SPP Politique scientifique (BELSPO) : audit
Date : 2026-03-29 Statut : 🟠 Nouveau/réformé Catégorie : SPP (services publics fédéraux de programmation)
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Nom officiel : Service public fédéral de programmation Politique scientifique (SPP Politique scientifique), connu au niveau international sous le nom de BELSPO (Belgian Science Policy Office).
Base juridique : créé comme administration de l'État belge en 1968 (à l'époque les « Services de programmation de la Politique scientifique »). Rebaptisé dans le cadre de la réforme Copernic de l'administration fédérale (2002). Auparavant connu sous le nom de SSTC (Services fédéraux des affaires scientifiques, techniques et culturelles).
Niveau de pouvoir : fédéral. Relève de la compétence du secrétaire d'État à la Relance et aux Investissements stratégiques (sous le gouvernement Arizona), auparavant du ministre de la Politique scientifique.
Budget : ±570 à 630 millions d'euros par an (2024 : 630 M€ ; 2025 : 553 M€ après des économies de 6,6 % ; prévu pour 2029 : 499 M€, soit une baisse totale de 15,7 %). Sur la période quinquennale 2025-2029, 381 millions d'euros de moins seront dépensés par rapport à l'année de référence 2024.
Répartition du budget :
- ±57 % → contributions aux organisations européennes et internationales (principalement l'ESA : 250 à 325 M€ par an)
- ±25 % → financement de base et appui administratif des 10 établissements scientifiques fédéraux (ESF)
- ±13 % → financement de la recherche nationale via des programmes, des infrastructures et des actions spécifiques
- ±5 % → administration centrale et divers
Personnel : ±2.500 collaborateurs au total (répartis entre les 10 ESF, Belnet et l'administration centrale). L'administration centrale elle-même compte quelques centaines de collaborateurs.
Tutelle : un comité de direction composé de représentants des 10 ESF, de Belnet et de l'administration centrale. Président : Arnaud Vajda.
Les 10 établissements scientifiques fédéraux (ESF)
| # | Établissement | Sigle | Domaine |
|---|---|---|---|
| 1 | Archives générales du Royaume | AGR | Archives et histoire |
| 2 | Bibliothèque royale de Belgique | KBR | Bibliothèque et patrimoine |
| 3 | Institut royal des Sciences naturelles de Belgique | IRSNB | Sciences naturelles et musée |
| 4 | Musée royal de l'Afrique centrale | MRAC | Anthropologie et recherche sur l'Afrique |
| 5 | Institut royal météorologique | IRM | Météo et climat |
| 6 | Observatoire royal de Belgique | ORB | Astronomie et sismologie |
| 7 | Institut royal d'Aéronomie spatiale de Belgique | IASB | Aéronomie spatiale |
| 8 | Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique | MRBAB | Arts plastiques |
| 9 | Musées royaux d'Art et d'Histoire | MRAH | Art et histoire |
| 10 | Institut royal du Patrimoine artistique | IRPA | Conservation et restauration |
S'y ajoute Belnet (le réseau national belge de la recherche).
1B. Que fait-il en pratique ?
Missions principales :
- Politique spatiale : gère la contribution belge à l'ESA (±250 à 325 M€ par an). La Belgique est le 5e contributeur de l'ESA. Chaque euro investi en rapporte 4,35 aux entreprises belges (principe du juste retour). Cela représente 3.620 emplois directs et ±10.000 emplois indirects dans le secteur spatial.
- Programmes de recherche fédéraux : conçoit et gère des programmes de recherche dans les domaines de compétence fédérale (climat, biodiversité, développement durable, santé publique, mobilité).
- Coordination des ESF : appui administratif et financier des 10 ESF. Les musées fédéraux attirent chaque année ±1,5 million de visiteurs.
- Infrastructure scientifique : gère notamment la station antarctique Princesse Élisabeth et le navire de recherche océanographique RV Belgica II.
- Coordination internationale : représente la Belgique dans les organisations et réseaux scientifiques internationaux.
- Attestations fiscales R&D : certifie les projets de recherche pour la dispense partielle de versement du précompte professionnel du personnel de R&D.
Chevauchements avec d'autres institutions :
- Les Communautés (la Flandre, la FWB) ont leurs propres organes de financement de la recherche : le FWO (Fonds flamand de la recherche scientifique) et le FNRS (FWB).
- Des agences d'innovation au niveau des entités fédérées : VLAIO (Flandre), SPW Recherche (Wallonie), Innoviris (Bruxelles).
- La Conférence interministérielle de la Politique scientifique (CIMPS) coordonne entre les niveaux, mais n'a aucun pouvoir de décision contraignant.
Public : les institutions de recherche, les universités, les entreprises (via les contrats ESA et les attestations R&D), le grand public (via les musées et les services météorologiques) et le gouvernement fédéral (via la recherche d'appui aux politiques).
Indicateurs de performance : limités. Les ESF publient des rapports annuels, mais il n'existe pas de rapportage KPI systématique et unifié sur l'ensemble de l'écosystème BELSPO. La lettre ouverte du comité de direction (2024) reconnaissait implicitement que l'institution subit depuis 15 ans des économies annuelles de 2 %.
Audit de la Cour des comptes : la Cour des comptes a audité la politique du personnel de quatre ESF (KBR, MRBAB, MRAC, ORB) et a trouvé des « lacunes sur le plan juridique et organisationnel qui compliquent une politique du personnel cohérente et adéquate ».
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas : NWO (Dutch Research Council)
- Budget : ±1 milliard d'euros par an (plus de 650 M€ pour la recherche fondamentale et sociétale)
- Personnel : ±1.800 collaborateurs dans 9 instituts de recherche (NWO-I)
- Structure : un seul organe central sous le ministère de l'Enseignement, de la Culture et des Sciences. Trois domaines (sciences exactes, sciences sociales, sciences appliquées/ZonMw). Pas de scission par région linguistique ou par région.
- Points forts : séparation claire entre le financement de la recherche (NWO) et la politique d'innovation (RVO/TNO). Un guichet unique pour les chercheurs. Un système d'évaluation par les pairs transparent.
- Spatial : le NSO (Netherlands Space Office) comme agence distincte, ±170 M€ de contribution à l'ESA.
Allemagne : DFG (Deutsche Forschungsgemeinschaft)
- Budget : ±3,9 milliards d'euros par an
- Structure : organisation autogérée de droit privé. Financement : 70 % le Bund, 29 % les Länder. Les Länder sont des partenaires à part entière du financement, mais la DFG opère comme une seule institution nationale.
- Points forts : le Grundgesetz prévoit des « Gemeinschaftsaufgaben ». Des missions que le Bund et les Länder financent ensemble (dont la recherche scientifique). Pas de duplication par Bundesland.
- Spatial : le DLR (Deutsches Zentrum für Luft- und Raumfahrt) comme agence spatiale nationale, ±1,1 milliard d'euros de contribution à l'ESA.
Danemark : DFF (Independent Research Fund Denmark)
- Budget : ±2 milliards de DKK par an (±270 M€)
- Structure : un seul fonds indépendant sous le ministère de l'Enseignement supérieur. 5 conseils disciplinaires + un conseil d'administration de 84 membres. Une seule agence (DAHES) pour l'exécution.
- Points forts : extrêmement rationalisé. Un ministère, un fonds, une agence d'exécution. Pas de duplication régionale. ±4.000 demandes par an, ±500 accordées.
Suisse : FNS (Fonds national suisse de la recherche scientifique)
- Budget : ±1,1 milliard de CHF par an (±1,15 milliard d'euros)
- Structure : fondation privée avec un mandat fédéral (depuis 1952). Trois organes : le Conseil de fondation, le Conseil national de la recherche et le Secrétariat. Le SEFRI (Secrétariat d'État à la formation, à la recherche et à l'innovation) coordonne au niveau fédéral.
- Points forts : malgré 26 cantons, pas de duplication du financement de la recherche. Le mandat fédéral est exécuté par une fondation indépendante. En dehors de la politique.
- Spatial : via le SEFRI, ±180 millions de CHF de contribution à l'ESA.
Leçon essentielle de la comparaison
Dans les quatre pays de référence, la politique scientifique est un seul système national, même dans les États fédéraux (Allemagne, Suisse). Nulle part le financement de la recherche fondamentale n'est scindé par région linguistique ou par région. La contribution spatiale est partout gérée au niveau national, jamais au niveau régional.
1D. Problèmes et critiques
1. Sous-financement structurel : BELSPO subit depuis 15 ans des économies annuelles de 2 %. Le gouvernement Arizona y ajoute encore une économie supplémentaire de 15,7 % d'ici 2029. Le comité de direction a averti dans une lettre ouverte (2024) que de nouvelles économies laisseraient la Belgique « sans institut météorologique, sans politique spatiale et sans bibliothèque nationale ».
2. Contribution à l'ESA sous pression : le secteur spatial craint un budget ESA réduit de moitié. 150 scientifiques et des entreprises comme Thales Alenia Space, Spacebel et Redwire mettent en garde contre des centaines de pertes d'emplois. Le secteur représente 3.620 emplois directs et ±10.000 emplois indirects.
3. Tension communautaire : sur chaque 4,50 euros qui reviennent en Belgique via l'ESA, 2,40 euros vont à la Wallonie et 2,00 euros à la Flandre. Certains responsables politiques flamands considèrent BELSPO comme un « véhicule du PS » qui avantage l'industrie spatiale wallonne. La note Arizona propose une agence spatiale interfédérale avec une répartition régionale des fonds ESA.
4. Menace de communautarisation des ESF : la note de formation de l'Arizona prévoit d'accorder une « autonomie maximale » aux ESF, avec le transfert des établissements situés en Flandre et en Wallonie vers les entités fédérées respectives et la cogestion des établissements bruxellois par les deux Communautés. La critique : scinder l'IRM « coûte plus d'argent et fait baisser la qualité » (le présentateur météo David Dehenauw). Les scientifiques et la KVAB plaident pour un renforcement, pas pour une scission.
5. Politique du personnel défaillante : la Cour des comptes a constaté des lacunes sur le plan juridique et organisationnel dans quatre ESF. La réglementation complique une politique RH cohérente.
6. Pas de système KPI unifié : il n'existe pas de système faîtier de mesure des performances pour l'ensemble de l'écosystème BELSPO. Chaque ESF rapporte séparément, sans indicateurs standardisés.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | La politique scientifique est une compétence partagée. La recherche fondamentale et le spatial relèvent à juste titre du fédéral (avantage d'échelle, traités internationaux). Mais la coordination avec les entités fédérées (FWO, FNRS, VLAIO) est faible. La CIMPS n'a pas de compétence contraignante. |
| 2 | Transparence | ⚠️ | BELSPO publie des rapports annuels et les ESF sont raisonnablement transparents. Mais la répartition des retours ESA entre les régions n'est pas publiquement lisible. Le citoyen ne peut pas voir simplement combien il paie et ce qu'il reçoit en échange. |
| 3 | Responsabilité = financement | ❌ | Fiscal gap classique : le niveau fédéral finance via l'impôt, mais le retour économique revient de manière inégale aux régions (2,40 euros pour la Wallonie contre 2,00 euros pour la Flandre par 4,50 euros de retour ESA). Qui paie ne décide pas où atterrissent les contrats. C'est l'ESA qui le fait, via le principe du juste retour. |
| 4 | Simplicité | ❌ | Le paysage scientifique belge est une mosaïque : BELSPO (fédéral) + FWO (flamand) + FNRS (FWB) + VLAIO + SPW Recherche + Innoviris + les 10 ESF + Belnet + la CIMPS. Un chercheur navigue entre au moins 3 ou 4 canaux de financement. Aux Pays-Bas, il y a un seul NWO. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | BELSPO lui-même est suffisamment grand. Mais certains ESF sont très petits (IRPA, ORB) et souffrent de désavantages d'échelle. La communautarisation qui menace réduirait encore l'échelle. Un IRM flamand ou un IRM wallon est absurde pour un pays de 30.000 km². |
| 6 | Compétences concurrentes | ⚠️ | En théorie, les entités fédérées pourraient expérimenter en matière de politique d'innovation (ce qui se fait déjà via VLAIO et le SPW), mais la recherche fondamentale et le spatial exigent un cadre national unique. Le système actuel n'autorise aucune concurrence formelle. Il est simplement scindé. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Pas de système KPI faîtier. Les ESF rapportent séparément, sans indicateurs standardisés. La Cour des comptes a constaté des lacunes. Le retour ESA (4,35 euros par euro investi) est le seul chiffre de résultat largement communiqué. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | BELSPO dispose de Belnet (excellent), travaille à la numérisation RH via ServiceNow et met en œuvre la cybersécurité NIS2. Mais la procédure d'attestation R&D et l'interaction avec les chercheurs restent largement sur papier. Les ESF numérisent leurs collections, mais lentement. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | La Belgique est le seul pays comparable qui menace de communautariser sa politique scientifique. Aux Pays-Bas, en Allemagne, au Danemark et en Suisse, le financement de la recherche fondamentale forme un seul système national. Le morcellement belge est une anomalie internationale. |
Synthèse : 0 × ✅, 5 × ⚠️, 4 × ❌. Les gains les plus importants se situent au niveau de la simplicité (simplifier le paysage), de l'orientation résultats (instaurer des KPI) et de l'éprouvé à l'étranger (suivre le modèle néerlandais et suisse d'un organe national de recherche unique).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Nouveau/réformé BELSPO est réformé pour devenir une véritable agence scientifique fédérale sur le modèle néerlandais et suisse, avec une autonomie renforcée, un système KPI intégré et un budget ESA protégé.
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
BELSPO devient l'Agence belge de la Science (ABS) une institution fédérale autonome sur le modèle du NWO (Pays-Bas) ou du FNS (Suisse). Plus un SPP (de programmation = temporaire), mais une institution permanente à part entière, dont l'indépendance est ancrée dans la loi.
Les 10 ESF restent fédéraux. Pas de communautarisation. Scinder l'IRM pour un pays de 30.000 km² est absurde. La bibliothèque nationale, les archives de l'État et les musées fédéraux sont un patrimoine national. Les ESF reçoivent en revanche plus d'autonomie opérationnelle (politique RH propre, gestion budgétaire propre) dans le cadre d'un contrat de performance faîtier.
Un guichet ESA fédéral unique. La politique spatiale reste fédérale. Pas de régionalisation des contributions à l'ESA. En revanche, un rapportage transparent de la répartition régionale des contrats de retour, pour que la tension communautaire disparaisse par les faits plutôt que par la perception.
Coordination avec les entités fédérées via l'Organe de concertation intergouvernemental (la proposition de HART qui remplace le Sénat). Des accords contraignants sur la complémentarité entre l'ABS, le FWO, le FNRS et les agences régionales d'innovation. Un seul portail numérique pour les chercheurs. Quel que soit le niveau qui finance.
Contrats de performance et KPI. Chaque ESF reçoit un contrat de performance quinquennal avec des objectifs mesurables (publications, fréquentation, impact sociétal, numérisation des collections). Rapportage annuel au Parlement. Audit externe par la Cour des comptes.
Budget ESA protégé par un minimum légal. La contribution belge à l'ESA est ancrée dans la loi à un minimum de 0,05 % du PIB (±300 M€). Cela protège les 3.620 emplois directs et les ±10.000 emplois indirects, ainsi que le retour de 4,35 euros par euro investi.
Vers quel niveau : fédéral (maintenu), mais avec une autonomie renforcée et une meilleure coordination avec les entités fédérées.
Modèle international : le NWO (Pays-Bas) pour la structure, le FNS (Suisse) pour l'indépendance, la DFG (Allemagne) pour le cofinancement Bund-Länder.
Gain d'efficience estimé :
- Un seul portail de la recherche au lieu de 4 à 5 systèmes distincts : économie sur l'administration (±10 à 15 M€ par an)
- Contrats de performance avec benchmarks : meilleure allocation des ±140 M€ de financement de base des ESF
- Protection du retour ESA : maintien de 4,35 euros par euro investi (contre une perte en cas de budget réduit de moitié)
- Pas de coûts de communautarisation : évitement de structures doubles (estimés à 50-100 M€ en une fois + 20-30 M€ par an de manière récurrente)
Trajet de mise en œuvre :
- Années 1-2 : ancrage légal de l'ABS, contrats de performance des ESF, garantie du budget ESA
- Années 2-3 : un seul portail numérique de la recherche, mécanisme de coordination contraignant avec les entités fédérées
- Années 3-5 : premier cycle d'évaluation, ajustement sur la base des KPI
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
SPP Politique scientifique (BELSPO) : réformé BELSPO devient l'Agence belge de la Science : une institution autonome et permanente qui gère notre politique scientifique, nos 10 établissements de recherche fédéraux et notre investissement spatial comme un seul ensemble national. Comme le font les Pays-Bas et la Suisse.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
BELSPO. En toutes lettres le « Service public fédéral de programmation Politique scientifique ». Gère un budget de ±570 millions d'euros et 2.500 collaborateurs. Il coordonne dix établissements scientifiques fédéraux (de l'IRM qui vous annonce le temps qu'il fera à la Bibliothèque royale qui conserve notre patrimoine national), paie la contribution belge à l'Agence spatiale européenne, l'ESA (±300 millions d'euros par an), et finance des programmes de recherche sur le climat, la biodiversité et la santé publique. BELSPO est aussi responsable de la station antarctique Princesse Élisabeth et du navire de recherche Belgica II.
Ce qui ne va pas
Trois problèmes fondamentaux :
Premièrement, le paysage scientifique est une mosaïque. Un chercheur belge navigue entre BELSPO (fédéral), le FWO (flamand), le FNRS (francophone), VLAIO, le SPW Recherche et Innoviris. Au moins quatre à cinq canaux de financement qui ont chacun leurs propres règles, portails et échéances. Aux Pays-Bas, il y a un seul NWO. En Suisse, un seul FNS.
Deuxièmement, BELSPO subit depuis quinze ans des économies annuelles de 2 %, et le gouvernement Arizona y ajoute encore 15,7 % d'ici 2029. Le secteur spatial. Qui représente 3.620 emplois directs et 10.000 emplois indirects. Craint un budget ESA réduit de moitié. Chaque euro investi dans l'ESA rapporte 4,35 euros à l'économie belge. Cet effet de retour, nous le perdons si nous économisons au mauvais endroit.
Troisièmement, une communautarisation des établissements scientifiques fédéraux menace. La note de formation propose de transférer aux entités fédérées les établissements situés en Flandre et en Wallonie, et de faire cogérer les établissements bruxellois par les deux Communautés. Le présentateur météo de l'IRM David Dehenauw l'a résumé : une scission « coûte plus d'argent et fait baisser la qualité ». Scinder l'IRM pour un pays de 30.000 km² est absurde. L'Académie royale flamande des Sciences a plaidé pour un renforcement, pas pour une scission.
Et il n'existe pas de système faîtier de mesure des performances. La Cour des comptes a constaté que la politique du personnel de quatre ESF présentait des « lacunes sur le plan juridique et organisationnel ». Il n'y a pas de KPI standardisés pour l'ensemble du système.
Comment cela fonctionne ailleurs
Aux Pays-Bas, il y a un seul Dutch Research Council (NWO), doté de ±1 milliard d'euros, avec 9 instituts de recherche. Un guichet unique pour les chercheurs, une séparation claire entre recherche fondamentale et politique d'innovation, un système d'évaluation par les pairs transparent. Le spatial passe par une agence distincte (le NSO), mais il est financé au niveau national.
En Suisse, également un pays fédéral multilingue avec 26 cantons. Le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS, ±1,15 milliard d'euros) est financé comme une fondation indépendante dotée d'un mandat fédéral. Malgré l'autonomie cantonale, il n'y a pas de duplication du financement de la recherche.
En Allemagne, la DFG (±3,9 milliards d'euros) opère comme une organisation autogérée, financée par le Bund (70 %) et les Länder (29 %). Les 16 Bundesländer ne dupliquent pas la DFG. Ils en sont partenaires.
Au Danemark, il y a un seul Independent Research Fund (DFF, ±270 M€) sous un seul ministère. Extrêmement rationalisé : 4.000 demandes par an, 500 accordées, zéro duplication régionale.
Nulle part dans les pays comparables la recherche fondamentale n'est scindée par région linguistique. Nulle part la contribution à l'ESA n'est régionalisée. La Belgique est l'anomalie.
Ce que HART propose
BELSPO devient l'Agence belge de la Science (ABS) une institution fédérale autonome et permanente dont l'indépendance est ancrée dans la loi. Concrètement :
Les dix établissements scientifiques fédéraux restent fédéraux. Scinder l'IRM est une folie. La bibliothèque nationale et les archives de l'État sont à tout le monde. Les ESF reçoivent en revanche plus d'autonomie opérationnelle via des contrats de performance quinquennaux assortis d'objectifs mesurables.
Le budget ESA est légalement protégé à un minimum de 0,05 % du PIB (±300 millions d'euros). Fini les caprices politiques avec un investissement qui rapporte 4,35 euros par euro et soutient 13.000 emplois.
Un seul portail numérique de la recherche pour tous les chercheurs belges. Peu importe que le financement vienne du niveau fédéral, flamand ou francophone. Une seule demande, un seul système, une seule vue d'ensemble.
Un rapportage transparent des contrats de retour ESA par région, pour que la tension communautaire disparaisse par les faits plutôt que par la perception.
Une coordination avec les entités fédérées via des accords contraignants au sein de l'Organe de concertation intergouvernemental, pour que l'ABS, le FWO et le FNRS travaillent de manière complémentaire plutôt que côte à côte.
Ce que cela rapporte
- Le maintien du retour ESA de 4,35 euros par euro investi et de 13.000 emplois dans le secteur spatial
- Un seul portail de la recherche fait économiser aux chercheurs et aux administrations quelque 10 à 15 millions d'euros par an de travail en double
- Les contrats de performance rendent les ±140 millions d'euros de financement de base des ESF mesurables et pilotables
- Pas de coûts de communautarisation : évitement d'environ 50 à 100 millions d'euros de coûts uniques et de 20 à 30 millions d'euros de coûts annuels liés aux structures doubles
- Un minimum ESA légal empêche que des économies à courte vue détruisent un investissement au rendement démontré