seulement sous une pression temporelle extrême, sans cadre légal et sans contrôle parlementaire. C'était de la gestion de crise à la belge : de l'improvisation qui fonctionne jusqu'au moment où elle ne fonctionne plus.
Les accords de coopération. Les engagements contraignants entre les entités. Prennent des années à conclure. L'accord sur le filtrage des investissements étrangers a demandé plus de deux ans entre le concept et l'entrée en vigueur. Entre-temps, la Belgique fonctionne sans réglementation, alors que le reste de l'Europe est prêt depuis longtemps.
Et si une entité porte atteinte aux intérêts d'une autre ? Une procédure de conflit d'intérêts démarre. Le Comité de concertation reçoit 60 jours pour arbitrer. Mais la loi ne prévoit aucune sanction si ce délai n'est pas respecté. Et il n'existe aucun mécanisme de déblocage si la médiation échoue. Le conflit reste tout simplement en plan.
Comment cela fonctionne ailleurs
L'Allemagne combine deux organes qui font ensemble ce que la Belgique n'arrive pas à faire. Le Bundesrat est un organe constitutionnel : les 16 gouvernements des entités fédérées y envoient des représentants qui votent en bloc, sur instruction de leur ministre-président. Pour ±40 % de toutes les lois fédérales. Chaque loi qui touche les entités fédérées. Le Bundesrat a un droit d'assentiment. Sans un « oui » du Bundesrat, la loi n'est pas adoptée. En cas de désaccord, il existe une commission de médiation (Vermittlungsausschuss) où les deux chambres sont représentées à parts égales. Le Bundesrat dispose de son propre secrétariat de ±200 membres du personnel et coûte ±35 millions d'euros. Moins que le Sénat belge, mais avec un rendement multiple.
À côté de cela, les 16 ministres-présidents se réunissent quatre fois par an au sein de la Ministerpräsidentenkonferenz (MPK) : pour la coordination horizontale et les positions communes. La MPK décide par 13 voix sur 16, pas à l'unanimité. La présidence est assurée par rotation annuelle. Sous la MPK fonctionnent 18 conférences ministérielles sectorielles dotées d'une structure fixe et de secrétariats propres.
La Suisse a opté en 1993 pour la Conférence des gouvernements cantonaux (KdK) : un organe distinct doté de son propre secrétariat, qui représente les 26 cantons face au niveau fédéral. La recherche montre une répartition claire des tâches : la KdK exerce l'influence verticale (cantons → fédéral), les conférences sectorielles assurent la coordination horizontale (entre cantons).
En Autriche, la Landeshauptleutekonferenz est informelle, absente de la Constitution, mais dotée d'un bureau de liaison permanent depuis 1951. « L'organe de gouvernance le plus puissant des entités fédérées. » Elle est plus puissante que le Bundesrat formel, considéré comme édenté.
Ce que HART propose
Création d'un Organe de concertation intergouvernemental (OCI) ancré dans la Constitution, pas informel. Il remplace à la fois le Sénat et le Comité de concertation. Les ministres-présidents des quatre entités fédérées et le Premier ministre forment l'organe plénier. Les ministres sectoriels s'y joignent selon les points de l'ordre du jour.
Droit d'assentiment pour les lois qui touchent les entités fédérées sur le modèle allemand. Estimé à ±30-40 % de toutes les lois fédérales. Pas un droit d'avis symbolique, mais un véritable droit d'assentiment : sans l'accord de l'OCI, la loi n'est pas adoptée.
Majorité qualifiée à la place du consensus. Deux pistes : 4 entités sur 5 (sur le modèle de la MPK allemande, 13/16 ; protection renforcée des entités plus petites) ou 3 sur 5 (plus de capacité d'action, avec le risque de mettre structurellement deux entités en minorité). Un modèle différencié (4/5 pour les questions institutionnelles, 3/5 pour la coordination opérationnelle) est à l'étude. L'unanimité uniquement pour les révisions de la Constitution. Cela évite la paralysie qui caractérise le système actuel, tout en protégeant les grandes décisions.
Mécanisme de déblocage en cas d'impasse. Si l'OCI n'aboutit pas après 90 jours : une commission de médiation (sur le modèle du Vermittlungsausschuss allemand). Si cela échoue : la Chambre décide à la majorité des deux tiers et aux majorités par groupe linguistique.
Secrétariat permanent (±30-40 membres du personnel) : préparation de l'ordre du jour, analyse des dossiers, suivi des accords de coopération. Hébergé dans l'ancien bâtiment du Sénat.
Transparence totale. Réunions publiques, diffusion en direct, publication des procès-verbaux et des résultats des votes dans les 48 heures. Reddition de comptes continue à tous les parlements via la reddition de comptes numérique permanente.
Restructuration des 22 CIM en groupes de travail sectoriels sous l'OCI, avec une cadence de réunion fixe, un mandat propre et une obligation de rapportage.
Consultation citoyenne numérique obligatoire avant chaque décision de l'OCI qui touche des compétences des entités fédérées. Via la plateforme numérique de participation (voir le chapitre HART Administration numérique, Position 9), les citoyens peuvent introduire des positions, des arguments et des alternatives. L'OCI est obligé de publier une réponse motivée aux propositions les plus soutenues. Cela répond au risque signalé par le monde académique (Prof. Pilet, UCLouvain) qu'un organe de concertation purement exécutif soit structurellement plus difficile à décrypter qu'un débat parlementaire, et intègre un contrepoids participatif sans miner la capacité d'action de l'exécutif. Sur le modèle taïwanais Join.
Analyse d'impact scientifique et auprès des parties prenantes obligatoire avant chaque décision de l'OCI ayant un impact budgétaire ou sociétal. Deux composantes. Premièrement : le Bureau du Plan/CPB belge renforcé (voir le chapitre HART Pouvoirs publics, Position 9) fournit pour chaque point de l'ordre du jour une analyse d'impact indépendante, en amont, pas après coup. Sur le modèle suédois du « remiss », où chaque modification législative est obligatoirement soumise aux institutions scientifiques et aux parties prenantes concernées avant son examen au parlement. Deuxièmement : les partenaires sociaux et les organes consultatifs concernés (le CNT pour le marché du travail, le CCE pour l'économie, le Conseil Supérieur de la Santé pour la santé, etc.) reçoivent un droit d'avis formel assorti d'une obligation de traitement. L'OCI doit répondre de manière motivée à chaque avis et le publier, exactement comme pour la consultation citoyenne. Il ne s'agit pas d'un nouvel organe mais d'un couplage obligatoire de l'expertise existante à la nouvelle structure de décision. Ce qui change : aujourd'hui, les conseils consultatifs sont sans engagement et sont ignorés de façon routinière. Dans le modèle de l'OCI, ils sont structurellement intégrés à la phase de décision, pas à la phase de mise en œuvre. Cela répond au signal académique (Prof. Pilet, ULB) selon lequel les scientifiques et les parties prenantes doivent être associés à l'élaboration de la décision, et pas seulement lorsque la décision est déjà prise.
Ce que cela rapporte
- 39 à 40 millions d'euros par an d'économie nette le Sénat coûte 44,6 M€, le nouvel OCI ±5 à 6 M€
- Un seul organe au lieu de trois : fini le Sénat, le Comité de concertation et 22 CIM éparses ; un seul organe transparent avec de vraies dents
- Le déblocage au lieu de la paralysie : plus d'exigence d'unanimité pour les décisions ordinaires, une commission de médiation en cas d'impasse, des délais contraignants
- Contrôle démocratique : le citoyen peut pour la première fois voir comment les gouvernements belges coopèrent. Ou justement pas
- Une représentation efficace à l'UE : un organe ancré dans la Constitution qui prépare les positions belges pour le Conseil de l'UE, à la place de l'actuel système ad hoc
- Un signal : la Belgique peut se réformer elle-même. Pas en supprimant des institutions en espérant que cela marche, mais en les remplaçant par quelque chose qui fonctionne.
Phase 5 : sources
| # | Source | URL | Date | Utilisé pour |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Loi ordinaire du 9 août 1980. Section Comité de concertation | https://www.jurion.fanc.fgov.be/jurdb-consult/plainWettekstServlet?wettekstId=831&lang=nl | 1980 | Base juridique du Comité de concertation, composition, compétences |
| 2 | Wikipedia. Overlegcomité | https://nl.wikipedia.org/wiki/Overlegcomit%C3%A9 | 2024 | Composition, double parité, mode de fonctionnement, 22 CIM |
| 3 | Parlement flamand. Conflits entre autorités | https://www.vlaamsparlement.be/nl/over-ons/conflicten-tussen-overheden-belgie-en-hoe-die-voorkomen-opgelost-worden | 2024 | Procédure de conflit d'intérêts, délai de 60 jours, critique sur la transparence |
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