Six systèmes informatiques parallèles. Quatre boîtes aux lettres numériques. Des centaines de millions en projets ratés. Et un citoyen qui atterrit sur un portail différent pour chaque service public.
Ce n'est pas de la malchance. C'est structurel.
La Belgique n'a pas d'administration numérique. Elle en a six. Chaque niveau de pouvoir construit sa propre plateforme informatique, son propre login, sa propre boîte aux lettres. S'y ajoutent deux systèmes sectoriels pour la sécurité sociale et les soins de santé. Six intégrateurs de services. FSB, BCSS, eHealth, MAGDA, BCED, FIDUS, chacun avec son propre middleware, sa propre sécurité, ses propres standards. Il n'existe aucune directive ICT uniforme. Un chiffre global des dépenses informatiques de l'ensemble des administrations belges n'existe même pas.
Votre avertissement-extrait de rôle arrive dans l'eBox fédérale. Votre prime flamande dans l'eBox flamande. À Bruxelles, il y a IRISbox. En Wallonie, Mon Espace. Une seule administration, quatre boîtes aux lettres.
i-Police (75 millions d'euros brûlés, enquête pénale), Phenix (28 millions d'euros perdus après 20 ans de procès), JustCase (40 millions d'euros et des documents qui disparaissent), JustSign (3,9 millions d'euros pour un système qui n'a jamais fonctionné), Persona (16 millions d'euros pour 10 % de résultat après 6 ans), les cyberattaques contre Anvers (95 millions d'euros) et la Wallonie (plus de 10 millions d'euros) : toutes deux évitables.
Total : plus de 350 millions d'euros de projets manifestement ratés ou dysfonctionnels. Seul 1 projet informatique public sur 5 aboutit. Pour les grands projets, ce taux tombe sous les 10 %.
350+ M€ brûlésEntre 2020 et 2022, l'autorité fédérale a dépensé 2,5 milliards d'euros en consultance, dont 2 milliards d'euros en informatique. Dans un échantillon examiné par la Cour des comptes, 78 % des contrats étaient insuffisamment motivés. Un consultant a facturé 310 heures en un seul mois. Un projet budgété à 400.000 euros a finalement coûté 10 millions d'euros.
2,5 Mds € · 78 % non motivésConstruire six fois les mêmes systèmes, les entretenir six fois, les sécuriser six fois. Rien que Smals, le prestataire informatique fédéral, tourne avec 574 millions d'euros par an. Les coûts de coordination pour faire dialoguer les six systèmes viennent encore s'y ajouter.
Smals : 574 M€/anLe Bureau fédéral du Plan a estimé le coût pour les entreprises et les citoyens à 9 milliards d'euros. C'était en 2002, avec un PIB bien plus petit. Le FMI chiffre l'écart de TVA à 11 milliards d'euros : la différence entre la TVA attendue et la TVA réellement perçue, due en grande partie à des systèmes numériques défaillants.
9 Mds € admin + 11 Mds € écart TVAUne couche de données universelle à laquelle chaque niveau de pouvoir se connecte. Plus de passerelles, plus de double travail. Le modèle estonien fonctionne. Pas comme une expérience, mais en production depuis plus de vingt ans.
Chaque citoyen, chaque entreprise : un seul identifiant, une seule boîte de réception pour toute la communication avec les pouvoirs publics. Fini les quatre boîtes aux lettres et les six enregistrements.
Des spécifications techniques uniformes pour que les services publics partagent leurs données au lieu de construire des silos.
En finir avec la dépendance à la consultance. L'État doit comprendre, construire et gérer ses propres systèmes.
Les 10 milliards d'euros ne sont pas un chiffre fantaisiste. C'est la somme d'une duplication évitable, de charges administratives qui n'existent pas dans un État normalement structuré, d'un écart de TVA que des systèmes modernes permettent de combler, et d'une industrie de la consultance qui prospère grâce à la complexité.
Chaque année d'attente est une année où nous laissons cette valeur sur la table. Nous la récupérons non pas en économisant sur les gens, mais en cessant de brûler de l'argent dans un chaos structurel.