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Point 4 sur 30

Politique des drogues

Programme du parti, politique en matière de drogues. HART

Programme du parti, politique en matière de drogues. HART Élections fédérales 2029

Sur la base de l'échelle de Nutt (Lancet 2010), de quatre réplications internationales, du modèle de régulation de Transform et des politiques éprouvées du Portugal, de la Suisse, du Canada, de l'Allemagne et de l'Uruguay


Notre vision : pourquoi un modèle à deux niveaux ?

La Belgique consacre chaque année des centaines de millions d'euros à la répression des drogues. Le coût pénal total lié aux substances addictives (police, justice et système pénitentiaire) est estimé à 784 millions d'euros par an (BELSPO/Vander Laenen et al., « Drugs in Cijfers III »), dont 66 % vont à la police et à la justice et seulement 3 % à la prévention. La détention liée aux drogues représente environ 19 à 30 % de la population carcérale belge, l'un des pourcentages les plus élevés d'Europe occidentale. En 2023, une quantité record de 116 tonnes de cocaïne a été interceptée dans le port d'Anvers (121 tonnes pour l'ensemble du complexe portuaire Anvers-Bruges), alors que les douanes estiment que 60 à 90 % passent sans être détectés. La violence liée aux drogues s'intensifie : 91 incidents dans la province d'Anvers au cours des onze premiers mois de 2024, avec des fusillades, des explosions et des enlèvements. En octobre 2025, un juge d'instruction anversois a publiquement mis en garde : « Évoluons-nous vers un narco-État ? »

Dans le même temps, la science montre que la classification actuelle des drogues ne correspond pas à leurs dommages réels. L'alcool, légal et omniprésent, obtient 72 sur 100 sur l'échelle de Nutt : c'est la drogue la plus nocive. La psilocybine (champignons) obtient 5, le LSD 7, la MDMA (ecstasy) 9. Le cannabis (20) obtient un score inférieur à celui du tabac (26). La politique actuelle punit le plus sévèrement les substances les moins nocives, alors que les deux plus nocives, l'alcool et le tabac, sont en vente libre.

HART choisit un principe radicalement différent : chaque substance est régulée proportionnellement à ses dommages réels. Ce n'est pas l'idéologie mais la science qui détermine la politique. L'objectif n'est pas le droit pénal mais la santé publique.

LE MODÈLE À DEUX NIVEAUX EN UNE PHRASE : chaque drogue est soit entièrement régulée, avec une production et une distribution publiques (niveau 1), soit interdite à la production et à la vente mais avec une réduction des risques maximale (niveau 2). Aux deux niveaux, l'usage personnel est dépénalisé et une réduction des risques maximale est offerte.


Le fondement scientifique : l'échelle de Nutt

En 2010, le professeur David Nutt (Imperial College London) et ses collègues ont publié dans The Lancet la classification des dommages des drogues la plus citée de tous les temps. Un panel d'experts a noté vingt substances selon seize critères, répartis entre les dommages pour l'usager et les dommages pour la société. L'étude a depuis été répliquée quatre fois avec la même méthode MCDA, en Europe (Van Amsterdam et al., 2015), en Australie (Bonomo et al., 2019), en Nouvelle-Zélande (Crossin et al., 2023) et au Canada (Crépault et al., 2026), et aboutit chaque fois à la même conclusion : l'alcool est la drogue la plus nocive, suivi de l'héroïne et du crack. Les psychédéliques et la MDMA figurent systématiquement en bas du classement.

Le classement complet (sélection) :

Rang Substance Score total (/100) Statut en Belgique Niveau HART
1 Alcool 72 Légal Déjà au niveau 1. Régulation plus stricte
2 Héroïne 55 Illégal Niveau 2 + délivrance médicale
3 Crack 54 Illégal Niveau 2
4 Méthamphétamine 33 Illégal Niveau 2
5 Cocaïne 27 Illégal Niveau 1
6 Tabac 26 Légal Déjà au niveau 1. Régulation plus stricte
7 Amphétamine 23 Illégal Niveau 1
8 Cannabis 20 Toléré Niveau 1
9 GHB 18 Illégal Niveau 1
10 Kétamine 15 Illégal Niveau 1
11 Benzodiazépines 15 Sur ordonnance Niveau 1 renforcé (modèle sur ordonnance)
16 MDMA (ecstasy) 9 Illégal Niveau 1
17 Khat 9 Illégal Niveau 1
18 LSD 7 Illégal Niveau 1
20 Psilocybine 5 Illégal Niveau 1

La question centrale que pose HART : si l'alcool (72/100) et le tabac (26/100) sont légaux, comment se fait-il que la MDMA (9/100), le LSD (7/100) et la psilocybine (5/100) entraînent des conséquences pénales plus lourdes ?


1. Dépénalisation universelle de l'usage personnel

L'usage personnel de quelque substance que ce soit n'est pas une infraction. C'est une question de santé publique. La criminalisation de l'usage éloigne les gens de l'aide, élève le seuil d'accès au traitement et encombre le système pénal de centaines de milliers de procédures qui ne servent aucun objectif social.

Mesures concrètes

  • Dépénalisation complète de la détention pour usage personnel de toutes les substances, sur le modèle portugais. La détention en dessous d'un seuil fixé (réserve de dix jours) devient une infraction administrative, pas un délit pénal.
  • Créer des commissions de dissuasion, composées d'un juriste, d'un psychologue et d'un travailleur social, sur le modèle des CDT portugaises. Les premières infractions non problématiques sont suspendues sans conséquences ; les cas répétés ou problématiques sont orientés vers l'aide.
  • Pas de casier judiciaire pour la détention ou l'usage personnel. Le système actuel, où une amende ou un enregistrement pour cannabis entrave l'avenir des jeunes (stages, autorisations professionnelles, voyages), est disproportionné et contre-productif.
  • Effet rétroactif : les condamnations existantes pour détention personnelle sont effacées d'office du casier judiciaire.

Preuve : le Portugal a dépénalisé toutes les drogues en 2001. Résultats après plus de 20 ans : les décès liés aux drogues ont diminué d'environ 80 % (d'environ 76 à environ 16 par an, données EMCDDA Selection B, bien que de façon non linéaire), les infections au VIH parmi les usagers par injection sont passées de plus de 900 (2000) à moins de 18 (2017), et la part des détenus pour infractions liées aux drogues est passée d'environ 44 % à 15,7 % (2019). La consommation de drogues est restée sous la moyenne européenne.


2. Niveau 1 : légalisation régulée avec production publique

Pour les substances dont le profil de dommages permet une production et une distribution régulées, HART choisit un modèle d'entreprise publique. L'État contrôle la production, la qualité, le dosage et la distribution. Le profit n'est pas l'objectif. La santé publique, oui. Toutes les recettes nettes sont affectées à la prévention, aux soins en assuétudes et à la réduction des risques.

2A. Cannabis : le point de départ (phase 1)

Le cannabis obtient 20/100 sur l'échelle de Nutt, moins que le tabac (26) et l'alcool (72). La légalisation a fait ses preuves à l'international au Canada (2018), en Uruguay (2013), en Allemagne (2024) et dans de nombreux États américains. Le modèle canadien a généré plus de 5,4 milliards de dollars canadiens (CA$) de recettes fiscales au cours des sept premières années (d'octobre 2018 à août 2025, dont 1,2 milliard CA$ au niveau fédéral et 4,2 milliards CA$ au niveau provincial) et le secteur soutient environ 227.000 emplois (emplois directs, indirects et induits, Canadian Chamber of Commerce 2024).

Production : une entreprise publique belge détenant le monopole de la production et du contrôle de qualité. La teneur en THC est standardisée et étiquetée. Pourcentages maximaux de THC pour les fleurs et les concentrés. Accises basées sur le THC (plus de THC = accises plus élevées, sur le modèle de l'Illinois).

Distribution : des points de vente spécialisés, non médicaux, avec du personnel formé. Pas de publicité. Limite d'âge : 18 ans. Achat exclusivement numérique (compte bancaire belge, pas d'espèces). Toutes les transactions sont enregistrées ; le stock est contrôlé de manière centralisée par l'État.

Recettes estimées : 150 à 350 millions d'euros de recettes fiscales par an (extrapolés à partir des données canadiennes par habitant, corrigées pour la taille du marché et les taux de taxation) plus 100 à 200 millions d'euros d'économies sur la répression.

2B. Psilocybine et LSD : les drogues les moins nocives

La psilocybine (5/100) est la drogue la moins nocive de l'échelle de Nutt. Le LSD (7/100) occupe la troisième place. Aucun des deux n'entraîne de dépendance physique, et aucune overdose mortelle n'est documentée. La FDA a accordé à deux reprises le statut de breakthrough therapy à la psilocybine : à COMPASS Pathways en octobre 2018 (dépression résistante aux traitements) et à l'Usona Institute en novembre 2019 (trouble dépressif majeur). COMPASS Pathways a rapporté en juin 2025 des résultats topline positifs du premier essai de phase 3 (COMP005) et en février 2026 du second (COMP006) ; la publication évaluée par les pairs suivra.

Production : production pharmaceutique publique de psilocybine et de LSD standardisés, avec un dosage précis.

Distribution : deux canaux : (a) l'usage accompagné dans des centres spécialisés (modèle Oregon/Colorado) avec des facilitateurs formés, et (b) la vente de truffes à psilocybine via un modèle de smartshop inspiré des Pays-Bas. Le LSD uniquement via le modèle d'usage accompagné, jusqu'à ce que les résultats de phase 3 soient plus largement disponibles.

2C. MDMA : huit fois moins nocive que l'alcool

La MDMA obtient 9/100, moins que le cannabis (20), le tabac (26) et l'amphétamine (23). La commission d'État néerlandaise sur la MDMA (Staatscommissie MDMA) a conclu en juin 2024 (rapport « MDMA: Voorbij de extase ») que la MDMA présente des risques relativement faibles : environ 550.000 usagers aux Pays-Bas pour un petit nombre de décès par an (chiffres exacts incertains en raison d'un enregistrement limité ; le CBS rapporte environ 10 décès par an pour la catégorie des psychostimulants, amphétamine comprise). La plupart des décès liés à la MDMA résultent de pilules de rue contaminées et de dosages inconnus. Précisément le problème que la régulation résout.

Production : production pharmaceutique publique de MDMA pure en dosages standardisés (gélules ou comprimés). Chaque unité contient une quantité exacte (typiquement 75 à 125 mg), contrairement aux pilules de rue qui varient de 2 à 323 mg (données de laboratoire DIMS 2022).

Distribution : des points de vente spécialisés avec des instructions de dosage obligatoires, des informations sur le risque de neurotoxicité en cas d'usage fréquent (au maximum une fois par mois recommandé), des avertissements sur les interactions (ISRS, inhibiteurs de la MAO) et des conseils d'hydratation et de thermorégulation.

2D. GHB : le dosage standardisé qui sauve des vies

Le GHB obtient 18/100, moins que le cannabis (20). Le véritable danger réside dans la marge étroite entre la dose récréative et la dose dangereuse : la différence entre une dose récréative (1 à 2,5 g) et la perte de conscience ou le coma (3 à 5 g) n'est que de 1 à 2 grammes avec des liquides illégaux de concentration inconnue. La plupart des décès liés au GHB résultent de dosages inconnus et de la combinaison avec l'alcool.

Production : production pharmaceutique publique de GHB en conditionnements unitaires scellés et dosés avec exactitude (sachets ou gélules). Cela élimine le problème central : la concentration inconnue.

Distribution : exclusivement via les pharmacies d'État. Information obligatoire sur : l'interdiction absolue de combinaison avec l'alcool (mortelle), le dosage maximal par session, l'intervalle entre les doses et le risque de sevrage en cas d'usage quotidien. Fréquence d'achat enregistrée.

Pourquoi le GHB au niveau 1 ? Précisément parce que le GHB est si dangereux à dosage inconnu, la régulation avec une production pharmaceutique précise est la réponse la plus rationnelle. Une interdiction ne change rien à l'usage, mais garantit que chaque usager ingère un liquide de concentration inconnue. Les conditionnements unitaires standardisés sont le moyen le plus direct de prévenir les décès par overdose. Le GHB figure en outre au Tableau IV de la Convention des Nations unies sur les substances psychotropes de 1971, la catégorie la moins restrictive, ce qui offre davantage de marge juridique que pour la plupart des autres substances.

2E. Cocaïne (poudre) : l'argument de la cohérence

La cocaïne obtient 27/100 sur l'échelle de Nutt, exactement un point de plus que le tabac (26), qui est en vente libre. L'argument de la cohérence est impératif : si l'alcool (72) et le tabac (26) sont légaux, il est scientifiquement intenable d'interdire la cocaïne (27) sur la base des dommages. La prohibition a en outre fait de la Belgique la plaque tournante du transit de cocaïne en Europe. Le port d'Anvers, épicentre du trafic de cocaïne européen, est la preuve la plus visible de la faillite de la répression.

Production : production pharmaceutique publique de chlorhydrate de cocaïne en dosages standardisés. La cocaïne pharmaceutique est déjà produite pour un usage médical en oto-rhino-laryngologie. L'American Academy of Otolaryngology confirme que la cocaïne est la substance la plus utilisée dans les interventions ORL en raison de sa combinaison unique d'anesthésie locale et de vasoconstriction.

Distribution : le régime le plus strict du niveau 1. Exclusivement via les pharmacies d'État, avec : enregistrement nominatif, limitations strictes des quantités par achat et par période, information obligatoire sur les risques cardiovasculaires, avertissement contre la combinaison avec l'alcool (cocaéthylène) et protocole d'orientation en cas de signes d'usage problématique.

2F. Autres substances de niveau 1

Les substances suivantes sont éligibles au niveau 1 sur la base de leur profil de dommages. Attention : pour les substances qui ne figurent pas dans l'étude originale de Nutt (2010), les scores sont des extrapolations basées sur des substances pharmacologiquement comparables. Ce ne sont pas des scores de Nutt originaux.

Substance Score de Nutt Modèle de distribution Conditions particulières
Amphétamine 23/100 Pharmacie d'État Qualité pharmaceutique, administration orale, instructions de dosage. Déjà disponible à usage médical sous forme d'Adderall/dexamfétamine.
Kétamine 15/100 Pharmacie d'État Information obligatoire sur la santé vésicale, enregistrement de la fréquence d'achat, limitations de quantité. Déjà disponible à usage médical sous forme de Spravato (eskétamine).
2C-B ± 8/100 (extrapolation) Pharmacie d'État Production pharmaceutique essentielle en raison d'une courbe dose-réponse abrupte. Différenciation des analogues NBOMe dangereux.
DMT / Ayahuasca ± 6/100 (extrapolation) Modèle d'usage accompagné / smartshop Dépistage obligatoire des interactions avec les IMAO, dépistage médical des affections cardiovasculaires.
Mescaline ± 7/100 (extrapolation) Modèle d'usage accompagné Uniquement de la mescaline synthétique ou du San Pedro. Le cactus peyotl est protégé en raison de son statut de conservation.
Khat 9/100 Marché du produit frais Restrictions d'âge. Les cathinones de synthèse (bath salts) restent au niveau 2 en tant que NSP.
Protoxyde d'azote Très faible (pas dans l'étude de Nutt) Vente sous licence Limitations de quantité, information sur la vitamine B12, interdiction des bonbonnes géantes pour usage individuel.
Poppers Très faible (pas dans l'étude de Nutt) Vente sous licence Avertissement bien visible contre l'ingestion, avertissement sur les interactions avec les inhibiteurs de la PDE5, vérification de l'âge.
Salvia divinorum Très faible (pas dans l'étude de Nutt) Vente sous licence Limite d'âge de 21 ans et plus, interdiction des extraits concentrés (5x et plus), recommandation d'un accompagnant sobre.
Kratom ± 15/100 (extrapolation) Vente sous licence Contrôle de la teneur en 7-hydroxymitragynine, information sur les interactions avec les opioïdes.

2G. Alcool et tabac : la cohérence exige une position

L'alcool (72/100) et le tabac (26/100) ont été légalisés par hasard historique. HART ne plaide pas pour une interdiction. La Prohibition a montré que l'interdiction de l'alcool nourrit le crime organisé et ne fonctionne pas. Nous plaidons en revanche pour une régulation plus stricte, proportionnelle aux dommages réels :

  • Alcool : soutien à une politique de prix minimum sur le modèle écossais (qui a réduit les décès liés à l'alcool de 13,4 % selon Wyper et al., The Lancet 2023), extension des restrictions publicitaires et meilleure application des limites d'âge.
  • Tabac : soutien à des interdictions générationnelles progressives sur le modèle du Tobacco and Vapes Bill britannique, extension du paquet neutre et augmentation des accises. La prévalence du tabagisme quotidien en Belgique est passée, par la seule régulation, d'environ 25 % (1997) à environ 15 % (2018, Sciensano/BHIS) : une baisse relative de 40 %, preuve que la régulation est plus efficace que l'interdiction.

Le cadrage le plus efficace : « Nous ne voulons pas tout légaliser. Nous voulons réguler chaque substance proportionnellement à ses dommages réels, y compris une régulation plus stricte de l'alcool et du tabac. »


3. Niveau 2 : production et vente interdites + réduction des risques maximale

Pour les substances dont le profil de dommages ou les propriétés pharmacologiques rendent irresponsables une production et une distribution régulées, HART choisit une interdiction de la production et de la vente, combinée à une réduction des risques maximale. L'usage est dépénalisé. Personne n'est puni pour ce qu'il ou elle introduit dans son propre corps.

3A. Héroïne : pas de vente libre, mais une délivrance médicale

L'héroïne obtient 55/100, deuxième drogue la plus nocive après l'alcool. Le risque de dépendance est très élevé et le risque d'overdose significatif. Mais l'héroïne médicalement pure (diamorphine) est pharmacologiquement moins nocive que la variante de rue. Le programme suisse de traitement assisté par héroïne (HAT), lancé en 1994 et ancré de façon permanente dans la loi après un référendum en novembre 2008 (68 % de soutien), prouve que la délivrance médicale sauve des vies : les décès liés aux drogues ont diminué de plus de 60 %, les nouveaux usagers d'héroïne dans le canton de Zurich ont diminué de 82 % (Nordt & Stohler, The Lancet 2006). En plus de trente ans, aucun participant n'est décédé d'une overdose au sein du programme, pour plus de 20 millions de doses administrées.

Mesures concrètes :

  • Introduction du HAT sur le modèle suisse pour les personnes dépendantes aux opioïdes résistantes aux traitements, qui ne répondent pas à la méthadone ou à la buprénorphine. La Belgique a déjà de l'expérience : le projet pilote TADAM à Liège (2011-2013, Demaret et al., European Addiction Research 2015) en a confirmé l'efficacité.
  • Extension et renforcement du traitement de substitution (méthadone, buprénorphine) comme approche de première ligne.
  • Formaliser les salles de consommation à moindre risque dans toutes les grandes villes (Bruxelles et Liège en disposent déjà, mais dans un vide juridique).
  • Kits de naloxone gratuits disponibles en pharmacie et via les services d'aide.

3B. Méthamphétamine : réduction des risques maximale

La méthamphétamine obtient 33/100 et est extrêmement neurotoxique : l'usage chronique détruit les récepteurs de la dopamine et de la sérotonine, provoque une perte de volume cérébral et peut aboutir à une psychose. Il n'existe ni thérapie de substitution ni agent de réversion. Bien que des organisations comme la Transform Drug Policy Foundation aient décrit dans How to Regulate Stimulants (2020) un modèle théorique de pharmacie et d'usage supervisé pour la méthamphétamine, aucun pays n'est jamais passé à la mise en œuvre. Le profil de risque rend la vente libre irresponsable.

Mesures concrètes : interdiction de la production et de la vente. Usage dépénalisé. Investissement dans la réduction des risques : salles de consommation, drug checking (pour détecter la contamination au fentanyl), travail de proximité (outreach) et accompagnement psychosocial.

3C. Fentanyl et opioïdes de synthèse : la menace la plus urgente

Le fentanyl est mortel à partir de 2 milligrammes, la quantité de quelques grains de sable. Aux États-Unis, les overdoses de drogues ont causé au total plus de 107.000 décès en 2022, dont environ 73.000 dus aux opioïdes de synthèse (principalement le fentanyl). En 2024, le total est retombé à environ 80.000 (données provisoires du CDC). L'Europe est encore largement épargnée, mais les nitazènes (des opioïdes de synthèse plus puissants que le fentanyl) apparaissent en Estonie, en Lettonie et dans un nombre croissant de pays d'Europe occidentale. L'interdiction de l'opium par les talibans peut provoquer une pénurie d'héroïne comblée par les opioïdes de synthèse.

Mesures concrètes :

  • Interdiction absolue de la production et de la vente.
  • Introduction urgente de programmes de naloxone à emporter (take-home naloxone). La Belgique ne fait pas encore partie de la quinzaine de pays européens disposant de tels programmes (EUDA European Drug Report 2025). La naloxone peut inverser une overdose de fentanyl en quelques secondes.
  • Drug checking axé sur la détection du fentanyl et des nitazènes dans toutes les grandes villes et lors des festivals.
  • Préparation aux crises sur le modèle des évaluations de la menace de l'EUDA.

3D. Crack : réduction des risques sans illusions

Le crack obtient 54/100, troisième drogue la plus nocive. La forme fumable de la cocaïne produit, par absorption rapide, une euphorie intense mais brève qui stimule fortement le comportement de répétition. Une vente régulée n'est pas responsable.

Mesures concrètes : interdiction de la production et de la vente. Usage dépénalisé. Salles de consommation à moindre risque, drug checking, travail de proximité. L'offre régulée de cocaïne pharmaceutique (niveau 1) peut servir d'instrument de report : les usagers obtiennent l'accès à une forme d'administration plus sûre.

3E. Nouvelles substances psychoactives (NSP) et drogues de synthèse

Plus de 930 NSP ont été identifiées par l'EUDA, dont 47 nouvelles substances pour la seule année 2024. Le profil de sécurité de la plupart de ces substances est inconnu. La régulation n'est pas réalisable : les NSP mutent plus vite qu'elles ne peuvent être évaluées.

Mesures concrètes : maintenir l'interdiction générique de la production et de la vente (la Belgique dispose depuis septembre 2017 d'une législation générique via l'arrêté royal du 6 septembre 2017, sur la base de la loi du 7 février 2014). Investissement maximal dans le Belgian Early Warning System on Drugs (BEWSD, Sciensano). Le drug checking comme stratégie première de réduction des risques.


4. Le drug checking comme pilier structurel de la santé publique

Quel que soit le régime de régulation, il y aura toujours des usagers qui consomment des substances dont ils ne connaissent pas la composition. Le drug checking, c'est-à-dire l'analyse en laboratoire ou par spectrométrie des substances consommées, est le moyen le plus direct de prévenir les overdoses et les intoxications.

Mesures concrètes

  • Créer un cadre légal pour le drug checking via un amendement à la loi de 1921 sur les stupéfiants. Exemption juridique pour les organisations qui manipulent des substances contrôlées à des fins d'analyse.
  • Financement structurel pour Modus Vivendi/TRIP (Bruxelles) et extension à la Flandre et à la Wallonie. Le modèle néerlandais DIMS (32 sites d'analyse, plus de 100.000 analyses depuis 1992) comme référence.
  • Mise à niveau technologique : spectroscopie FTIR portable pour la quantification sur place lors des festivals et dans la vie nocturne.
  • Système Red Alert sur l'exemple du DIMS néerlandais : avertissement public immédiat en cas de détection de lots dangereusement contaminés.
  • Intégration au BEWSD (Belgian Early Warning System on Drugs, Sciensano) pour une surveillance en temps réel.

Preuve : le DIMS néerlandais a évité de manière démontrable des décès en 2014 grâce à un avertissement national concernant des pilules contenant de la PMMA. Dans les pays sans drug checking (Royaume-Uni, Irlande), des pilules comparables ont bel et bien fait des morts au cours de la même période. L'organisation britannique The Loop a documenté une baisse de 25 % des incidents médicaux liés aux drogues au festival Boomtown Fair grâce au drug checking. Rien ne prouve que le drug checking favorise l'initiation aux drogues.


5. Investissement dans les soins en assuétudes et la prévention

La légalisation et la dépénalisation ne fonctionnent que si elles sont soutenues par une infrastructure de traitement solide. Les problèmes récents du Portugal, avec des chiffres d'overdoses en hausse après des années d'économies (budget passé de 82,7 millions à 17,4 millions d'euros entre 2015 et 2021), illustrent qu'une dépénalisation sans investissement structurel se dégrade.

Mesures concrètes

  • Doublement du budget des soins en assuétudes au cours de la première législature, financé par les recettes de la vente régulée (niveau 1) et les économies sur la répression.
  • Réduction structurelle des délais d'attente pour les soins en assuétudes. Les délais d'attente actuels pour les soins de santé mentale en Belgique sont en moyenne de 48 jours (rapport 2024 du KCE, Centre fédéral d'expertise des soins de santé) ; pour les unités spécialisées en double diagnostic, ils sont encore nettement plus longs.
  • Salles de consommation à moindre risque dans toutes les villes belges de plus de 100.000 habitants. Formalisation des structures existantes à Liège et à Bruxelles. Plus de 140 salles de consommation légales fonctionnent dans 19 pays à travers le monde ; nulle part un décès n'a jamais été enregistré pendant un usage supervisé.
  • Une prévention fondée sur une information honnête, pas sur la propagande de la peur. Les jeunes ne sont pas protégés par des mensonges mais par la connaissance. Programmes scolaires avec une information réaliste sur les risques par substance, sur le modèle de Drug Science (Royaume-Uni).
  • Naloxone librement disponible en pharmacie sans ordonnance, et présente par défaut dans tous les services de secours et dans les salles de consommation à moindre risque.

6. L'argument de la cohérence comme boussole morale

La politique actuelle en matière de drogues repose sur une classification dépourvue de tout fondement scientifique. L'échelle de Nutt et ses quatre réplications internationales démontrent sans équivoque que le statut légal des drogues ne correspond pas à leurs dommages réels. Ce n'est pas seulement une inefficience politique. C'est une faillite morale.

  • Un jeune de 19 ans surpris avec deux grammes de MDMA (nocivité : 9/100) risque une peine de prison et un casier judiciaire qui peut ruiner sa carrière. Son camarade du même âge qui vide une bouteille de vodka la même nuit (nocivité : 72/100) ne risque rien.
  • Une mère qui fume un joint contre sa migraine (nocivité : 20/100) commet une infraction. Un père qui boit chaque jour une bouteille de vin (nocivité : 72/100) est un consommateur socialement accepté.
  • Le crime organisé qui écoule chaque année des dizaines de milliards d'euros de cocaïne via le port d'Anvers doit son existence précisément à cette politique : la prohibition garantit son monopole.

HART affirme que la politique en matière de drogues doit reposer sur trois principes : la science (quels sont les dommages réels ?), la proportionnalité (la politique est-elle proportionnée à ces dommages ?) et l'efficacité (la politique atteint-elle son objectif ?). La politique actuelle échoue sur les trois.


7. Faisabilité juridique et phasage

Ce qui est possible immédiatement

  • Dépénalisation universelle de l'usage personnel (conforme aux conventions de l'ONU et au droit de l'UE).
  • Formalisation des salles de consommation à moindre risque via une adaptation de la loi de 1921 sur les stupéfiants.
  • Introduction du HAT (traitement assisté par héroïne) dans le cadre médical existant.
  • Cadre légal pour le drug checking.
  • Programme de naloxone à emporter.

Ce qui est possible à moyen terme (2 à 5 ans)

  • Légalisation du cannabis sur le modèle allemand (Cannabis Social Clubs, culture personnelle ; exploite l'exception « usage personnel » de la décision-cadre 2004/757/JAI de l'UE).
  • Accès médical et de recherche à la psilocybine et à la MDMA sur le modèle australien (2023).
  • Accès médical élargi au GHB.

Ce qui exige une innovation juridique (5 ans et plus)

  • Marché commercial du cannabis.
  • Centres de services de psilocybine.
  • Réalisation complète du niveau 1 pour la MDMA, le LSD et la cocaïne.
  • Options : modification inter se des traités (art. 41 de la Convention de Vienne sur le droit des traités), modèle bolivien (dénonciation et réadhésion avec réserve), ou action collective avec des États membres de l'UE partageant la même vision.

Crucial : aucune révision de la Constitution n'est requise. La Constitution belge ne contient aucune interdiction spécifique des drogues. La légalisation est possible par la législation ordinaire : une modification de la loi de 1921 sur les stupéfiants par le Parlement fédéral à la majorité ordinaire.


8. Estimation financière

Composante Estimation annuelle
Recettes fiscales de la vente régulée (niveau 1, toutes substances) 250 à 500 M€
Économies sur la répression (police, justice, système pénitentiaire) 100 à 200 M€
Effet net sur la santé et la sécurité sociale 30 à 100 M€ (positif)
Avantage fiscal brut total 380 à 800 M€
Moins : coûts de régulation + investissements dans les soins en assuétudes 100 à 200 M€
Avantage fiscal net annuel 280 à 600 M€

Les estimations ci-dessus sont indicatives et basées sur des données extrapolées du Canada, des États-Unis et de l'Allemagne. Les recettes réelles dépendent des taux de taxation, du rythme de transition du marché et des coûts de mise en œuvre.

Coûts uniques de création de l'entreprise publique et de l'appareil de régulation : 80 à 150 millions d'euros, étalés sur trois à cinq ans.


Résumé : le modèle à deux niveaux en une page

NIVEAU 1. Légalisation régulée + réduction des risques maximale Production publique, contrôle de qualité, distribution via des points de vente spécialisés ou des pharmacies d'État. Pas de publicité. Recettes nettes affectées à la prévention et aux soins.

Cannabis · Psilocybine · LSD · MDMA · GHB · Cocaïne (poudre) · Amphétamine · Kétamine · 2C-B · DMT/Ayahuasca · Mescaline · Khat · Protoxyde d'azote · Kratom · Poppers · Salvia Alcool et tabac : déjà légaux. Régulation plus stricte Benzodiazépines : modèle sur ordonnance renforcé, variante la plus stricte du niveau 1

NIVEAU 2. Production/vente interdites + réduction des risques maximale Usage dépénalisé. Salles de consommation à moindre risque, drug checking, naloxone, délivrance médicale là où elle a fait ses preuves (HAT), travail de proximité.

Héroïne (+ HAT) · Crack · Méthamphétamine · Fentanyl/opioïdes de synthèse · NSP/drogues de synthèse · Cathinones de synthèse

UNIVERSEL. Quel que soit le niveau Usage dépénalisé · Drug checking · Salles de consommation à moindre risque · Naloxone · Prévention honnête · Soins en assuétudes solides

Notre principe : l'État a le devoir de protéger ses citoyens. Non pas en les enfermant, mais en leur offrant des choix sûrs, en leur donnant une information honnête et en leur apportant de l'aide quand elle est nécessaire.