Proximus : audit de la réforme de l'État
Date : 2026-03-29 Catégorie : Entreprises publiques Statut sur le site : Coté en Bourse Auditeur : audit HART automatisé
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Nom officiel : Proximus SA de droit public (Proximus Group) Base juridique : loi du 21 mars 1991 portant réforme de certaines entreprises publiques économiques. Proximus est une « société anonyme de droit public ». Une entreprise publique autonome cotée en Bourse. Création : 1930, comme Régie des Télégraphes et des Téléphones (RTT). Transformée en 1992 en Belgacom SA. Introduction en Bourse en 2004. Rebaptisée Proximus en 2014. Niveau de pouvoir : fédéral. L'État belge détient 53,51 % des actions (via la SFPIM). Proximus détient elle-même 4,56 % d'actions propres. Les ±42 % restants sont librement négociables sur Euronext Bruxelles. Cotation en Bourse : Euronext Bruxelles (ticker : PROX)
Chiffre d'affaires (2024) : 6,54 milliards d'euros (groupe) Personnel : ±10.135 ETP dans le groupe (mi-2025), dont ±7.900 ETP en Belgique (Domestic). Réduction prévue à ±6.700 ETP d'ici 2030 (-1.200 emplois). Capex (2024) : 1,355 milliard d'euros Capitalisation boursière : en forte baisse. Sous le CEO Boutin (2019-2025), l'action a perdu ±80 % de sa valeur, ce qui représente ±7,5 milliards d'euros de valeur boursière évaporés.
Tutelle : conseil d'administration avec des représentants de l'État. Le CEO est nommé avec l'accord des pouvoirs publics. L'État nomme également des administrateurs via la SFPIM. Nouveau CEO depuis la mi-2025 : Stijn Bijnens (successeur de Guillaume Boutin).
1B. Que fait-il en pratique ?
Missions principales :
- Télécommunications fixes et mobiles en Belgique (leader du marché : ±45 % du haut débit fixe, ±40-50 % du mobile)
- Internet, télévision et téléphonie (offre convergente)
- Services informatiques pour les entreprises et les pouvoirs publics
- Déploiement de la fibre optique (FTTH) : 2,49 millions de raccordements atteints (T3 2025), ambition de 95 % de couverture d'ici 2032
- International : Proximus Global (BICS + Telesign + Route Mobile) : CPaaS et communication numérique
Chevauchements avec d'autres institutions : Proximus opère sur un marché concurrentiel face à Telenet/Digi, Orange Belgium et au nouvel entrant DIGI. Il n'y a pas de chevauchement structurel avec d'autres institutions publiques, mais le rôle de l'État comme actionnaire crée une tension avec la logique de marché.
Qui est le client ? Les citoyens (les consommateurs), les entreprises et les pouvoirs publics eux-mêmes (contrats informatiques). À l'international : les opérateurs télécoms et les entreprises technologiques du monde entier.
Indicateurs de performance : Proximus a été le seul opérateur belge à gagner des parts de marché en 2024 (source : IBPT). Mais le cours de Bourse a chuté de manière spectaculaire, le dividende a été réduit de moitié (de 1,20 € à 0,60 €/action), et la stratégie d'expansion internationale (Route Mobile) s'est soldée par ±400 millions d'euros de pertes.
Évaluation et critiques récentes :
- Aucun rapport spécifique de la Cour des comptes sur Proximus n'a été trouvé, mais la N-VA a publié une analyse détaillée de la « mauvaise gouvernance » (février 2025).
- Le CEO Guillaume Boutin a obtenu en juillet 2024 une prolongation de mandat jusqu'en 2030 (avec un bonus annuel de 400.000 € + 75.000 actions), pour ensuite partir chez Vodafone en février 2025. Sans clause de non-concurrence.
- Xavier Niel (Iliad/NJJ) a acquis 6 % de Proximus fin 2023 et a formulé en 2025 une offre de reprise qui a été rejetée par l'État belge.
1C. Comparaison internationale
| Pays | Entreprise | Participation publique | Modèle | Résultat |
|---|---|---|---|---|
| Pays-Bas | KPN | 0 % (entièrement privatisée depuis 2006) | Entièrement privé, concurrence vive | Meilleur réseau mobile au monde (umlaut 2026 : 988/1000). Prix plus bas, meilleur service. |
| Allemagne | Deutsche Telekom | ±27,8 % (direct + via la KfW) | Participation publique partielle, cotée en Bourse | Performance solide. L'action a progressé en 2024. L'État a vendu en 2024 pour 2,5 Mds € afin de financer la Deutsche Bahn. |
| Danemark | TDC | 0 % (entièrement privée depuis 2018) | Rachetée par Macquarie + des fonds de pension danois, retirée de la Bourse | Scindée en infrastructure (TDC Net) et services (Nuuday). Les fonds de pension ont revendu plus tard à perte. |
| Suède | Telia | ±39,5 % (État suédois) | Participation publique partielle, cotée en Bourse | Modèle hybride comparable à celui de Proximus. |
Principale leçon : les Pays-Bas (KPN) montrent qu'une privatisation complète peut conduire à de meilleures performances et à des prix plus bas. L'Allemagne montre qu'une participation publique partielle peut fonctionner, à condition que la gouvernance soit professionnelle et que l'État ne se mêle pas des décisions opérationnelles.
1D. Problèmes et critiques
Destruction de valeur : ±7,5 milliards d'euros de valeur boursière évaporés sous le CEO Boutin (2019-2025). L'action a baissé de ±80 %.
Réduction de moitié du dividende : de 1,20 € à 0,60 €/action. Cela coûte à l'État belge ±100 millions d'euros par an de recettes manquées (l'État perçoit sur ±181 millions d'actions).
Dérive de paris stratégiques à l'international : le rachat de Route Mobile (636 millions d'euros) a entraîné ±400 millions d'euros de pertes. La création de Proximus Global (BICS + Telesign + Route Mobile) est un pari avec l'argent du contribuable sur un marché international du CPaaS très concurrentiel.
Échec de gouvernance :
- Prolongation du mandat du CEO en juillet 2024, départ en février 2025
- Pas de clause de non-concurrence : Boutin est parti chez Vodafone avec la connaissance de la stratégie, de la structure d'endettement et des plans d'investissement
- Bonus annuel de 400.000 € + 75.000 actions comme « package de rétention » qui n'a rien retenu
- Nominations politiques au conseil d'administration
Réduction du personnel : 1.200 emplois disparaissent d'ici 2030 en Belgique, et ±1.400 de plus sont attendus entre 2031 et 2035 en raison des départs à la retraite.
Schizophrénie de l'État : l'État est à la fois actionnaire (il veut du rendement), régulateur (via l'IBPT) et client (contrats informatiques). Cela crée des conflits d'intérêts permanents.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | Les télécoms sont un marché national. Un actionnariat fédéral est logique. Mais la question est de savoir si l'État doit être actionnaire tout court sur un marché concurrentiel. |
| 2 | Transparence | ❌ | Le citoyen ne voit pas qui décide. Nominations politiques au conseil d'administration, structures de bonus opaques, prolongation de mandat + départ sans conséquences. La SFPIM, comme écran intermédiaire, rend le tout encore plus opaque. |
| 3 | Responsabilité = financement | ❌ | L'État porte le risque d'actionnaire (7,5 Mds € de destruction de valeur) mais n'a pas un contrôle suffisant sur les décisions stratégiques. Ceux qui décident (le management et le conseil d'administration) ne portent aucun risque financier. |
| 4 | Simplicité | ⚠️ | La structure est complexe : SA de droit public, cotée en Bourse, avec la SFPIM comme écran intermédiaire, une gouvernance hybride (public + privé), et désormais aussi une structure de holding internationale (Proximus Global). |
| 5 | Taille critique | ✅ | Proximus a une taille suffisante pour le marché belge. L'expansion internationale cherche une échelle supplémentaire, mais la question est de savoir si c'est là la mission de base d'une entreprise publique. |
| 6 | Compétences concurrentes | ⚠️ | Sans objet au sens strict. Mais l'État à la fois actionnaire et régulateur (IBPT) crée des conditions de concurrence inégales avec les concurrents. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Les résultats parlent d'eux-mêmes : 80 % de baisse du cours, dividende réduit de moitié, ±400 M€ de pertes sur Route Mobile. Aucun mécanisme ne demande de comptes au management sur les résultats. L'État, actionnaire passif, a failli dans son rôle de surveillance. |
| 8 | Numérique d'abord | ✅ | Proximus est par définition une entreprise numérique. Le déploiement de la fibre optique (95 % de couverture d'ici 2032) est ambitieux et nécessaire. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | Les Pays-Bas montrent qu'une privatisation complète conduit à de meilleurs résultats (KPN = meilleur réseau au monde). Le modèle hybride belge, avec un actionnariat public passif, est un sous-performeur au niveau international. |
Synthèse : 2× ✅, 3× ⚠️, 4× ❌. Les gains les plus importants sont à réaliser sur la transparence (professionnaliser la gouvernance), la responsabilité = financement (l'État doit être actionnaire actif ou ne pas l'être du tout) et l'orientation résultats (demander des comptes au management sur ses performances).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé réduction progressive de la participation publique + réforme de la gouvernance
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
Phase 1 (0-2 ans) : remise à plat de la gouvernance
- Professionnalisation immédiate du conseil d'administration : plus de nominations politiques, mais des administrateurs indépendants sélectionnés via l'Organe de nomination indépendant à créer (voir la proposition HART au niveau fédéral)
- Clause de non-concurrence obligatoire pour toutes les fonctions du C-suite (minimum 12 mois)
- Rapportage transparent au parlement sur la stratégie, les performances et la rémunération
- Séparation claire des trois rôles de l'État : actionnaire (SFPIM), régulateur (IBPT) et client (marchés publics)
Phase 2 (2-5 ans) : réduction partielle vers une minorité stratégique
- Réduction de 53,5 % à 25-30 %. Suffisant pour une minorité de blocage et la protection des intérêts stratégiques (infrastructure de fibre optique, service universel)
- Le produit de la vente des actions (±1 à 1,5 milliard d'euros au cours actuel) va au Fonds belge d'infrastructure
- Action en or (« golden share ») pour des décisions stratégiques précises : vente de l'infrastructure de fibre optique, déplacement du siège central, suppression du service universel
Phase 3 (5-10 ans) : évaluation et sortie complète éventuelle
- Évaluation après 5 ans : si la gouvernance fonctionne et que le marché est concurrentiel, l'État peut poursuivre la réduction sous les 15 % ou sortir complètement (modèle néerlandais)
- Le réseau de fibre optique peut, si nécessaire, être scindé en une entreprise d'infrastructure distincte avec une régulation propre (modèle danois TDC Net)
Modèle international : combinaison du modèle néerlandais (la privatisation complète comme objectif final) et du modèle allemand (réduction progressive avec une vente stratégique pour financer d'autres investissements publics. Comme l'Allemagne l'a fait avec des actions Deutsche Telekom pour la Deutsche Bahn).
Produit estimé : en cas de vente de ±25 % des actions (de 53,5 % à ±28,5 %) au cours actuel (±6-7 €/action) : environ 500 millions à 1 milliard d'euros. En cas de redressement du cours après la réforme de la gouvernance, potentiellement davantage.
Modifications légales requises : adaptation de la loi du 21 mars 1991 afin d'abaisser la participation minimale de l'État. Introduction d'un mécanisme de golden share (sur le modèle français). Adaptation des statuts de Proximus SA.
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
Proximus. Réformé L'État doit cesser de jouer les actionnaires passifs et de perdre des milliards. Une gestion professionnelle, pas de nominations politiques, et une réduction progressive de la participation publique vers une minorité stratégique.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Proximus est la plus grande entreprise de télécoms de Belgique : 6,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires, près de 8.000 travailleurs en Belgique, et leader du marché de l'internet fixe, du mobile et de la télévision. L'entreprise est cotée en Bourse, mais l'État belge détient 53,5 % des actions via la Société fédérale de Participations et d'Investissement (SFPIM). L'État est donc actionnaire majoritaire d'une entreprise qui opère sur un marché entièrement concurrentiel. À côté de Telenet, Orange et du nouvel entrant DIGI.
Ce qui ne va pas
La combinaison d'un actionnariat public et d'une cotation en Bourse ne fonctionne pas. Sous le précédent CEO, l'action Proximus a perdu 80 % de sa valeur. Soit quelque 7,5 milliards d'euros de valeur boursière évaporés, dont plus de la moitié à charge du contribuable. Le dividende a été réduit de moitié, de 1,20 € à 0,60 € par action, ce qui coûte à l'État plus de 100 millions d'euros par an.
La gouvernance est une farce. En juillet 2024, le conseil d'administration a prolongé le mandat du CEO jusqu'en 2030, bonus annuel de 400.000 euros et 75.000 actions compris comme « package de rétention ». Sept mois plus tard, ce même CEO partait chez le concurrent Vodafone. Sans clause de non-concurrence. Il a emporté la connaissance de l'ensemble de la stratégie, de la structure d'endettement et des plans d'investissement de Proximus. L'expansion internationale via Route Mobile a coûté 636 millions d'euros et a produit environ 400 millions d'euros de pertes.
L'État joue trois rôles à la fois : actionnaire (via la SFPIM), régulateur (via l'IBPT) et client (via les contrats publics). C'est un conflit d'intérêts permanent. Les nominations politiques au conseil d'administration achèvent le tableau : les administrateurs sont choisis sur la base de leur couleur politique, pas sur la base de leur expertise en télécoms.
Comment cela fonctionne ailleurs
Aux Pays-Bas, KPN a été entièrement privatisée en 2006. Le résultat : KPN a le meilleur réseau mobile au monde (988 points sur 1000 au test umlaut 2026), des prix plus bas qu'en Belgique et une concurrence vive entre trois acteurs solides. Sans actionnaire public, mais avec un régulateur indépendant fort (l'ACM).
En Allemagne, l'État détient encore ±28 % de Deutsche Telekom, mais gère cette participation de manière professionnelle via la banque publique KfW. En 2024, l'Allemagne a vendu pour 2,5 milliards d'euros d'actions afin de financer le réseau ferroviaire. Un exemple de la façon dont un État peut se désengager intelligemment et affecter le produit à des infrastructures que les pouvoirs publics doivent, eux, prendre en charge.
Ce que HART propose
Trois étapes :
Étape 1 : immédiatement : professionnaliser la gestion. Plus de nominations politiques. Des administrateurs indépendants via un processus de sélection professionnel. Clause de non-concurrence obligatoire pour toutes les fonctions dirigeantes. Transparence totale sur la rémunération et la stratégie à l'égard du parlement.
Étape 2 : dans les 2 à 5 ans : réduire la participation publique de 53,5 % à 25-30 %. C'est suffisant pour une minorité de blocage et la protection des intérêts stratégiques (infrastructure de fibre optique, service universel). Une « golden share » protège contre les offres hostiles et la vente d'infrastructures critiques. Le produit. Estimé entre 500 millions et 1 milliard d'euros. Va à un Fonds belge d'infrastructure.
Étape 3 : après 5 ans : évaluer si une réduction plus poussée vers le modèle néerlandais (sortie complète) est souhaitable. Si le marché est concurrentiel et que la régulation fonctionne, l'État peut sortir entièrement.
Ce que cela rapporte
- 500 millions à 1 milliard d'euros de produit direct pour l'État, à investir dans de véritables infrastructures publiques
- Une gestion professionnelle à qui l'on demande des comptes sur les résultats, pas sur la loyauté partisane
- La fin de la destruction de valeur annuelle due à un actionnariat passif et incompétent
- Une séparation claire des rôles : l'État régule, le marché se fait concurrence
- La protection des intérêts stratégiques (fibre optique, service universel) via une golden share. Sans que l'État se mêle de la gestion quotidienne
- Un signal au marché indiquant que la Belgique prend ses entreprises publiques au sérieux. Ce qui restaure la confiance des investisseurs et profite au cours