Gouvernement wallon : 7-9 ministres. Audit
Date : 2026-03-30 Statut : 🟠 Réformé Catégorie : entité fédérée wallonne. Gouvernement
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Le Gouvernement wallon (Waalse Regering) est le pouvoir exécutif de la Région wallonne. Il administre une région de ±3,65 millions d'habitants avec un budget total de ±22 milliards d'euros (2025).
Base juridique : la loi spéciale de réformes institutionnelles (LSRI) du 8 août 1980 et le règlement wallon. Le Gouvernement wallon est élu par le Parlement wallon (75 membres) après les élections régionales.
Composition actuelle (gouvernement Dolimont, 2024-2029) : Le gouvernement compte 8 ministres 5 du MR et 3 des Engagés :
- Adrien Dolimont (MR) : ministre-président, Budget, Finances, Recherche, Bien-être animal
- François Desquesnes (Les Engagés) : vice-président, Aménagement du territoire, Infrastructures, Mobilité, Pouvoirs locaux
- Pierre-Yves Jeholet (MR) : vice-président, Économie, Industrie, Numérisation, Emploi, Formation
- Yves Coppieters (Les Engagés) : Santé, Environnement, Solidarité, Économie sociale
- Jacqueline Galant (MR) : Fonction publique, Simplification administrative, Infrastructures sportives
- Valérie Lescrenier (MR) : Tourisme, Patrimoine, Accueil de la petite enfance
- Cécile Neven (MR) : Énergie, Climat, Logement, Aéroports
- Anne-Catherine Dalcq (Les Engagés) : Agriculture, Ruralité
Particularité. La double casquette : quatre des huit ministres wallons (Dolimont, Coppieters, Galant, Lescrenier) siègent aussi au Gouvernement de la Communauté française (FWB). C'est un phénomène typiquement belge francophone qui brouille la distinction entre Région et Communauté.
Budget et personnel :
- Budget wallon total 2025 : ±22 Mds € de dépenses, ±21,8 Mds € de recettes
- Déficit budgétaire : ±2,9 Mds € (structurel)
- Service public de Wallonie (SPW) : ±10.981 fonctionnaires (2024) répartis sur 8 directions générales
- Personnel de cabinet : en moyenne 50,5 ETP par cabinet. Nettement plus qu'en Flandre (30,2 ETP)
- Total des cabinets : ±385-426 ETP (selon la mesure), coût réel ±37 millions d'euros/an
- Dont ±56 % de fonctionnaires détachés de l'administration (coût caché : ±14,8 M€)
Contexte historique :
- Gouvernement précédent (Di Rupo IV, 2019-2024) : PS-MR-Ecolo, 8 ministres + 5 FWB = 13 au total
- Gouvernement actuel : MR-Les Engagés, 8 ministres wallons + 6 FWB = 10 personnes différentes (en raison des doubles casquettes)
- C'est la première fois depuis des décennies que le PS ne siège pas au gouvernement wallon
1B. Que fait-il en pratique ?
Compétences de la Région wallonne :
- Aménagement du territoire, urbanisme, politique foncière
- Environnement et politique de l'eau
- Logement
- Agriculture
- Économie et emploi
- Énergie (distribution + renouvelable)
- Mobilité et travaux publics
- Pouvoirs locaux et provinces
- Commerce extérieur
Chevauchements avec d'autres niveaux :
- Politique de santé : répartie entre le fédéral (INAMI), la Région wallonne (AVIQ) et la FWB (prévention)
- Marché du travail : fédéral (ONSS/ONEM) + wallon (Forem) + FWB (formation professionnelle)
- Enseignement : entièrement FWB, mais les cabinets wallons l'influencent via la double casquette
- Énergie : fédéral (CREG, nucléaire) + wallon (CWaPE, distribution, renouvelable)
- Recherche scientifique : fédéral (BELSPO) + FWB (FNRS) + wallon (politique d'innovation)
Indicateurs de performance : La Wallonie affiche structurellement de moins bons résultats que la Flandre sur pratiquement tous les indicateurs socio-économiques :
- PIB par habitant : ±32.200 € (Wallonie) contre ±45.200 € (Flandre)
- Chômage : ±10 % contre ±3,5 % (Flandre)
- Dette publique : plus de 200 % des recettes propres (2023)
- Le déficit budgétaire ne sera pas résorbé d'ici 2029 ; l'équilibre n'est prévu que pour 2034
Audit de la Cour des comptes (2021-2023) :
- Le coût réel des cabinets wallons s'élevait à ±37 millions d'euros en 2021, dont 33,9 millions d'euros de frais de personnel
- 56 % du personnel de cabinet était constitué de fonctionnaires détachés. Un coût caché de ±14,8 millions d'euros qui n'apparaît nulle part dans le budget
- La Cour des comptes a explicitement demandé « des documents budgétaires plus détaillés afin d'informer le Parlement de manière complète et correcte »
- Le personnel de cabinet a augmenté de 8 % entre 2018 (335 ETP) et 2021 (385 ETP), malgré les promesses de réduction
1C. Comparaison internationale
Les Pays-Bas. Pas de gouvernements régionaux avec des ministres Les Pays-Bas comptent 12 provinces, chacune administrée par des Gedeputeerde Staten de 3 à 7 membres (les gedeputeerden), plus le commissaire du Roi. Pas de cabinets ministériels, pas de nominations politiques au niveau provincial. Ce sont les fonctionnaires qui font le travail de fond. La province de Zuid-Holland (3,7 millions d'habitants, comparable à la Wallonie) fonctionne avec ±4-5 gedeputeerden et un appareil administratif professionnel sans cabinets.
L'Allemagne. La Rhénanie-du-Nord-Westphalie comme référence La NRW (18 millions d'habitants, ±5 fois la Wallonie) a un Landesregierung de 11 ministères. Les ministres disposent d'un staff personnel très limité (1 à 2 conseillers politiques). Le travail de fond est réalisé par une fonction publique professionnelle et non partisane. Pas de système de cabinets comme en Belgique.
Le Danemark. 5 régions, pas de ministres Les 5 régions danoises (±1,2 million d'habitants en moyenne) sont administrées par un conseil régional avec un président. Pas de ministres régionaux, pas de cabinets. Une administration professionnelle.
La Suède. 21 régions, pas de ministres Comparable au Danemark : un conseil régional élu, une administration professionnelle, pas de cabinets ministériels.
La Suisse. Les cantons Les cantons (d'une échelle comparable à la Wallonie) sont administrés par un Regierungsrat de 5 à 7 membres, sans système de cabinets étendu. Système de milice : les responsables politiques exercent en partie une activité à côté de leur mandat.
Synthèse : la Belgique. Et la Wallonie en particulier. Est une anomalie à l'échelle internationale avec son système de grands cabinets ministériels. Dans presque tous les pays comparables, le travail de fond est réalisé par une fonction publique professionnelle et indépendante, et non par du personnel de cabinet nommé politiquement.
1D. Problèmes et critiques
La culture des cabinets : le système des cabinets mine l'indépendance de l'administration. Le SPW est de fait piloté par les cabinets, pas par les hauts fonctionnaires. Cela conduit à des doublons, à une politisation et à une perte de savoir à chaque changement de gouvernement.
Des coûts cachés : la Cour des comptes a constaté que ±14,8 millions d'euros de frais de détachement n'apparaissent nulle part dans le budget. Le parlement décide donc d'un budget dont il ne connaît pas l'ampleur réelle.
Double casquette = opacité : des ministres qui siègent dans deux gouvernements rendent la prise de décision opaque. Qui est responsable de quelle décision ? Le citoyen ne peut pas suivre.
Un déficit structurel : malgré les promesses d'économies (268 millions en 2025), le déficit reste de ±2,9 milliards d'euros. La dette dépasse 200 % des recettes propres. L'équilibre n'est visé qu'en 2034. Dix ans après les promesses.
Une dépendance aux transferts fédéraux : la Wallonie reçoit des dotations substantielles via la loi spéciale de financement. Celui qui décide (la Région wallonne) ne paie pas entièrement lui-même → aléa moral.
Le rythme des réformes : la réduction promise de 13 à 10 ministres (Wallonie + FWB ensemble) a été réalisée par des doubles casquettes, pas par une véritable restructuration. Le personnel de cabinet n'a diminué que marginalement (économie : 6 millions d'euros sur un coût total de 37 millions d'euros).
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | Le Gouvernement wallon se situe au bon niveau de pouvoir pour les compétences régionales. Mais le mélange avec les compétences de la FWB via les doubles casquettes brouille la question de savoir quel niveau est compétent pour quoi. |
| 2 | Transparence | ❌ | Frais de détachement cachés (14,8 M€), doubles mandats qui diluent la responsabilité, documentation budgétaire insuffisante (Cour des comptes). Le citoyen ne peut absolument pas suivre qui décide et qui paie. |
| 3 | Responsabilité = financement | ❌ | La Wallonie dépense plus qu'elle ne perçoit elle-même. Forte dépendance aux dotations fédérales. Déficit structurel de ±2,9 Mds €. Qui décide ne paie pas → l'écart fiscal est énorme. |
| 4 | Simplicité | ❌ | 8 ministres aux portefeuilles complexes, doubles casquettes avec la FWB, chevauchement avec 3 commissions communautaires à Bruxelles, relation opaque entre cabinets et administration. Le système n'est pas explicable à un jeune de 16 ans. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | 3,65 millions d'habitants, c'est une échelle suffisante pour un gouvernement régional. Mais le système des cabinets (50,5 ETP par ministre contre 30,2 en Flandre) est disproportionné pour cette échelle. |
| 6 | Compétences concurrentes | ❌ | Pas de compétences concurrentes. Une répartition exclusive des compétences qui génère des conflits. Le chevauchement avec le fédéral et la FWB n'est pas résolu, mais géré par des compromis. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Malgré des décennies de politiques, la Wallonie affiche structurellement de moins bons résultats que la Flandre. Aucun KPI contraignant pour les cabinets. La Cour des comptes réclame depuis des années un meilleur reporting. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | Le SPW investit dans la numérisation, mais le rythme est lent. Le morcellement via les cabinets freine une politique numérique intégrée. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | Le système des cabinets est une exception à l'échelle internationale. Seules la Belgique et (dans une moindre mesure) la France le connaissent. Tous les pays comparables travaillent avec des administrations professionnelles sans cabinets politiques. |
Synthèse : le Gouvernement wallon échoue sur 5 des 9 principes et obtient un résultat partiel sur 3. Les gains les plus importants sont à réaliser sur la transparence (coûts cachés, doubles casquettes), la responsabilité = financement (combler l'écart fiscal) et la simplicité (supprimer les cabinets, intégrer la FWB).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé le Gouvernement wallon continue d'exister comme gouvernement de l'entité fédérée wallonne, mais il est fondamentalement réformé : plus petit, sans cabinets, avec une pleine responsabilité fiscale.
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
Suppression de la FWB → intégration dans l'entité fédérée wallonne : la Communauté française est supprimée. Les compétences communautaires (enseignement, culture, action sociale) sur le territoire wallon deviennent des compétences de l'entité fédérée wallonne. La double casquette disparaît.
Maximum 7 ministres (ministre-président compris) : comparable à la NRW par habitant (11 ministres pour 18 millions = ±1 ministre par 1,6 million d'habitants ; Wallonie : 7 pour 3,65 millions = 1 par 520.000).
Suppression du système des cabinets : remplacement par un secrétariat politique limité (max. 5 collaborateurs par ministre : 1 porte-parole, 1 conseiller politique, 1 liaison parlementaire, 1 chef de cabinet, 1 administratif). Tout le travail de fond passe au SPW.
Renforcement du SPW comme administration professionnelle : des hauts fonctionnaires nommés via un Organe de nomination indépendant (comme l'ABD aux Pays-Bas), et non par les cabinets. Un système de mandats avec des objectifs mesurables.
Responsabilité fiscale : l'entité fédérée wallonne perçoit davantage d'impôts propres et devient moins dépendante des dotations fédérales. Qui décide, paie. Équilibre budgétaire contraignant via des plafonds de dépenses.
Modèle international : les Pays-Bas (pas de cabinets, une fonction publique professionnelle avec l'ABD) + le modèle allemand (compétences concurrentes, autonomie fiscale des Länder).
Économie estimée :
- Suppression des cabinets : ±30 millions d'euros/an (de 37 M€ à ±7 M€ pour des secrétariats limités)
- Moins de ministres (8→7) : ±1-2 millions d'euros/an
- Intégration des missions de la FWB : économie sur la double administration, les doubles cabinets, les chevauchements : difficile à chiffrer, mais structurellement significative
- Économie directe totale : ±30-35 millions d'euros/an
- Économie indirecte grâce à de meilleures politiques (moins de politisation, plus de continuité) : non chiffrable, mais substantielle
Trajet de mise en œuvre :
- Phase 1 (2027-2028) : base légale pour la suppression du système des cabinets, création d'un organe de nomination indépendant
- Phase 2 (2029-2030) : loi spéciale de réforme de l'État. FWB supprimée, compétences transférées aux entités fédérées wallonne et bruxelloise
- Phase 3 (2030-2032) : période de transition avec intégration progressive du personnel et des structures
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
Gouvernement wallon. Réformé De 8 ministres aux cabinets pléthoriques à maximum 7 ministres avec une fonction publique professionnelle. Fini les doubles casquettes : l'entité fédérée wallonne reprend les compétences de la Communauté française.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Le Gouvernement wallon compte 8 ministres qui administrent la Région wallonne. Soit ±3,65 millions d'habitants et un budget de ±22 milliards d'euros. Quatre de ces ministres portent une « double casquette » : ils siègent en même temps au Gouvernement de la Communauté française. Chaque ministre dispose d'un cabinet ministériel de 50 collaborateurs en moyenne. Des membres du staff nommés politiquement qui font le vrai travail de fond. Au total, ces cabinets coûtent quelque 37 millions d'euros par an, dont 14,8 millions d'euros cachés dans des détachements de fonctionnaires qui n'apparaissent nulle part dans le budget.
Ce qui ne va pas
La Cour des comptes a déjà tiré la sonnette d'alarme à plusieurs reprises. Le coût réel des cabinets est impossible à établir pour le parlement. Les fonctionnaires détachés vers les cabinets laissent des trous dans l'administration. Et leurs coûts n'apparaissent nulle part. Le personnel de cabinet a augmenté de 8 % entre 2018 et 2021, malgré des promesses répétées d'économies. L'« économie » de 13 à 10 ministres en 2024 a été réalisée en donnant un double mandat à quatre ministres. Pas une vraie réforme, mais une opération cosmétique.
Pendant ce temps, la Wallonie fait face à un déficit budgétaire structurel de ±2,9 milliards d'euros par an. La dette dépasse 200 % des recettes propres. L'équilibre n'est attendu qu'en 2034. La région dépend en grande partie des transferts fédéraux. Celui qui décide de l'argent (la Wallonie) n'est pas celui qui le perçoit (l'autorité fédérale). C'est la définition même d'un écart fiscal : la responsabilité sans les conséquences financières.
Et puis il y a le problème de la double casquette. Quand le ministre Dolimont décide en matière de recherche scientifique, le fait-il comme ministre wallon ou comme ministre de la FWB ? Le citoyen ne peut pas voir la différence, et le parlement ne peut guère contrôler.
Comment cela fonctionne ailleurs
Aux Pays-Bas, il n'existe pas de cabinets ministériels au niveau régional. Les 12 provinces (Zuid-Holland est comparable en taille à la Wallonie) sont administrées par 4 à 5 gedeputeerden avec une fonction publique professionnelle. Les hauts fonctionnaires sont nommés via l'Algemene Bestuursdienst (ABD, modèle néerlandais de corps des hauts fonctionnaires) : de manière indépendante, sur la base de la compétence, pas de l'appartenance à un parti. Résultat : moins de personnel, moins de coûts, plus de continuité et une administration qui fonctionne quelle que soit la coalition au pouvoir.
En Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Allemagne, 18 millions d'habitants), chaque ministre a au maximum 1 à 2 conseillers politiques. Le travail de fond est réalisé par les fonctionnaires du ministère. Le Land dispose d'une pleine autonomie fiscale et d'un frein à l'endettement ancré dans la Constitution.
Ce que HART propose
- Maximum 7 ministres pour l'entité fédérée wallonne (ministre-président compris) : proportionnellement comparable à d'autres régions européennes de taille équivalente.
- Suppression du système des cabinets. Chaque ministre reçoit un secrétariat politique limité de 5 personnes au maximum. Tout le travail de fond passe au SPW, qui est renforcé comme administration professionnelle et impartiale.
- Des hauts fonctionnaires via une sélection indépendante. Comme l'ABD aux Pays-Bas : nomination sur la compétence, avec des objectifs de mandat mesurables.
- Fini les doubles casquettes. La Communauté française est supprimée. L'enseignement, la culture et l'action sociale sur le territoire wallon deviennent des compétences de l'entité fédérée wallonne. Un gouvernement, une responsabilité, un budget.
- Responsabilité fiscale. L'entité fédérée wallonne perçoit davantage d'impôts propres et devient moins dépendante des dotations fédérales. Qui décide, paie. Avec des plafonds de dépenses contraignants.
Ce que cela rapporte
- ±30-35 millions d'euros par an d'économie directe sur les cabinets et les postes ministériels
- Une transparence totale sur qui décide, qui paie et ce que cela coûte
- Une administration professionnelle qui ne doit pas être reconstruite tous les 4 à 5 ans après un changement de gouvernement
- La simplicité : un seul gouvernement de l'entité fédérée wallonne au lieu de l'écheveau actuel Région wallonne + Communauté française avec des ministres partagés et séparés
- De meilleurs résultats : l'expérience internationale montre systématiquement que les administrations professionnelles sans cabinets obtiennent de meilleurs résultats en matière de mise en œuvre des politiques, de continuité et de maîtrise des coûts