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SPAQuE (assainissement des friches industrielles) : audit

Date : 2026-03-30 Catégorie : Entité fédérée wallonne. OIP Statut : 🟠 Réformé : intégration dans le SPW avec un mécanisme pollueur-payeur


Phase 1 : recherche approfondie

1A. De quoi s'agit-il exactement ?

Nom officiel : Société Publique d'Aide à la Qualité de l'Environnement (SPAQuE SA) Base juridique : Créée le 13 mars 1991 comme filiale de la SRIW (Société Régionale d'Investissement de Wallonie). Statut juridique : société anonyme. Organisme d'Intérêt Public (OIP) de la Région wallonne. Niveau de pouvoir : Région wallonne Siège : Avenue Maurice Destenay 13, 4000 Liège Personnel : Environ 90 collaborateurs (2024) Budget : Entre 2001 et 2025, la SPAQuE a consacré ±500 millions d'euros de moyens publics à l'assainissement de sites industriels et de décharges. Le récent Plan de relance wallon prévoyait 36,1 millions d'euros pour 15 nouvelles friches (42,85 hectares). Tutelle : Conseil d'administration nommé par le Gouvernement wallon (dernier renouvellement : 8 administrateurs nommés par arrêté du 20 décembre 2023, confirmés par l'assemblée générale extraordinaire du 9 février 2024). Directeur général : Jean-François Robe. Contrat de gestion : Nouveau contrat de gestion conclu avec le Gouvernement wallon en 2019 (durée 2019-2024), dans lequel la SPAQuE est désignée comme « l'experte de la Wallonie en matière de gestion des sols pollués ». Certification : ISO 14001 (management environnemental)

Filiales : La SPAQuE détient des participations dans des entités de traitement des déchets (RECYNAM, RECYHOC, RECYLIEGE, RECYMEX, VALOREM) et est propriétaire à 100 % de GEPART (gestion des programmes de subsides européens).

1B. Que fait-il en pratique ?

Missions principales :

  1. Assainissement de friches industrielles polluées et de décharges
  2. Études de sol et analyse des risques
  3. Interventions d'urgence sur des sites pollués
  4. Projets d'énergie renouvelable sur des terrains assainis (éolien, solaire, hydraulique)
  5. Redéveloppement et reconversion de sites assainis
  6. Centrale d'achat pour les projets d'assainissement
  7. Gestion des programmes de financement européens (via GEPART)

Réalisations depuis 2000 :

Missions récentes (2022-2026) :

Chevauchements avec d'autres institutions :

« Public » : le Gouvernement wallon (commanditaire), les communes (redéveloppement), les partenaires privés (conseil en matière de sols), parfois l'autorité fédérale

Critiques de la Cour des comptes (2024) :

Problème fondamental. Le pollueur ne paie pas :

1C. Comparaison internationale

Les Pays-Bas. RIVM + provinces + communes (depuis 2024)

L'Allemagne (NRW) : AAV (Verband für Flächenrecycling und Altlastensanierung)

Le Danemark. Une responsabilité régionale

La Flandre. OVAM

Conclusion : Dans aucun pays de comparaison il n'existe un OIP distinct et autonome consacré exclusivement à l'assainissement des friches industrielles comme la SPAQuE. Partout, l'assainissement des sols est intégré dans l'administration plus large de l'environnement ou de l'aménagement du territoire, souvent avec un financement partagé entre les pouvoirs publics et le secteur privé.

1D. Problèmes et critiques

  1. 500 millions d'euros d'argent public sans récupération des coûts : Le principe du « pollueur-payeur » n'est structurellement pas appliqué. Le contribuable wallon paie l'assainissement d'une pollution industrielle privée.

  2. Un OIP distinct est une anomalie : Nulle part en Europe il n'existe une agence autonome comparable. En Flandre, l'assainissement des friches industrielles relève de l'OVAM ; aux Pays-Bas, des provinces et des communes ; en Allemagne, d'une association public-privé.

  3. Progression lente : Malgré plus de 30 ans d'existence, il reste des centaines d'hectares à assainir. L'objectif de 100 ha par an n'est pas atteint structurellement.

  4. Questions de gouvernance : La Cour des comptes s'interroge sur le financement et la comptabilité des missions déléguées. Le conseil d'administration est nommé politiquement.

  5. Chevauchement avec le SPW : La Direction générale de l'Environnement du SPW dispose elle aussi de compétences en matière de sols, ce qui conduit à une délimitation floue.

  6. Héritage historique de Mellery : La SPAQuE est née du scandale de Mellery (1989) : une décharge qui a reçu entre 1981 et 1988 des centaines de milliers de tonnes de déchets. Le seul assainissement a coûté 27 millions d'euros. Cette naissance réactive a façonné l'organisation en gestionnaire de crise plutôt qu'en exécutant structurel de politique publique.


Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes

# Principe Appréciation Justification
1 Subsidiarité ⚠️ L'assainissement des sols se situe logiquement au niveau régional (avantages d'échelle, pollution transfrontalière), mais son exécution via un OIP distinct crée une couche supplémentaire. Aux Pays-Bas, cette matière a été décentralisée vers les communes (2024).
2 Transparence Le citoyen peut difficilement voir qui décide des sites qui reçoivent la priorité, qui supporte les coûts et pourquoi les pollueurs ne paient pas. La nomination politique des administrateurs réduit l'indépendance.
3 Responsabilité = financement Rupture fondamentale : qui pollue ne paie pas. 500 millions d'euros de moyens publics pour une pollution privée, sans récupération structurelle des coûts. Le fiscal gap ne se situe pas ici entre niveaux de pouvoir, mais entre le privé et le public.
4 Simplicité Un OIP distinct à côté du SPW (DG Environnement), de l'ISSEP et des communes pour un seul aspect partiel de la politique environnementale. En Flandre, l'OVAM fait cela au sein de l'administration environnementale plus large.
5 Taille critique ⚠️ 90 collaborateurs pour toute la Wallonie, c'est praticable, mais la petite échelle limite la capacité d'action. L'OVAM (Flandre) combine déchets + sols + matériaux avec davantage de personnel et de budget.
6 Compétences concurrentes ⚠️ Aucune concurrence n'est possible. La SPAQuE est en situation de monopole en Wallonie. Dans le modèle HART avec des compétences concurrentes, chaque entité fédérée pourrait développer sa propre approche, ce qui stimule l'innovation.
7 Orientation résultats ⚠️ Il existe des indicateurs de performance (hectares assainis), mais l'objectif de 100 ha par an n'est pas atteint structurellement. La Cour des comptes s'interroge sur la reddition de comptes financière.
8 Numérique d'abord ⚠️ La SPAQuE dispose d'un site internet et publie des rapports annuels, mais il n'existe pas de portail numérique public où les citoyens peuvent suivre l'état des sites pollués (à comparer : le Bodemloket néerlandais ou le Grondeninformatieregister flamand).
9 Éprouvé à l'étranger Le modèle d'un OIP distinct pour les friches industrielles n'existe nulle part ailleurs. Partout, cette matière est intégrée dans l'administration environnementale plus large.

Synthèse : 0 ✅ · 4 ⚠️ · 5 ❌

Principaux gains :

  1. Responsabilité = financement (principe 3) : instaurer un mécanisme structurel pollueur-payeur (fonds des sols, obligation d'assainissement lors du transfert de propriété)
  2. Simplicité (principe 4) : intégrer la SPAQuE dans l'administration environnementale plus large (SPW) au lieu d'un OIP distinct
  3. Éprouvé à l'étranger (principe 9) : reprendre le modèle flamand de l'OVAM ou le modèle néerlandais avec une exécution décentralisée

Phase 3 : la proposition de HART

3A. Classification

🟠 Réformé La SPAQuE comme OIP distinct est supprimée. L'expertise est intégrée dans l'administration de l'entité fédérée wallonne (équivalent de la Direction générale de l'Environnement du SPW), complétée par un mécanisme structurel pollueur-payeur.

3B. Proposition concrète

Ce qui change précisément ?

  1. La SPAQuE comme OIP distinct est supprimée
  2. Les 90 collaborateurs et leur expertise sont intégrés dans la division environnement de l'entité fédérée wallonne (aujourd'hui la DG Agriculture, Ressources naturelles et Environnement du SPW)
  3. Un Fonds wallon des sols est créé (sur le modèle flamand de l'OVAM), qui :
    • Est alimenté par une redevance sur les transferts de propriété de terrains pollués
    • Lie l'obligation d'assainissement au transfert de propriété (comme le décret flamand sur les sols)
    • Complète les moyens publics par des contributions privées
  4. Un portail numérique des sols est mis en place, où chaque citoyen peut consulter l'état de chaque site pollué (sur le modèle du Bodemloket néerlandais)
  5. Les filiales (RECYNAM, RECYHOC, etc.) sont évaluées quant à leur utilité et, si nécessaire, liquidées ou transférées

Vers quel niveau ? L'entité fédérée wallonne (intégration dans l'administration ordinaire)

Quel modèle international ?

Gain d'efficience estimé :

Trajet de mise en œuvre :


Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)

Partie A : le point du programme

SPAQuE (assainissement des friches industrielles) : Réformé Le contribuable wallon a payé un demi-milliard d'euros pour nettoyer une pollution industrielle causée par le secteur privé. Nous intégrons la SPAQuE dans l'administration environnementale ordinaire et instaurons enfin réellement le principe du « pollueur-payeur ».

Partie B : l'explication

Comment cela fonctionne aujourd'hui

La SPAQuE est une entreprise publique distincte (OIP) de la Région wallonne, créée en 1991 après le scandale de la décharge de Mellery. Elle compte ±90 collaborateurs et est établie à Liège. Sa mission centrale : assainir les terrains industriels pollués et les décharges afin qu'ils puissent être réutilisés. Depuis 2000, la SPAQuE a assaini plus de 1.000 hectares. Coût pour le contribuable : quelque 500 millions d'euros en 25 ans.

Ce qui ne va pas

Le problème fondamental est simple : le pollueur ne paie pas. Des entreprises ont pollué des terrains pendant des décennies, mais la facture est pour le citoyen wallon. La SPAQuE reconnaît elle-même que le principe « pollueur-payeur » est difficilement applicable. Les pollueurs d'origine ont disparu ou ont fait faillite. Mais là où la Flandre dispose bel et bien, avec son décret sur les sols et ses conventions brownfield, de mécanismes qui font contribuer les acteurs privés, cela manque largement en Wallonie.

En outre, la SPAQuE est une entreprise publique distincte dans un paysage où l'administration environnementale ordinaire (SPW) et l'institut scientifique ISSEP disposent déjà de compétences en matière de sols. Cela crée des chevauchements et de la confusion. En 2024, la Cour des comptes s'est interrogée sur le financement et la comptabilité des missions que le Gouvernement wallon délègue à la SPAQuE.

L'objectif de 100 hectares assainis par an n'est pas atteint structurellement, alors que des centaines d'hectares attendent encore. Et le conseil d'administration est nommé politiquement, ce qui mine l'indépendance.

Comment cela fonctionne ailleurs

Nulle part en Europe il n'existe une entreprise publique distincte et autonome consacrée exclusivement à l'assainissement des friches industrielles.

En Flandre, l'OVAM (l'agence flamande des déchets) assure l'assainissement des sols au sein d'une organisation plus large qui comprend aussi la gestion des déchets et des matériaux. La Flandre dispose des conventions brownfield : des accords juridiques par lesquels des partenaires privés investissent dans l'assainissement et le redéveloppement. Depuis 2009, plus de 1.600 hectares ont été mis en redéveloppement.

Aux Pays-Bas, l'assainissement des sols est, depuis l'Omgevingswet de 2024, largement décentralisé vers les communes. Le RIVM élabore les normes, mais l'exécution se fait au sein de l'administration ordinaire. Le Bodemloket public permet à chaque citoyen de consulter en ligne la qualité du sol de chaque parcelle.

En Allemagne (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), il existe l'AAV : une association public-privé où l'entité fédérée, les communes et les entreprises collaborent obligatoirement et contribuent au financement de l'assainissement. Les entreprises en sont membres et contribuent financièrement.

Au Danemark, les 5 régions sont responsables du repérage, des études et de l'assainissement de plus de 35.000 sites hérités du passé, une mission intégrée dans l'administration régionale.

Ce que HART propose

  1. Suppression de la SPAQuE comme OIP distinct. Les 90 collaborateurs et leur expertise sont intégrés dans la division environnement de l'administration de l'entité fédérée wallonne. Pas de management distinct, pas de conseil d'administration distinct, pas de structure double.

  2. Un Fonds wallon des sols, sur le modèle flamand. À chaque transfert d'un terrain pollué est liée une obligation d'assainissement. Les propriétaires privés et les pollueurs contribuent via des redevances. L'argent public est complété par de l'argent privé.

  3. Instaurer les conventions brownfield : des accords juridiques par lesquels les pouvoirs publics et le secteur privé investissent ensemble dans l'assainissement et le redéveloppement. La Flandre prouve que cela fonctionne.

  4. Un portail numérique des sols où chaque citoyen peut consulter en ligne la qualité du sol de chaque parcelle. Transparent, accessible, sur le modèle néerlandais.

  5. Évaluation des filiales (RECYNAM, RECYHOC, RECYLIEGE, RECYMEX, VALOREM) : ce qui est utile est maintenu, le reste est liquidé.

Ce que cela rapporte


Phase 5 : sources

Source URL Utilisé pour
SPAQuE. Qui sommes-nous? https://spaque.be/qui-sommes-nous/ Mission, personnel (±90), historique, certification ISO, filiales
SPAQuE. Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/SPAQUE Base juridique, création en 1991, directeur
Wallonie.be. SPAQuE https://www.wallonie.be/fr/acteurs-et-institutions/wallonie/autres-acteurs-publics-de-la-wallonie/societe-publique-daide-la-qualite-de-lenvironnement-spaque Statut officiel d'OIP
SPAQuE. Pollueur-payeur https://spaque.be/actualites/pollueur-payeur-un-principe-difficilement-applicable/ 500 millions d'euros d'argent public, application difficile du pollueur-payeur
L'Avenir (2019) : coûts non récupérés https://www.lavenir.net/actu/belgique/2019/04/05/ces-couts-sont-pourtant-refactures-a-la-region-les-couts-dassainissement-des-sites-prives-ne-sont-toujours-pas-reclames-aux-entreprises-polluantes-Y2L7WC3WPBGXJODGATKXZDM5LU/ Critique : coûts d'assainissement des sites privés non récupérés auprès des pollueurs
Cour des comptes. Marchés publics SPAQuE https://www.ccrek.be/en/publication/public-procurement-contracts-of-the-societe-publique-d-aide Audit des marchés publics + financement des missions déléguées
SPAQuE. 30 ans de Mellery https://spaque.be/actualites/il-y-a-30-ans-spaque-etait-creee-pour-gerer-lassainissement-de-la-decharge-de-mellery-dans-le-brabant-wallon/ Historique, création à la suite du scandale de Mellery, 27 M€ de coûts d'assainissement
SPAQuE. Plan de relance 15 friches https://spaque.be/actualites/plan-de-relance-wallon-le-gouvernement-acte-la-rehabilitation-de-15-friches-soit-plus-de-42-hectares/ 36,1 M€ pour 15 sites, 42,85 ha
Wallonie. 5 friches industrielles (Coppieters) https://coppieters.wallonie.be/home/communiques-de-presse/presses/la-wallonie-accelere-l-assainissement-de-cinq-friches-industrielles-pour-liberer-du-foncier-strategique.html Missions récentes 2025-2026, ambition de 1.500 ha
RIVM. Bodemsanering https://www.rivm.nl/bodemsanering Modèle néerlandais, valeurs d'intervention, 250.000 sites
AAV NRW. Verband für Flächenrecycling https://www.aav-nrw.de/ Modèle allemand, association public-privé, 87.900 sites en NRW
AAV NRW. Wikipedia https://de.wikipedia.org/wiki/AAV_%E2%80%93_Verband_f%C3%BCr_Fl%C3%A4chenrecycling_und_Altlastensanierung Statut juridique, création en 1988, structure d'affiliation
OVAM. Brownfields https://ovam.vlaanderen.be/brownfields Modèle flamand, conventions brownfield, 32,4 M€
OVAM. Cofinanciering bodemsanering https://ovam.vlaanderen.be/nl/w/opnieuw-2-miljoen-voor-cofinanciering-van-bodemsanering 2 M€ par an de cofinancement
OVAM. 15 jaar brownfieldconvenanten https://ovam.vlaanderen.be/nl/w/15-jaar-brownfieldconvenanten-terug-en-vooruitblik-met-ambities Plus de 1.600 ha en redéveloppement depuis 2009
Danish EPA. Jordforurening https://eng.ecoinnovation.dk/media/130428/mst_jordforurening_a4_web.pdf Modèle danois, plus de 35.000 sites, responsabilité régionale
SPAQuE. Rapport annuel 2024 https://spaque.be/wp-content/uploads/2025/08/ra-2024-1.pdf Chiffres récents, nouveau conseil d'administration 2024