VDAB (Vlaamse Dienst voor Arbeidsbemiddeling en Beroepsopleiding) : audit
Date : 2026-03-30 Catégorie : Entité fédérée flamande. Compétences régionales Statut proposé : 🟠 Réformé : régisseur avec coopération interrégionale obligatoire
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Nom officiel : Vlaamse Dienst voor Arbeidsbemiddeling en Beroepsopleiding (VDAB, service flamand de l'emploi et de la formation professionnelle) Base juridique : décret du 7 mai 2004 portant création de l'agence autonomisée externe de droit public « Vlaamse Dienst voor Arbeidsbemiddeling en Beroepsopleiding » (modifié en 2020 et en 2024) Création : créé à l'origine en 1989 lors de la régionalisation de la politique du marché du travail. Le cadre juridique actuel date de 2004. Niveau de pouvoir : Région flamande (compétence régionale depuis la loi spéciale du 8 août 1988) Forme juridique : agence autonomisée externe de droit public (EVA)
Budget : ±900 M€ de budget de fonctionnement, plus de 1 Md€ au total si l'on additionne tous les crédits (formations, parcours CPAS et moyens FSE compris) Personnel : ±4.761 ETP (fin 2024), en recul par rapport aux 5.160 de 2018 Tutelle : conseil d'administration sous la tutelle du ministre flamand de l'Emploi. L'accord de gouvernement flamand 2024-2029 prévoit que le conseil sera resserré, avec au moins la moitié moins un d'administrateurs indépendants.
1B. Que fait-il en pratique ?
Missions principales (décret de 2004, modifié en 2020) :
- Placement mise en relation des demandeurs d'emploi et des offres d'emploi
- Formation professionnelle organisation et financement des formations pour les demandeurs d'emploi
- Développement des compétences accompagnement de carrière, bilan de compétences
- Activation contrôle de la disponibilité des demandeurs d'emploi, sanctions
- Régie du marché du travail coordination des partenaires (agences d'intérim, CPAS, opérateurs de formation)
- Gestion des données information sur le marché du travail, analyse des offres d'emploi, matching par IA
Chevauchements avec d'autres institutions :
- Le Forem (Wallonie) : missions identiques pour les demandeurs d'emploi wallons. Systèmes IT distincts, banques d'offres d'emploi distinctes, politique distincte.
- Actiris (Bruxelles) : idem pour les demandeurs d'emploi bruxellois. Le VDAB assure par contre la formation professionnelle des néerlandophones à Bruxelles.
- ADG/Arbeitsamt (Communauté germanophone) : idem pour ±78.000 habitants.
- ONEM (fédéral) : contrôle des allocations de chômage et sanctions. Compétence partagée avec les services régionaux depuis la sixième réforme de l'État.
La Belgique compte donc quatre services de placement distincts pour une population de 11,5 millions d'habitants. Chacun avec sa propre plateforme IT, sa propre banque d'offres d'emploi, ses propres centres de formation et sa propre logique politique.
Qui est le « client » ?
- ±220.000 demandeurs d'emploi inoccupés en Flandre (chiffre fluctuant)
- ±370.000 offres d'emploi par an via le VDAB
- Les employeurs à la recherche de personnel
- Les CPAS et les pouvoirs locaux (comme partenaires)
Indicateurs de performance :
- Taux de sortie vers l'emploi après accompagnement
- Rapidité du matching (délai jusqu'au premier contact)
- Satisfaction des demandeurs d'emploi et des employeurs
- En 2021, la Cour des comptes a signalé que le VDAB n'a pas une vue suffisante sur le rapport coût-efficacité des parcours sous-traités
Audit de la Cour des comptes 2021. Principales conclusions :
- Le VDAB a noué des collaborations juridiquement irrégulières avec des partenaires externes
- Subsides et conventions n'étaient à plusieurs reprises pas conformes à la loi
- Pas de politique de sous-traitance claire
- Manque de visibilité sur l'efficacité et le coût-efficacité des parcours propres et des parcours des partenaires
- 20 recommandations formulées ; le VDAB était souvent conscient des problèmes depuis des années, mais les trajets de changement n'ont pas donné de résultats convaincants
- La ministre Crevits a exigé un plan d'action
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas : UWV WERKbedrijf
- Structure : un seul organisme d'exécution national (UWV) pour l'ensemble des Pays-Bas (17,5 millions d'habitants)
- Personnel : ±23.500 collaborateurs (toutes les missions d'allocations comprises. Pas uniquement le placement)
- Budget : plusieurs milliards d'euros (l'UWV gère aussi la WW, la WIA et la Wajong)
- Modèle : depuis 2015, les « Werkcentra ». Des partenariats par région du marché du travail dans lesquels l'UWV, les communes, l'enseignement et les acteurs privés collaborent en un seul lieu
- Numérisation : Werk.nl comme plateforme numérique centrale ; le système VUM (Verbeteren Uitwisseling Matchingsgegevens) pour l'échange de données entre l'UWV, les communes et les acteurs privés
- Population par service : 17,5 millions d'habitants → 1 service = ratio de 1:17,5 mln
Allemagne : Bundesagentur für Arbeit (BA)
- Structure : une seule agence fédérale avec >95.000 collaborateurs (2014), 156 Agenturen für Arbeit, ±300 bureaux locaux
- Modèle : cadre fédéral avec exécution locale. Un seul système IT national, une seule banque d'offres d'emploi
- Budget : ±38 Mds € (2023, total, allocations comprises)
- Particularité : les communes exécutent les missions pour les chômeurs de longue durée (Jobcenter = partenariat BA + commune), mais dans le même cadre légal
- Population par service : 84 millions → 1 service
Danemark : des Jobcenter communaux
- Structure : 98 communes gèrent chacune un Jobcenter. Pilotage central par le STAR (Styrelsen for Arbejdsmarked og Rekruttering)
- Modèle : flexicurité. Marché du travail très flexible + allocations généreuses + activation intensive
- Budget : 12,7 Mds DKK (±1,7 Md€) pour les politiques actives du marché du travail (2019)
- Résultats : les travailleurs danois qui perdent leur emploi en retrouvent un plus vite que presque tous les autres travailleurs du monde (OCDE)
- Dépenses : en % du PIB, le Danemark consacre 4× plus que le pays moyen de l'OCDE aux politiques actives du marché du travail. Et plus que n'importe quel autre pays
- Population par service : 5,9 millions → 1 cadre national avec exécution locale
Comparaison du ratio population/services de placement
| Pays | Habitants | Services | Ratio |
|---|---|---|---|
| Belgique | 11,5 mln | 4 (VDAB, Forem, Actiris, ADG) | 1 pour 2,9 mln |
| Pays-Bas | 17,5 mln | 1 (UWV) | 1 pour 17,5 mln |
| Allemagne | 84 mln | 1 (BA) | 1 pour 84 mln |
| Danemark | 5,9 mln | 1 (STAR + Jobcenter) | 1 pour 5,9 mln |
Par habitant, la Belgique a le placement le plus fragmenté des pays européens comparables.
1D. Problèmes et critiques
1. Structure quadruple = coûts quadruples Quatre systèmes IT distincts, quatre banques d'offres d'emploi distinctes, quatre couches de management, quatre réseaux de formation distincts. La banque d'offres d'emploi du VDAB n'affiche pas automatiquement les offres de Wallonie ou de Bruxelles. Et inversement. Un employeur de la périphérie bruxelloise doit parfois frapper à la porte de trois services à la fois.
2. La mobilité interrégionale reste insuffisante
- Flandre : ±3 candidats par offre d'emploi (pénurie structurelle)
- Wallonie : taux de chômage de 8,4 % (2022)
- Bruxelles : taux de chômage de 11,5 % (2022)
- Malgré un « accord historique sur le marché du travail » (2023) entre la Flandre et la Wallonie, les résultats restent maigres
- 7 demandeurs d'emploi bruxellois sur 10 se disent prêts à travailler en Flandre, mais la connaissance des langues et la mobilité restent des barrières
- Le flux de navetteurs Wallonie → Flandre est passé de 41.682 (2014-2015) à 56.371 (2019-2020), mais il reste très en deçà du potentiel
3. Critique de la Cour des comptes (2021) : la sous-traitance, un « bazar »
- Des collaborations juridiquement irrégulières
- Pas d'analyse coût-efficacité
- Des subsides non conformes à la loi
- Des problèmes connus depuis des années, sans solution convaincante
4. 100+ millions d'euros pour des parcours CPAS sans garantie de résultat Le VDAB verse chaque année plus de 100 millions d'euros aux CPAS pour l'activation des bénéficiaires du revenu d'intégration, mais il n'existe aucune garantie structurelle de résultat ni aucune mesure comparative des performances.
5. Critique de l'OCDE : une coordination faible L'OCDE relève que la coordination entre les services publics de l'emploi en Belgique est faible, contrairement aux pays scandinaves et à l'Allemagne.
6. Une avance en IA, mais un fonctionnement en îlots Le VDAB est un leader européen du matching par IA (Jobnet, Jobbereik, Kans op Werk) : déjà >1 million d'utilisateurs. Mais cette technologie ne fonctionne que pour la Région flamande. Le Forem et Actiris construisent leurs propres systèmes.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | Le placement est à juste titre une compétence régionale (proche du marché du travail local). Mais la structure quadruple pour un seul petit marché du travail n'est pas de la subsidiarité. C'est du morcellement. Une exécution locale dans un cadre national (modèle danois) serait de la vraie subsidiarité. |
| 2 | Transparence | ⚠️ | Le VDAB publie des rapports annuels et des statistiques, mais la Cour des comptes a conclu que la transparence est insuffisante quant à l'efficacité des parcours sous-traités et des flux de subsides. Le citoyen ne peut pas voir si son argent est bien dépensé. |
| 3 | Responsabilité = financement | ❌ | Écart fiscal (fiscal gap) classique : le VDAB est financé par des moyens flamands (qui proviennent en grande partie de dotations fédérales), mais les allocations de chômage sont payées au niveau fédéral (ONEM). Qui active ne supporte pas le coût de la non-activation. Et inversement : l'autorité fédérale paie les allocations, mais n'a aucune prise sur l'activation. |
| 4 | Simplicité | ❌ | 4 services de placement pour 11,5 millions d'habitants. 4 banques d'offres d'emploi. 4 systèmes IT. 4 jeux de règles. Un demandeur d'emploi qui déménage de Bruxelles vers la Flandre doit se réinscrire auprès d'un service complètement différent. Un employeur situé dans la zone de la frontière linguistique doit travailler avec plusieurs services. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | Le VDAB lui-même (6,5 millions d'habitants en Flandre) a une taille suffisante. Mais Actiris (1,2 million) et surtout l'ADG (±78.000) sont trop petits pour un placement professionnel et technologiquement avancé. Les économies d'échelle d'un système national unique ne sont pas exploitées. |
| 6 | Compétences concurrentes | ⚠️ | En théorie, les quatre services pourraient se concurrencer et innover. Le VDAB le fait d'ailleurs (matching par IA, conseil d'éthique). Mais cette « concurrence » ne mène pas à une convergence vers les meilleures pratiques. Elle mène à un fonctionnement en îlots. Aucun mécanisme ne reprend les innovations réussies. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Cour des comptes (2021) : pas d'analyse coût-efficacité des parcours sous-traités. 100+ M€/an vers les CPAS sans garantie de résultat. Le VDAB mesure bien les chiffres de sortie, mais il ne les compare pas systématiquement avec le Forem et Actiris, ce qui rend tout benchmarking impossible. |
| 8 | Numérique d'abord | ✅ | Le VDAB est un leader européen : matching par IA (Jobnet), Jobbereik, Kans op Werk, Talent API. Conseil d'éthique pour l'IA. >1 million d'utilisateurs des outils IA. Plateforme en ligne comme canal principal. C'est le principe le mieux coté. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | Aucun pays comparable n'organise le placement en 4 services séparés pour 11,5 millions d'habitants. Les Pays-Bas (UWV), l'Allemagne (BA), le Danemark (STAR + Jobcenter), la Suisse (RAV/ORP sous cadre fédéral) : partout un seul cadre national avec exécution locale. La Belgique est l'exception, pas la norme. |
Synthèse : 1 ✅, 4 ⚠️, 4 ❌. Les gains les plus importants se situent au niveau de la simplicité (un cadre au lieu de quatre services), de la responsabilité = financement (qui active doit aussi porter les conséquences financières) et de l'orientation résultats (KPI comparables, benchmarking, financement aux résultats).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé le VDAB devient le bras exécutif de l'entité fédérée au sein d'un nouveau cadre national pour le placement.
3B. Proposition concrète
Qu'est-ce qui change ?
Un seul cadre fédéral, quatre exécutions par entité fédérée (voir la réforme de l'ONEM)
- Une seule loi belge sur le travail, fixant des normes minimales pour l'activation, les délais, les sanctions, les services numériques et la mesure des résultats
- Les quatre entités fédérées (Flandre, Wallonie, Bruxelles, Ostbelgien) exécutent dans ce cadre. Comparable au modèle allemand des Jobcenter (Bundesagentur + Jobcenter)
- Crucial : cette loi-cadre fonctionne de pair avec la réforme de l'ONEM. Le VDAB devient le Jobcenter de l'entité fédérée, qui intègre trois fonctions : (a) l'allocation de chômage et son paiement, (b) l'activation et l'accompagnement, (c) le placement. Le tout sous un même toit, sur le modèle allemand. L'ONEM comme institution fédérale est supprimé ; ses missions d'octroi et de paiement passent aux Jobcenters des entités fédérées (VDAB, Forem, Actiris, ADG), tandis que la coordination fédérale s'opère via la plateforme centralisée.
- De la place pour l'innovation des entités fédérées (compétences concurrentes), mais dans des standards partagés
Une seule plateforme d'offres d'emploi pour toute la Belgique
- Une seule banque d'offres d'emploi intégrée (bâtie sur la technologie IA du VDAB comme base)
- Chaque demandeur d'emploi voit toutes les offres d'emploi dans toute la Belgique, quelle que soit la région linguistique
- Traduction automatique des textes d'offres d'emploi (IA)
- Un seul profil de demandeur d'emploi qui suit en cas de déménagement d'une Région à l'autre
Alignement fiscal : qui active supporte les coûts (voir la réforme de l'ONEM)
- L'entité fédérée responsable de l'activation supporte aussi (en partie) les conséquences financières de la non-activation
- Système de bonus-malus : les entités fédérées qui obtiennent de meilleurs résultats en sortie vers l'emploi reçoivent un avantage financier
- Cela comble l'écart fiscal classique : puisque le Jobcenter de l'entité fédérée (VDAB, Forem, etc.) paie désormais les allocations et exécute l'activation, l'incitant pervers disparaît, celui où l'ONEM fédéral payait les allocations tandis que les Régions étaient moins actives (sans conséquences financières). Désormais : qui n'active pas voit son propre budget, celui de l'entité fédérée, supporter les allocations. C'est l'idée centrale du modèle allemand des Jobcenter.
Benchmarking obligatoire et financement aux résultats
- Des KPI comparables pour les quatre services (taux de sortie, délai vers l'emploi, coût par parcours, satisfaction des usagers)
- Publication comparative annuelle par le CPB belge (Bureau du Plan renforcé)
- Une partie du financement liée aux résultats
Obligation de mobilité interrégionale
- Les demandeurs d'emploi au chômage depuis plus de 6 mois se voient automatiquement proposer aussi des offres d'emploi dans d'autres entités fédérées
- Des cours de langue comme partie intégrante du parcours d'activation
- Des stages et des périodes d'essai transfrontaliers facilités
Modèle de référence international : l'Allemagne (SGB III. Bundesagentur + Jobcenter avec octroi, paiement et activation intégrés), combinée à des éléments de la flexicurité danoise (activation intensive, investissement élevé dans la formation, mesure des résultats robuste). Ce modèle s'articule avec la réforme de l'ONEM, dans laquelle la fonction fédérale d'octroi des allocations glisse vers les entités fédérées.
Gain d'efficience estimé :
- Une seule plateforme IT au lieu de quatre : économies sur le développement, la maintenance et les licences (±15 à 25 M€/an)
- Économies d'échelle sur la formation et les achats : ±10 à 20 M€/an
- Un meilleur matching grâce à une offre plus large : difficile à quantifier, mais potentiellement énorme (chaque mois gagné vers l'emploi = moins de coûts d'allocations)
- Total structurel : 30 à 50 M€/an d'économies directes estimées, plus des économies indirectes grâce à une activation plus rapide
Trajet de mise en œuvre :
- Année 1-2 : loi-cadre fédérale + construction de la plateforme d'offres d'emploi intégrée
- Année 2-3 : harmonisation des KPI, démarrage du benchmarking, conception du système de bonus-malus
- Année 3-5 : plateforme intégrée pleinement opérationnelle, financement aux résultats actif
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
VDAB (placement) : réformé Une seule plateforme nationale du marché du travail avec une exécution par entité fédérée, pour que chaque demandeur d'emploi en Belgique voie toutes les offres et que chaque employeur atteigne tous les candidats. Au lieu de quatre îlots séparés.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
La Belgique a quatre services de placement complètement séparés : le VDAB pour la Flandre (±4.761 collaborateurs, ±900 millions d'euros de budget), le Forem pour la Wallonie, Actiris pour Bruxelles (±700 millions d'euros de budget) et l'Arbeitsamt (ADG) pour la Communauté germanophone. Chacun a sa propre banque d'offres d'emploi, son propre système IT, ses propres centres de formation et sa propre logique politique. Le VDAB a été créé par le décret du 7 mai 2004 comme agence autonomisée externe de l'autorité flamande.
Ce qui ne va pas
Le problème fondamental est le morcellement. Quatre services pour 11,5 millions d'habitants. Cela n'existe nulle part ailleurs en Europe comparable. Un demandeur d'emploi à Bruxelles-ville (taux de chômage de 11,5 %) ne voit pas automatiquement les milliers d'offres ouvertes dans le Brabant flamand (où les employeurs cherchent désespérément du personnel). Un employeur de la périphérie bruxelloise doit parfois frapper à la porte de trois services.
En 2021, la Cour des comptes a conclu que la politique de sous-traitance du VDAB était un « bazar » : des collaborations juridiquement irrégulières, pas d'analyse coût-efficacité, des subsides non conformes à la loi. Le VDAB verse chaque année plus de 100 millions d'euros aux CPAS pour des parcours d'activation sans garantie structurelle de résultat.
Pendant ce temps, chaque service investit séparément dans la technologie. Le VDAB a construit un matching par IA impressionnant (plus d'un million d'utilisateurs), mais cette technologie s'arrête à la frontière linguistique. Le Forem et Actiris construisent leurs propres systèmes. C'est comme si chaque province construisait son propre Google.
L'OCDE relève que la coordination entre les services de placement belges est faible comparée aux pays scandinaves et à l'Allemagne. Et l'écart fiscal (fiscal gap) est toxique : l'ONEM fédéral paie les allocations de chômage, mais ce sont les Régions qui sont responsables de l'activation. Qui active ne supporte pas le coût de la non-activation. Qui paie ne peut pas activer.
Ce problème est résolu structurellement par la réforme de l'ONEM : les allocations de chômage et leur paiement glissent de l'ONEM fédéral vers les Jobcenters des entités fédérées (dont le VDAB fait partie). Chaque entité fédérée porte ainsi la responsabilité financière autant que la responsabilité politique. Ce que l'Allemagne démontre : c'est là l'incitant correct pour une activation effective.
Comment cela fonctionne ailleurs
Les Pays-Bas ont un seul UWV pour 17,5 millions d'habitants. L'Allemagne a une seule Bundesagentur für Arbeit avec des Jobcenter locaux pour 84 millions d'habitants. Le Danemark a un seul cadre national (STAR) avec 98 Jobcenter communaux pour 5,9 millions d'habitants. Et il consacre, en pourcentage du PIB, quatre fois plus que le pays moyen de l'OCDE aux politiques actives du marché du travail. Résultat : les travailleurs danois qui perdent leur emploi en retrouvent un plus vite que presque tous les autres travailleurs du monde.
Le modèle allemand est particulièrement pertinent : un cadre fédéral (Sozialgesetzbuch III) avec une exécution locale par les Jobcenter (partenariat fédéral + commune). Une seule banque d'offres d'emploi, un seul système IT, un seul jeu de règles. Mais avec une flexibilité locale dans l'exécution.
Ce que HART propose (voir aussi : réforme de l'ONEM)
Une seule loi-cadre fédérale pour le placement, avec des normes minimales pour l'activation, les délais, les sanctions et les services numériques. Les quatre entités fédérées exécutent dans ce cadre. Le VDAB évolue vers un Jobcenter d'entité fédérée qui ne fait pas que du placement, mais qui gère et paie aussi les allocations de chômage, sur le modèle allemand. Cela intègre trois fonctions sous un même toit : l'octroi, le paiement et l'activation ou l'accompagnement.
Cela va de pair avec la réforme de l'ONEM : l'ONEM fédéral est supprimé. Ses missions (octroi, paiement) passent aux Jobcenters des entités fédérées (VDAB, Forem, Actiris, ADG). La coordination fédérale s'opère via la plateforme numérique intégrée (construite sur l'IA du VDAB). Résultat : chaque entité fédérée a l'entière responsabilité et l'incitant complet pour activer. Car c'est elle qui paie désormais les allocations si l'activation échoue.
Concrètement :
- Une seule plateforme d'offres d'emploi intégrée pour toute la Belgique, construite sur la technologie IA que le VDAB a déjà développée. Chaque demandeur d'emploi voit toutes les offres, avec traduction automatique. La plateforme est nationale, l'exécution appartient aux entités fédérées (via les Jobcenters).
- Un seul profil de demandeur d'emploi qui suit en cas de déménagement. Plus de réinscription à chaque frontière régionale.
- Un système de bonus-malus : les entités fédérées qui obtiennent de meilleurs résultats en sortie vers l'emploi reçoivent un avantage financier. Cela comble l'écart fiscal classique par le couplage avec la réforme de l'ONEM : c'est désormais l'entité fédérée qui paie elle-même les allocations, elle a donc l'incitant complet.
- Un benchmarking obligatoire : des KPI comparables pour tous les services, publiés chaque année. Transparence sur ce qui marche et ce qui ne marche pas.
- Après 6 mois de chômage : automatiquement des offres d'emploi de toutes les entités fédérées, avec des cours de langue intégrés au parcours.
- Les Jobcenters des entités fédérées (VDAB, Forem, Actiris, ADG) combinent désormais le placement, l'activation et l'octroi et le paiement des allocations de chômage. De sorte qu'aucune entité fédérée ne puisse dire « ce n'est pas ma responsabilité ».
Ce que cela rapporte
Des économies directes estimées à 30 à 50 millions d'euros par an grâce à une seule plateforme IT, à une formation partagée et à des économies d'échelle. Mais le vrai gain est dans un meilleur matching : chaque mois gagné pour remettre un demandeur d'emploi au travail économise ±1.500 € d'allocations à l'autorité fédérale. Si la plateforme intégrée aide seulement 10.000 personnes par an à trouver un emploi un mois plus tôt, cela représente 15 millions d'euros d'économies supplémentaires. En plus du gain d'efficience structurel.
Et surtout : un marché du travail qui fonctionne comme un tout, où les talents et les offres d'emploi se rencontrent quelle que soit la frontière linguistique. Ce n'est ni de gauche ni de droite. C'est du bon sens.
Phase 5 : sources
Métadonnées
- Ligne : VDAB (placement)
- Catégorie : Entité fédérée flamande. Compétences régionales
- Score des principes : 1 ✅ · 4 ⚠️ · 4 ❌
- Classification : 🟠 Réformé
- Modèle de référence : Allemagne (BA + Jobcenter) + Danemark (flexicurité)
- Économie estimée : 30 à 50 M€/an structurels + économies indirectes grâce à un meilleur matching