Droit sanctionnel de la jeunesse : audit
Date : 2026-03-30 Catégorie : Entité fédérée flamande. Compétences communautaires Statut proposé : 🟠 Réformé
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Le droit sanctionnel de la jeunesse (officiellement : le droit de la délinquance juvénile) est la compétence qui détermine la manière dont les pouvoirs publics réagissent aux faits punissables commis par des mineurs (12-18 ans). Il s'agit de l'ensemble du parcours : de la première réaction du parquet de la jeunesse, en passant par les mesures du juge de la jeunesse, jusqu'à l'exécution en institution communautaire ou via un accompagnement ambulatoire.
Base juridique :
- Loi spéciale du 6 janvier 2014 (sixième réforme de l'État) : transfert du droit sanctionnel de la jeunesse du fédéral vers les Communautés
- Décret flamand du 15 février 2019 relatif au droit de la délinquance juvénile (entrée en vigueur : 1er septembre 2019)
- Arrêtés d'exécution du Gouvernement flamand (2019-2025)
Historique : Jusqu'en 2014, le droit sanctionnel de la jeunesse était une compétence fédérale, réglée par la loi de 1965 sur la protection de la jeunesse. Avec la sixième réforme de l'État, cette compétence a été transférée aux Communautés, à l'exception de Bruxelles, où la COCOM est devenue compétente. La Flandre a été la première Communauté à adopter son propre décret (2019). La Communauté française (FWB) conserve son propre système via les institutions IPPJ et l'Aide à la Jeunesse.
Niveau de pouvoir : Communauté flamande (depuis 2014)
Agence d'exécution :
- Jusqu'au 31 décembre 2025 : Agentschap Opgroeien (ex-Kind en Gezin)
- À partir du 1er janvier 2026 : Agentschap Justitie en Handhaving (agence flamande de la justice et de l'application des règles), transfert en vertu du décret du 19 décembre 2025
Institutions communautaires (342 places au total) :
- De Grubbe (Everberg/Kortenberg) : 90 places. Centre d'orientation, mixte
- De Zande (Ruiselede/Beernem/Wingene) : 141 places. Accompagnement en milieu fermé, mixte + garçons
- De Kempen (Mol) : capacité d'accompagnement en milieu fermé
S'y ajoutent : le Vlaams Detentiecentrum (centre de détention flamand, pour un accompagnement de longue durée en milieu fermé de 2 à 7 ans) et, depuis juin 2024, un projet pilote de surveillance électronique à Anvers.
Budget : l'agence Opgroeien disposait d'un budget total d'environ 5,5 milliards d'euros (2024), dont la branche délinquance juvénile (institutions communautaires, services HCA, surveillance électronique) constitue une part plus petite mais croissante. Un montant spécifique de 13,2 millions d'euros supplémentaires a été prévu au budget 2025 pour Opgroeien, en partie pour l'extension de capacité.
1B. Que fait-il en pratique ?
Le système flamand fonctionne en trois phases :
Parquet de la jeunesse (entrées) : en 2024, 39.074 procès-verbaux pour des délits commis par des jeunes ont été signalés aux parquets de la jeunesse flamands (baisse de 1,7 % par rapport à 2023). Le parquet décide du classement sans suite, du renvoi vers un traitement restaurateur (HCA) ou de la saisine du juge de la jeunesse.
Traitement restaurateur et constructif (HCA) : 5.890 signalements en 2024 (baisse de 3,3 %). Comprend la prestation d'intérêt général, la médiation réparatrice, la concertation restauratrice en groupe (hergo), les projets d'apprentissage et les projets positifs. 73 % des renvois viennent du parquet de la jeunesse, 27 % du juge ou du tribunal de la jeunesse.
Tribunal de la jeunesse et sanctions : 1.787 nouvelles saisines en 2024 (hausse de 5,4 %). 2.630 jeunes avec un dossier en cours (hausse de 7,5 %). Les sanctions vont de l'accompagnement ambulatoire au placement en milieu fermé dans une institution communautaire.
Institutions communautaires : 2.017 admissions en 2024 (hausse de 12 % par rapport à 2023). Délits les plus fréquents : trafic de drogue (24,9 %), vol avec violence (16,8 %), coups et blessures volontaires (14,4 %). Fait marquant : plus de 100 enfants de douze et treize ans ont atterri en 2023 dans une institution fermée.
Surveillance électronique (pilote) : depuis juin 2024 à Anvers, 28 mineurs ont reçu un bracelet électronique pour 3 à 6 mois, principalement pour du trafic de drogue et des faits de violence.
Chevauchements et morcellement :
- Le parquet de la jeunesse et le tribunal de la jeunesse sont des structures fédérales (SPF Justice), mais appliquent une réglementation flamande → tension structurelle
- La police (fédérale/locale) rédige les PV, mais le suivi est flamand
- À Bruxelles s'applique un autre régime (COCOM), de sorte qu'un jeune flamand se trouvant à Bruxelles peut relever d'un autre système
- La FWB a un système totalement différent, avec 6 institutions IPPJ et une approche orientée vers l'aide
Indicateurs de performance : l'agence Opgroeien publie chaque année des chiffres sur les entrées, le recours au HCA, les placements en institution communautaire et les délais de traitement. Il n'existe toutefois aucune mesure systématique des résultats (récidive, réinsertion, formation après la sanction).
Critiques et évaluation :
- Le Kinderrechtencommissariaat (commissariat flamand aux droits de l'enfant) juge qu'« il n'existe aucune preuve que le nombre de délits commis par des jeunes augmente de manière significative » et que des mesures plus sévères ne reposent sur aucun fondement scientifique
- Manque de capacité structurel : les jeunes restent de plusieurs mois à plusieurs années sur les listes d'attente de l'aide à la jeunesse
- Mélange de jeunes VOS (situation préoccupante) et de jeunes MOF (fait qualifié infraction) dans les mêmes institutions. Séparés seulement depuis peu
- Le transfert vers l'Agentschap Justitie en Handhaving soulève des questions sur le maintien de l'approche pédagogique et restauratrice
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas. Droit pénal des adolescents (depuis 2014) :
- Un seul système fédéral, pas de morcellement entre communautés
- Limite d'âge flexible : le droit pénal de la jeunesse est applicable de 12 à 23 ans (les jeunes adultes jusqu'à 22 ans peuvent recevoir des sanctions pour mineurs)
- Suivi semestriel de la récidive par le WODC (Wetenschappelijk Onderzoek- en Datacentrum, centre néerlandais de recherche et de données scientifiques)
- Combinaison de la peine et de la prise en charge dans un seul parcours
- Un seul organisme d'exécution : la DJI (Dienst Justitiële Inrichtingen, service néerlandais des établissements pénitentiaires) : pas de chevauchement entre régions
Allemagne. Jugendgerichtsgesetz (JGG) :
- Loi-cadre fédérale, application uniforme dans les 16 Länder
- Limite d'âge de 14 à 21 ans, avec une application flexible pour les 18-20 ans
- Principe central : l'Erziehungsgedanke (l'idée éducative) : pas de punition mais de l'éducation
- Jugendgerichtshilfe : coopération obligatoire entre la justice et l'aide à la jeunesse dans chaque affaire
- Diversion (traitement extrajudiciaire) dans plus de 70 % des cas
- Résultat : l'Allemagne affiche l'un des taux de récidive juvénile les plus bas d'Europe
Danemark. Ungdomskriminalitetsnævnet (depuis 2019) :
- Rupture radicale avec le modèle scandinave d'aide sociale
- Youth Crime Board : un triangle juge + police + commune décide ensemble de l'intervention
- Limite d'âge abaissée à 10 ans (pour des mesures préventives, pas pour des poursuites pénales)
- La rapidité comme principe central : un plan dans les 4 jours qui suivent le renvoi
- Critique : les organisations de défense des droits humains jugent l'approche trop punitive pour les enfants de moins de 15 ans
Suède. Socialtjänstlagen (modèle d'aide sociale) :
- Pas de droit pénal de la jeunesse distinct. Tout passe par le service social (socialtjänsten)
- Responsabilité pénale seulement à partir de 15 ans
- LVU (Care of Young Persons Act) pour le placement forcé via la commune
- SiS (Statens institutionsstyrelse) gère les institutions fermées de manière centralisée au niveau national
- Récidive élevée pour les délits graves → la Suède réforme vers davantage d'intervention judiciaire
Synthèse internationale :
- Les Pays-Bas et l'Allemagne ont un seul cadre national, sans morcellement par région
- Tous les pays de référence ont des limites d'âge flexibles (les jeunes adultes sont inclus)
- L'Allemagne et les Pays-Bas mesurent systématiquement la récidive, la Belgique et la Flandre non
- Aucun pays de référence ne connaît la situation où la justice est fédérale mais le droit sanctionnel régional
1D. Problèmes et critiques
Tension structurelle fédéral/flamand : le tribunal de la jeunesse et le parquet de la jeunesse sont des institutions fédérales qui appliquent une législation flamande. Cela entraîne des problèmes de communication, des systèmes informatiques différents et des responsabilités floues.
Manque de capacité des institutions communautaires : 342 places pour toute la Flandre face à 2.017 admissions en 2024. Des jeunes sont parfois placés dans des cellules de police faute de place (41 cas durant la période examinée par la Cour des comptes).
Pas de mesure de la récidive : des chiffres sont tenus sur les entrées et les placements, mais il n'existe pas de données systématiques sur la récidive. Impossible d'évaluer si le système fonctionne.
Listes d'attente dans l'aide à la jeunesse : enfants et jeunes attendent de plusieurs mois à plusieurs années une aide psychologique, une aide en matière de drogues et un enseignement. Les briques essentielles de la réinsertion.
Quatre systèmes différents dans un seul pays : la Flandre (décret de 2019), la FWB (système IPPJ), la Communauté germanophone (régime propre), Bruxelles (COCOM). Un jeune qui franchit une frontière relève d'un autre régime.
Transfert vers Justitie en Handhaving : depuis le 1er janvier 2026, les institutions communautaires relèvent de l'Agentschap Justitie en Handhaving et non plus d'Opgroeien. Le Kinderrechtencommissariaat craint que l'approche pédagogique et restauratrice ne se dilue.
Rajeunissement de la population : plus de 100 enfants de douze et treize ans en institution fermée en 2023. La question est de savoir si le système est adapté à ce public très jeune.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | Le transfert aux Communautés (2014) était conforme à la subsidiarité. Mais les structures judiciaires fédérales (parquet de la jeunesse, tribunal de la jeunesse) qui appliquent une législation flamande créent une situation hybride. La compétence ne se situe pas entièrement à un seul niveau. |
| 2 | Transparence | ❌ | Le citoyen peut à peine voir qui est responsable. Est-ce le ministre flamand du Bien-être ? Le ministre fédéral de la Justice ? L'agence Opgroeien ou Justitie en Handhaving ? Le juge de la jeunesse ? La répartition complexe rend la reddition de comptes opaque. |
| 3 | Responsabilité = financement | ❌ | Fiscal gap classique : la Flandre décide du droit sanctionnel, mais les tribunaux et les parquets de la jeunesse sont financés au niveau fédéral. La police (fédérale/locale) rédige les PV. Trois flux de financement pour un seul parcours. |
| 4 | Simplicité | ❌ | Quatre systèmes différents dans un seul pays. Au sein de la Flandre : transfert d'Opgroeien vers Justitie en Handhaving. Une justice fédérale exécute une loi flamande. Inexplicable à un jeune de 16 ans. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | 342 places en institutions communautaires pour toute la Flandre reste en soi une échelle gérable. Mais le morcellement entre quatre communautés (Flandre, FWB, Communauté germanophone, Bruxelles) fait qu'aucune région n'atteint la masse critique nécessaire à la spécialisation (p. ex. la psychiatrie médicolégale pour les jeunes). |
| 6 | Compétences concurrentes | ⚠️ | En théorie, le système actuel laisse de la place à l'innovation régionale. La Flandre a choisi davantage de responsabilité, la FWB davantage d'aide sociale. Mais aucun cadre fédéral ne fixe de normes minimales, de sorte qu'un jeune en Wallonie est traité de manière fondamentalement différente qu'en Flandre. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Pas de mesure systématique de la récidive. Pas d'indicateurs de résultats pour la réinsertion, la formation ou la mise à l'emploi après la sanction. Uniquement des chiffres d'entrée et de flux (nombre de PV, placements). Fondamentalement impossible d'évaluer si la politique fonctionne. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | Des systèmes informatiques différents entre la justice fédérale et les agences flamandes. Pas de dossier intégré qui suive tout le parcours, du PV à la réinsertion. Le principe once only est violé : les jeunes et les familles doivent raconter leur histoire plusieurs fois. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ⚠️ | Le décret flamand combine des éléments du modèle néerlandais (justice restauratrice) et du modèle allemand (idée éducative). Mais il lui manque la limite d'âge flexible (Pays-Bas), la mesure obligatoire de la récidive (Pays-Bas et Allemagne) et la simplicité d'un cadre national unique. |
Synthèse : 4× ❌, 5× ⚠️, 0× ✅. Les gains les plus importants se situent au niveau de la transparence (qui est responsable ?), de la responsabilité = financement (trois flux d'argent, un seul parcours) et de l'orientation résultats (pas de mesure de la récidive).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé le droit sanctionnel de la jeunesse reste une compétence des entités fédérées, mais il est organisé de manière fondamentalement différente : avec un cadre minimal fédéral, une mesure obligatoire de la récidive, des limites d'âge flexibles et un dossier numérique intégré.
3B. Proposition concrète
1. Cadre minimal fédéral + mise en œuvre par les entités fédérées (modèle allemand)
- Une loi-cadre fédérale fixe des normes minimales : limites d'âge, peines maximales, droits du mineur, mesure obligatoire de la récidive
- Les entités fédérées complètent : type de sanctions, modalités d'exécution, équilibre entre réparation et sécurisation
- Cela évite qu'un jeune à Anvers soit traité de manière fondamentalement différente qu'à Liège
2. Limite d'âge flexible de 12 à 23 ans (modèle néerlandais)
- Droit sanctionnel de la jeunesse applicable jusqu'à 23 ans pour les jeunes adultes (aujourd'hui : rupture brutale à 18 ans)
- Le juge de la jeunesse peut prolonger le parcours jeunesse si le développement du jeune le justifie
- Évite l'effet « cliff edge » à 18 ans, où tout accompagnement disparaît
3. Mesure obligatoire de la récidive et indicateurs de résultats
- Sur le modèle néerlandais du WODC : un moniteur semestriel de la récidive
- KPI : récidive après 1/2/5 ans, niveau de formation à la sortie, mise à l'emploi après 1 an
- Évaluation indépendante par le Bureau du Plan ou par un institut de recherche indépendant
4. Dossier de parcours numérique intégré
- Un seul dossier, du PV à la réinsertion, accessible à tous les acteurs concernés
- S'appuyer sur l'architecture BCSS/eHealth
- Once only : le jeune et sa famille racontent leur histoire une seule fois
5. Extension de capacité et spécialisation
- Extension des institutions communautaires d'au moins 100 places
- Investissement dans la psychiatrie médicolégale pour la jeunesse (aujourd'hui quasi inexistante)
- Des unités de petite taille, spécialisées par type de délit (drogues, violence, mœurs)
6. Le tribunal de la jeunesse comme compétence des entités fédérées
- À terme : transférer le tribunal de la jeunesse et le parquet de la jeunesse aux entités fédérées
- Fin de la tension structurelle : qui fait la loi organise aussi le tribunal
- Référence : l'Allemagne, où les Jugendgerichte relèvent des Länder
Gain d'efficience estimé :
- Un seul dossier de parcours numérique : économie sur les frais de structure administratifs (estimation : 5 à 10 M€/an)
- La mesure de la récidive rend possible une politique fondée sur les preuves : des interventions plus ciblées, moins de placements en milieu fermé inutiles
- Diminution du nombre de « jeunes de la porte tournante » grâce à la limite d'âge flexible : moins d'entrées dans le droit pénal des adultes
Trajet de mise en œuvre :
- Années 1-2 : élaborer le cadre minimal fédéral, lancer la mesure de la récidive, concevoir le dossier de parcours numérique
- Années 3-4 : introduire la limite d'âge flexible, étendre la capacité des institutions communautaires
- Années 5-7 : transfert du tribunal de la jeunesse aux entités fédérées (nécessite une révision de la Constitution)
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
Droit sanctionnel de la jeunesse. Réformé La Belgique a quatre systèmes différents pour réagir aux jeunes qui commettent des délits. Des juges fédéraux appliquent des lois régionales, personne ne mesure si cela fonctionne, et à 18 ans tout accompagnement disparaît. HART en fait un seul système logique : un cadre minimal fédéral avec une mise en œuvre par les entités fédérées, une mesure obligatoire de la récidive et un accompagnement qui ne s'arrête pas à un anniversaire.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Depuis la sixième réforme de l'État (2014), le droit sanctionnel de la jeunesse est une compétence communautaire. La Flandre a adopté son propre décret en 2019. Il existe trois institutions communautaires (De Grubbe, De Zande, De Kempen) totalisant 342 places. En 2024, 39.074 procès-verbaux ont été signalés pour des délits commis par des jeunes, dont 2.017 ont mené à un placement en institution fermée. Une hausse de 12 % en un an. Depuis le 1er janvier 2026, les institutions communautaires relèvent de l'Agentschap Justitie en Handhaving et non plus d'Opgroeien.
La Communauté française, la Communauté germanophone et Bruxelles (COCOM) ont chacune leur propre système. Un jeune qui commet un fait à Anvers est traité de manière fondamentalement différente d'un jeune à Liège. Alors qu'il s'agit du même fait punissable.
Ce qui ne va pas
Le problème central est un triple morcellement :
Premièrement : quatre systèmes dans un seul pays. La Flandre mise sur davantage de responsabilité et de sanctions, la Communauté française sur une approche d'aide sociale via les institutions IPPJ. Il n'existe pas de normes minimales communes. Les droits d'un mineur suspect varient selon le côté de la frontière linguistique.
Deuxièmement : une justice fédérale exécute une législation régionale. Le tribunal de la jeunesse et le parquet de la jeunesse sont des structures fédérales, mais appliquent la réglementation flamande (ou francophone). Cela entraîne des problèmes de communication, des systèmes informatiques différents et une ligne de responsabilité opaque. Qui est responsable quand cela tourne mal : le ministre flamand ou le ministre fédéral ?
Troisièmement : personne ne mesure si cela fonctionne. Il existe des chiffres sur le nombre de jeunes placés, mais pas de mesure systématique de la récidive. Les Pays-Bas publient un moniteur de la récidive tous les six mois. La Flandre ne sait littéralement pas si son droit sanctionnel de la jeunesse fait baisser ou augmenter la récidive. Le Kinderrechtencommissariaat constate qu'« il n'existe aucune preuve que le nombre de délits commis par des jeunes augmente de manière significative », et pourtant les sanctions sont durcies.
En plus de cela : un manque de capacité (des jeunes atterrissent dans des cellules de police faute de place), des listes d'attente pour l'aide à la jeunesse (de plusieurs mois à plusieurs années) et une rupture brutale à 18 ans, après laquelle tout accompagnement disparaît.
Comment cela fonctionne ailleurs
Les Pays-Bas appliquent depuis 2014 le droit pénal des adolescents : un seul système national avec une limite d'âge flexible de 12 à 23 ans. Les jeunes adultes jusqu'à 22 ans peuvent recevoir des sanctions pour mineurs si leur développement le justifie. Le WODC mesure la récidive tous les six mois. Une seule organisation (DJI) exécute tout. Pas de morcellement entre régions.
L'Allemagne a une loi-cadre fédérale (Jugendgerichtsgesetz) qui s'applique uniformément dans les 16 Länder, mais avec de la place pour une mise en œuvre régionale. Le principe éducatif (Erziehungsgedanke) est central : ne pas punir, mais éduquer. Plus de 70 % des affaires sont traitées en dehors des tribunaux (diversion). Résultat : l'un des taux de récidive juvénile les plus bas d'Europe. Point important : les tribunaux de la jeunesse relèvent des Länder, pas de l'autorité fédérale.
Le Danemark a créé en 2019 un Youth Crime Board : un triangle composé d'un juge, de la police et de la commune, qui élabore un plan dans les 4 jours. Controversé (limite d'âge abaissée à 10 ans), mais la rapidité et l'approche intégrée méritent d'être étudiées.
Ce que HART propose
Un seul cadre minimal fédéral, sur le modèle allemand. Des normes minimales pour les limites d'âge, les droits du mineur, les sanctions maximales et la mesure obligatoire de la récidive. Les entités fédérées complètent ensuite avec leurs propres accents. La Flandre peut être plus stricte sur la responsabilité, la Wallonie peut mettre davantage l'accent sur l'aide sociale. Mais les droits fondamentaux d'un jeune sont partout les mêmes.
Limite d'âge flexible de 12 à 23 ans, sur le modèle néerlandais. La rupture brutale à 18 ans disparaît. Un juge de la jeunesse peut prolonger le parcours jeunesse pour les jeunes adultes jusqu'à 23 ans si leur développement le justifie. Cela évite l'effet cliff edge, où tout accompagnement disparaît le jour du 18e anniversaire et où le jeune bascule dans le droit pénal des adultes.
Mesure obligatoire de la récidive, sur le modèle WODC. Publication semestrielle des chiffres de récidive par type de sanction, par région et par catégorie de délit. Réalisée de manière indépendante par le Bureau du Plan renforcé (le CPB belge). Une politique qui ne fonctionne pas est adaptée. Pas durcie à l'instinct.
Dossier de parcours numérique intégré. Un seul dossier, du premier PV à la réinsertion, accessible à la police, au parquet, au juge de la jeunesse, à l'institution communautaire et à l'accompagnateur du suivi après sanction. En s'appuyant sur l'architecture BCSS/eHealth. Le jeune et sa famille racontent leur histoire une seule fois.
Extension de capacité et spécialisation. Au moins 100 places supplémentaires dans les institutions communautaires. Investissement dans la psychiatrie médicolégale pour la jeunesse (aujourd'hui quasi inexistante). Des unités de petite taille, spécialisées par type de délit. Fin des cellules de police comme solution d'urgence.
À terme : le tribunal de la jeunesse comme compétence des entités fédérées. Qui fait la loi organise aussi le tribunal. Sur le modèle allemand : les Jugendgerichte relèvent des Länder. Cela nécessite une révision de la Constitution, mais met fin à la tension structurelle où des magistrats fédéraux appliquent une législation régionale.
Ce que cela rapporte
- Sécurité juridique : un jeune a partout en Belgique les mêmes droits fondamentaux, quelle que soit la frontière linguistique
- Politique fondée sur les preuves : la mesure de la récidive permet d'investir dans ce qui fonctionne et d'arrêter ce qui ne fonctionne pas
- Moins de jeunes de la porte tournante : la limite d'âge flexible évite que des jeunes adultes se retrouvent sans accompagnement dans le droit pénal des adultes
- Efficience : un seul dossier de parcours numérique remplace la mosaïque actuelle de systèmes informatiques fédéraux et flamands (économie estimée : 5 à 10 millions d'euros par an)
- Humanité : une extension de capacité pour qu'aucun enfant n'atterrisse plus dans une cellule de police faute de place
Phase 5 : sources
| Source | URL | Date | Utilisé pour |
|---|---|---|---|
| Decreet 15/02/2019 jeugddelinquentierecht | https://codex.vlaanderen.be/PrintDocument.ashx?id=1031620&geannoteerd=true | 2019 | Base juridique du décret flamand |
| Bijzondere wet 06/01/2014 zesde staatshervorming | https://etaamb.openjustice.be/nl/wet-van-06-januari-2014_n2014200341 | 2014 | Transfert de compétence |
| Agentschap Opgroeien. Cijfers jeugddelinquentie | https://www.opgroeien.be/kennis/cijfers-en-onderzoek/jeugddelinquentie | 2024 | Chiffres 2024 : PV, placements en institution communautaire, HCA |
| Opgroeien. Gemeenschapsinstellingen | https://www.opgroeien.be/aanbod/jeugddelinquentie/wie-doet-wat/gemeenschapsinstellingen | 2024 | Structure et capacité des institutions communautaires |
| Kinderrechtencommissariaat. Voorbarige wijziging decreet | https://www.kinderrechten.be/advies/voorbarige-wijziging-decreet-jeugddelinquentierecht-zet-kinderrechten-onder-druk | 2024 | Critique du durcissement, absence de preuves |
| Kinderrechtencommissariaat. Langdurige gesloten begeleiding | https://www.kinderrechten.be/advies/langdurige-gesloten-begeleiding-technische-oplossing-voor-ethische-keuze | 2023 | Objections à l'enfermement de longue durée de mineurs |
| Kinderrechtencommissariaat. Overheveling GI's | https://www.kinderrechten.be/sites/default/files/2025-09/Advies_2025_2026_02_Resolutie%20over%20de%20geplande%20overheveling%20van%20de%20gemeenschapsinstellingen.pdf | 2025 | Avis sur le transfert vers Justitie en Handhaving |
| Cour des comptes. Crisisjeugdhulp | https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/2018_10_Crisisjeugdhulp.pdf | 2018 | Analyse des demandes d'aide restées sans réponse, cellules de police |
| Orde van Vlaamse Balies. Overdracht GI's | https://www.ordevanvlaamsebalies.be/nl/nieuws-en-events/vlaams-detentiecentrum-en-gemeenschapsinstellingen-verhuizen-naar-agentschap-justitie-en-handhaving | 2025 | Confirmation du transfert au 01/01/2026 |
| Jaarstatistiek jeugdparketten 2023 | https://www.om-mp.be/sites/default/files/Jstat_2023_JEUGD_analysenota_NL_2024.06.12.pdf | 2024 | Chiffres des parquets de la jeunesse |
| VRT NWS. Jeugddelinquenten gesloten instellingen | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2024/12/05/ruim-1-100-minderjarigen-in-gesloten-instelling-opvallend-veel/ | 2024 | Hausse des placements, délits liés aux drogues |
| Opgroeien. 100+ twaalf/dertienjarigen in gesloten instelling | https://pers.opgroeien.be/meer-dan-100-twaalf-en-dertienjarigen-belandden-vorig-jaar-in-een-gesloten-instelling | 2024 | Rajeunissement de la population |
| WODC. Internationale vergelijking straffen jeugdigen | https://www.wodc.nl/actueel/nieuws/2021/02/02/internationale-vergelijking-straffen-voor-jeugdigen-die-ernstige-delicten-plegen-geeft-geen-aanleiding-tot-aanpassing | 2021 | Comparaison Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Suède, Danemark |
| Opgroeien. Vergelijking VL/NL jeugddelinquentierecht | https://www.opgroeien.be/sites/default/files/tool-documents/het-vlaamse-jeugddelinquentierecht-en-het-nederlandse-adolescentenstrafrecht.pdf | s.d. | Comparaison directe des systèmes flamand et néerlandais |
| Dünkel. Youth Justice in Germany (Oxford Handbooks) | https://rsf.uni-greifswald.de/storages/uni-greifswald/fakultaet/rsf/lehrstuehle/ls-duenkel/Veroeffentlichungen/Duenkel_-_Youth_Justice_in_Germany_-_Oxford_Handbooks_Online.pdf | s.d. | Droit pénal allemand de la jeunesse, Erziehungsgedanke, diversion > 70 % |
| Henriksen et al.. Youth Justice in Denmark (Sage) | https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/14732254241239016 | 2024 | Youth Crime Board danois, rupture avec le modèle d'aide sociale |
| EUCPN. Belgian Policy on Youth Crime | https://eucpn.org/document/belgian-policy-on-youth-crime | s.d. | Aperçu de la politique belge en matière de délinquance juvénile |
| KU Leuven. Jeugdsanctierecht in Europa | https://www.law.kuleuven.be/apps/jura/public/art/44n1/brouwers.pdf | s.d. | Comparaison européenne du dessaisissement |
| BelConLawBlog. Bevoegdheidsoverdrachten zesde staatshervorming | http://belconlawblog.com/2014/12/15/bevoegdheidsoverdrachten-zesde-staatshervorming/ | 2014 | Analyse du transfert de compétences |
| FWB. IPPJ instellingen | https://www.aidealajeunesse.cfwb.be/index.php?id=632 | s.d. | Système francophone, 6 IPPJ |