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Point 21 sur 30

Corruption et intégrité

La Belgique s'enfonce toujours plus sur l'indice international de perception de la corruption : de 77 points en 2015 à 69 en 2025. Le pire résultat de son histoire. Le Danemark obtient 89, l'Estonie 76. Nous nous retrouvons désormais derrière le Luxembourg, les Pays-Bas et même l'Allemagne.

Principe fondamental

La Belgique s'enfonce toujours plus sur l'indice international de perception de la corruption : de 77 points en 2015 à 69 en 2025. Le pire résultat de son histoire. Le Danemark obtient 89, l'Estonie 76. Nous nous retrouvons désormais derrière le Luxembourg, les Pays-Bas et même l'Allemagne. Deux Belges sur trois estiment que la corruption est largement répandue. La loi sur la transaction pénale permet aux fraudeurs de racheter leur procès sans reconnaître leur culpabilité. Cinq rondes successives d'amnistie fiscale sapent le sentiment de justice. Les déclarations de patrimoine des responsables politiques sont conservées dans des enveloppes fermées que personne n'ouvre. Des canaux de signalement pour lanceurs d'alerte existent, mais 87 % des auteurs de signalement s'y perdent. HART choisit la transparence radicale, une application effective des règles et l'égalité de tous devant la loi. Car une société honnête commence par des pouvoirs publics qui montrent eux-mêmes l'exemple.


Les faits en bref

Fait Chiffre Source
Score CPI de la Belgique 2025 69/100 (21e place) Transparency International CPI 2025
Score CPI du Danemark 2025 89/100 (1re place) Transparency International CPI 2025
Score CPI de l'Estonie 2025 76/100 Transparency International CPI 2025
Recul de la Belgique en 10 ans −8 points (de 77 à 69) Transparency International, données historiques
Fraude fiscale estimée en Belgique 6 à 30 Mds € par an BNB (estimation prudente) / étude Murphy PE 2019
Probabilité de contrôle d'une entreprise 1 fois tous les 40 à 50 ans Cour des comptes 2021
Baisse du nombre de contrôleurs fiscaux −21 % (2016-2021) SPF Finances / Visie
Produit de la loi sur la transaction pénale depuis 2011 > 1 Md € (1.847 suspects) VRT NWS, décembre 2024
Produit des 5 rondes d'amnistie fiscale ± 4 Mds € (20 ans) Trends/Knack ; SPF Finances
Irrecevabilité des signalements de lanceurs d'alerte 87 % (secteur privé) Médiateur fédéral, rapport annuel 2024
Recommandations du GRECO mises en œuvre 6 sur 22 (5e cycle d'évaluation) GRECO, Conseil de l'Europe
Réglementation belge du lobbying Pas de loi fédérale, pas de sanctions Linklaters 2024 ; EU Rule of Law Report
Obligation de publication des contrats publics en Belgique Inexistante (publicité uniquement sur demande) Bestuursdecreet 2018 (décret flamand de gouvernance) / loi fédérale sur la publicité de l'administration
Coût du vidéo-podcast « Het Wassalon » de l'autorité flamande 800.000 € sur 3 ans, rendu public seulement après des questions parlementaires VRT NWS, juillet 2026
Slovaquie : un contrat n'est valable qu'après publication en ligne Depuis 2011, 800.000+ contrats en ligne dès 2015 Loi 546/2010 ; TI Slovakia
Économies de l'Ukraine grâce à une plateforme ouverte de marchés publics > 8,7 Mds $ depuis 2016 Open Contracting Partnership / BERD

Position 1 : Transparence numérique sur le modèle estonien

Position

HART veut que la Belgique relève radicalement la transparence numérique des pouvoirs publics au niveau de l'Estonie, afin de rendre la corruption structurellement impossible.

Les faits

La Belgique dispose déjà du Point de contact central (PCC) de la Banque nationale de Belgique, du registre UBO, du Cadastre, de la Banque-Carrefour des Entreprises (BCE) et de l'échange automatique via CRS/FATCA. Mais ces systèmes sont fragmentés et ne sont presque jamais croisés. L'Estonie relie 929 institutions via X-Road, traite 2,7 milliards de requêtes par an et économise 1.345 années de travail. Pour un coût d'à peine 50 à 60 millions d'euros. En Estonie, chaque citoyen peut voir quel service public consulte ses données, et quand. La Belgique ne connaît pas un tel droit de regard pour les citoyens.

Ce que nous allons faire

  • Construire une seule plateforme publique intégrée qui relie le PCC, le registre UBO, le Cadastre, la BCE et les bases de données fiscales. Sur le modèle du X-Road estonien. Pour que la détection de la fraude puisse se faire de manière automatisée et en temps réel.
  • Un droit de regard pour chaque citoyen : via itsme®, chacun doit pouvoir voir quel service public a consulté ses données financières ou personnelles, avec la date et le motif. L'Estonie prouve que cela renforce la vie privée au lieu de la saper.
  • Ancrer dans la loi le datamining sur le PCC, avec une limitation claire des finalités et un contrôle indépendant par l'Autorité de protection des données. Pas comme un chèque en blanc, mais comme une détection ciblée de la fraude, assortie de garanties.
  • Intégrer les comptes en cryptomonnaies dans le PCC (comme le prévoit déjà la loi-programme 2025) et faire appliquer effectivement cette obligation.

Éprouvé en Estonie : X-Road relie 929 institutions, traite 2,7 milliards de requêtes par an et économise 1.345 années de travail. 99 % des déclarations fiscales sont introduites par voie numérique. En 3 minutes en moyenne. L'Estonie obtient 76 au CPI et occupe la 2e place de l'E-Government Development Index de l'ONU. Le principe est simple : on ne peut pas corrompre un ordinateur.


Position 2 : Remplacer la loi sur la transaction pénale par un système de transaction équitable

Position

HART veut remplacer l'actuelle loi sur la transaction pénale par un système de transaction transparent dans lequel les fraudeurs paient toujours plus que ce qu'ils ont fraudé, avec un programme de conformité obligatoire et une reddition de comptes publique.

Les faits

La transaction pénale élargie (art. 216bis du Code d'instruction criminelle) permet aux suspects de délits financiers graves, et en pratique, via le mécanisme de correctionnalisation, aussi pour des faits passibles de peines allant jusqu'à 20 ans, de racheter leur procès sans reconnaissance de culpabilité et sans casier judiciaire. Depuis 2011, 1.847 suspects ont ainsi racheté des poursuites pour plus de 1 milliard d'euros. Omega Diamonds a transigé pour 160 millions d'euros sur une fraude estimée entre 2 et 4,5 milliards d'euros. HSBC a payé 294,4 millions d'euros. La plus grande transaction pénale de l'histoire belge. 9 transactions sur 10 conclues avant 2024 se sont déroulées entièrement à huis clos. La Cour constitutionnelle a partiellement annulé le système en 2016 pour violation du principe d'égalité. Les réformes de 2018 et 2024 ont ajouté un contrôle judiciaire et une audience publique, mais le problème de fond demeure : qui a de l'argent achète sa liberté.

Ce que nous allons faire

  • Remplacer la loi sur la transaction pénale par un nouveau cadre légal dans lequel :
    • Le montant de la transaction s'élève toujours à au moins 150 % de l'avantage frauduleux (sauf déclaration spontanée. Voir Position 3).
    • Un programme de conformité obligatoire est imposé et suivi, sur le modèle français de la CJIP.
    • Une interdiction de gérer de 5 à 15 ans est imposée d'office en cas de fraude grave.
    • Toutes les transactions sont rendues publiques avec le nom, le montant et les faits. Sans exception.
  • Réexaminer les dossiers déjà rachetés : si le montant racheté était manifestement trop faible par rapport à l'avantage frauduleux, le fisc peut encore réclamer la dette fiscale restante par la voie administrative ordinaire.
  • Limiter les transactions aux personnes morales pour les infractions les plus graves. Les auteurs individuels de fraudes graves ont leur place devant le juge.

Éprouvé en France : la Convention judiciaire d'intérêt public (CJIP, depuis 2016) exige des programmes de conformité obligatoires suivis par l'Agence française anticorruption, des audiences publiques, et ne s'applique qu'aux personnes morales. Au Royaume-Uni, les Deferred Prosecution Agreements ont rapporté plus de 1 milliard de livres de sanctions, également assortis de réformes obligatoires des entreprises.


Position 3 : Fraude fiscale : un risque accru d'être pris, des conséquences plus sévères, une porte de sortie honnête

Position

HART veut augmenter drastiquement le risque d'être pris en cas de fraude fiscale, supprimer la prescription pour la fraude grave, et offrir en même temps une porte de sortie honnête à ceux qui déclarent spontanément leur fraude passée.

Les faits

La fraude fiscale estimée en Belgique s'élève à 6 à 30 milliards d'euros par an. Une entreprise n'a qu'une chance d'être contrôlée tous les 40 à 50 ans. Le nombre de contrôleurs fiscaux a baissé de 21 % entre 2016 et 2021. Le délai de prescription pénale pour la fraude fiscale a été porté à 10 ans depuis avril 2024 (loi Procédure pénale I), mais au décès du suspect, l'action publique s'éteint entièrement et tous les biens saisis doivent retourner aux héritiers. En 20 ans, la Belgique a organisé cinq rondes successives d'amnistie fiscale « uniques ». Chaque fois avec la promesse que c'était la dernière. La recherche académique montre que les amnisties répétées font baisser le civisme fiscal de 9 à 10 %.

Ce que nous allons faire

  • Supprimer complètement la prescription de la fraude fiscale grave. Le dossier n'est clôturé que par un paiement effectif : l'impôt dû plus l'amende. Tant que la dette est ouverte, rien ne se prescrit.
  • Récompenser la déclaration spontanée : celui qui déclare de sa propre initiative une fraude fiscale passée bénéficie d'un régime d'amende à 100 % de l'impôt éludé + 30 % de majoration, sans peine de prison, sans casier judiciaire. C'est plus sévère que l'actuelle DLU quinquies (25 à 45 %), mais plus juste que de se faire prendre.
  • Qui se fait prendre paie toujours plus : en cas de constatation par le fisc, l'amende s'élève au minimum à 200 % du montant éludé, plus des poursuites pénales. Le choix est simple : se présenter soi-même ou payer plus cher.
  • Plus aucune nouvelle ronde d'amnistie. La DLU quinquies est la dernière. À son terme, le système de déclaration spontanée devient permanent, mais à des taux plus élevés.
  • Ramener le nombre de contrôleurs fiscaux à niveau et investir dans la détection numérique de la fraude via la plateforme de données intégrée (Position 1).

Éprouvé : le FMI avertit explicitement que les amnisties répétées sapent le civisme fiscal. L'Italie a organisé 27 rondes d'amnistie en 20 ans et a vu la conformité fiscale baisser structurellement. Le régime permanent de déclaration volontaire de la Norvège, sans rondes « uniques » répétées, génère des recettes stables sans aléa moral. Le système fiscal numérique de l'Estonie rend la fraude presque impossible : 99 % de déclarations numériques, contrôles croisés en temps réel.


Position 4 : Confiscation des avoirs : les fraudeurs et leurs héritiers paient

Position

HART veut que l'argent du crime ne s'échappe jamais. Pas même en cas de décès, de fuite ou de prescription de l'auteur.

Les faits

En droit belge actuel, l'action publique s'éteint au décès du suspect (art. 20 du Titre préliminaire du Code de procédure pénale). Cela signifie que si un fraudeur meurt avant une condamnation définitive, tous les avoirs saisis retournent aux héritiers. L'action civile peut être poursuivie séparément, mais ne conduit pas à une confiscation. La Belgique ne connaît pas la confiscation non fondée sur une condamnation (NCBC). La directive (UE) 2024/1260 relative au recouvrement et à la confiscation d'avoirs, adoptée le 24 avril 2024, oblige les États membres à introduire la NCBC. Le délai de transposition expire le 23 novembre 2026. L'Organe central pour la Saisie et la Confiscation (OCSC) ne dispose que d'environ 30 collaborateurs et la Belgique ne publie aucune statistique centralisée sur les avoirs confisqués.

Ce que nous allons faire

  • Transposer de manière accélérée la directive (UE) 2024/1260 : ne pas attendre l'échéance de novembre 2026, mais déposer le projet de loi dans l'année qui suit les élections.
  • Introduire la confiscation non fondée sur une condamnation (NCBC) : en cas de décès, de fuite ou de prescription définitive, la justice doit pouvoir confisquer l'argent du crime via une procédure civile, indépendamment de l'action publique.
  • Rendre possible la confiscation auprès des héritiers : l'argent hérité d'un fraudeur condamné ou suspect peut être saisi si les héritiers connaissaient l'origine illégale ou devaient raisonnablement la connaître.
  • Introduire des Unexplained Wealth Orders (UWO) sur le modèle britannique : pour les avoirs de plus de 50.000 euros détenus par des personnes politiquement exposées ou des suspects de criminalité grave, la charge de la preuve est renversée. Le propriétaire doit démontrer l'origine légale.
  • Renforcer l'OCSC avec davantage de personnel, de budget et de capacités numériques, et l'obliger à publier chaque année des statistiques de confiscation.

Éprouvé au Royaume-Uni : le Proceeds of Crime Act 2002 (Part 5) rend possible la confiscation civile sans condamnation pénale. Le Royaume-Uni récupère chaque année 200 à 350 millions de livres via le POCA. Les Unexplained Wealth Orders, une douzaine émis depuis 2018 et de plus en plus utilisés, ont gelé des millions d'avoirs criminels. La directive (UE) 2024/1260 oblige tous les États membres à introduire des instruments comparables avant novembre 2026.


Position 5 : Un registre des lobbies obligatoire, avec du mordant

Position

HART veut un registre fédéral des lobbies obligatoire et assorti de sanctions, une obligation légale de publier les contacts avec les lobbyistes, et une période de carence pour les responsables politiques qui passent au secteur privé.

Les faits

La Belgique n'a pas de loi fédérale sur le lobbying. Le Parlement fédéral dispose depuis 2018 d'un registre volontaire via son règlement d'ordre intérieur. Sans sanctions en cas de non-enregistrement, sans empreinte législative, et uniquement pour le Parlement, pas pour le pouvoir exécutif. Le Parlement wallon a adopté son propre registre en avril 2024 ; la Flandre et Bruxelles n'ont rien. La Commission européenne (Rule of Law Report 2024) et le GRECO critiquent la Belgique à répétition. Le GRECO a constaté que la Belgique n'a mis en œuvre que 6 des 22 recommandations du 5e cycle d'évaluation. Il n'existe aucune législation sur le pantouflage pour les parlementaires, et seulement une période de carence de 1 an pour les ministres. Sans aucun contrôle.

Ce que nous allons faire

  • Adopter une loi fédérale sur le lobbying comprenant :
    • Un enregistrement obligatoire pour toute personne qui, à titre professionnel, cherche à entrer en contact avec des parlementaires, des membres de cabinet ou des hauts fonctionnaires.
    • Des sanctions : des amendes jusqu'à 25.000 euros et l'exclusion des consultations futures en cas de non-enregistrement ou de fausse déclaration. Sur le modèle irlandais.
    • Une empreinte législative : pour chaque projet de loi, publier quels lobbyistes ont été entendus et quelle contribution ils ont apportée.
    • Un registre en ligne et consultable reprenant tous les contacts entre lobbyistes et mandataires, mis à jour chaque trimestre.
  • Une période de carence de 3 ans pour les ministres et hauts fonctionnaires qui passent au secteur privé dans un domaine où ils avaient un pouvoir de décision. Sur le modèle estonien.
  • Interdiction de pantouflage : pendant la période de carence, les anciens responsables politiques ne peuvent pas faire de lobbying auprès de leur ancienne institution.

Éprouvé en Irlande : le Regulation of Lobbying Act 2015 impose l'enregistrement, un rapport trimestriel, et prévoit des sanctions pénales allant jusqu'à 2 ans de prison. L'Amendment Act 2023 a ajouté des amendes administratives jusqu'à 25.000 euros en cas de violation de la période de carence. L'Irlande obtient 77 au CPI. Le Lobbying Act du Canada institue un Commissioner of Lobbying indépendant, avec une période de carence de 5 ans. L'Estonie impose une période de carence de 3 ans aux fonctionnaires qui passent au secteur privé.


Position 6 : Mieux protéger et récompenser les lanceurs d'alerte

Position

HART veut simplifier radicalement le système des lanceurs d'alerte, créer un point de signalement central unique, et instaurer des récompenses financières pour les signalements qui mènent à une récupération effective de la fraude.

Les faits

La Belgique a transposé tardivement la directive européenne sur les lanceurs d'alerte via deux lois (28 novembre 2022 pour le secteur privé, 8 décembre 2022 pour le secteur public fédéral). 24 autorités compétentes ont été désignées, avec des législations différentes pour le secteur privé, le secteur public fédéral et les secteurs publics régionaux. En 2024, le Médiateur fédéral a reçu 705 nouveaux dossiers. Plus de 2,5 fois les 271 de 2023. Mais 87 % des signalements externes issus du secteur privé sont irrecevables, principalement parce que l'infraction signalée ne relève pas des 14 domaines couverts ou ne s'inscrit pas dans un contexte professionnel. Le Médiateur fédéral lui-même qualifie la complexité de barrière. La Belgique ne connaît aucune récompense financière pour les lanceurs d'alerte.

Ce que nous allons faire

  • Créer une Maison des lanceurs d'alerte centrale et indépendante. Sur le modèle néerlandais (Huis voor Klokkenluiders) : qui donne des conseils et mène des enquêtes, à la place du système fragmenté actuel avec ses 24 autorités compétentes.
  • Élargir le champ d'application matériel pour que tous les signalements de fraude, de corruption ou d'abus de fonds publics soient recevables. Sans limitation à 14 domaines techniques.
  • Instaurer des récompenses financières : les lanceurs d'alerte dont le signalement mène à une récupération effective d'au moins 100.000 euros reçoivent une prime de 10 à 15 % du montant récupéré, avec un maximum de 1 million d'euros. Sur le modèle américain de la SEC.
  • Une seule loi pour tous les secteurs : fusionner le privé, le fédéral et le régional dans un seul cadre légal cohérent, avec une seule procédure de signalement et un seul régime de protection.
  • Rendre obligatoire la possibilité de signalements anonymes pour toutes les organisations de plus de 50 travailleurs (aujourd'hui : 250+).

Éprouvé aux États-Unis et aux Pays-Bas : le SEC Whistleblower Program (depuis 2010) a récupéré plus de 6,3 milliards de dollars grâce à des récompenses de 10 à 30 % des sanctions supérieures à 1 million de dollars. Le Huis voor Klokkenluiders des Pays-Bas fonctionne comme une autorité indépendante dotée de compétences de conseil et d'enquête. Un seul point de contact au lieu d'un labyrinthe d'instances.


Position 7 : Intégrité politique : livres ouverts, contrôle indépendant

Position

HART veut que les déclarations de patrimoine des responsables politiques deviennent publiques, qu'une autorité indépendante contrôle le financement politique, et que les conflits d'intérêts soient combattus structurellement.

Les faits

La Belgique interdit les dons des entreprises et limite les dons individuels à 500 euros par parti et par an. Les partis reçoivent chaque année plus de 75 millions d'euros de dotations publiques. Mais le contrôle est un simulacre : la Commission de contrôle est composée exclusivement de parlementaires. Les politiques se contrôlent eux-mêmes. Les déclarations de patrimoine sont déposées à la Cour des comptes dans des enveloppes fermées que seul un juge d'instruction peut ouvrir. La Cour des comptes n'a aucun mandat pour ouvrir ou vérifier les déclarations. Elles sont conservées 5 ans, puis détruites. Le GRECO a critiqué le système à plusieurs reprises. Il n'existe aucune règle pour les publicités sur les réseaux sociaux pendant la période de prudence. Les partis belges ont dépensé 7,4 millions d'euros en publicités en ligne pendant la campagne de 2024. Il n'y a pas d'interdiction des dons étrangers.

Ce que nous allons faire

  • Publier les déclarations de patrimoine de tous les mandataires sur un site web consultable, mis à jour chaque année, en incluant le partenaire et les enfants majeurs à charge. Sur le modèle norvégien : publication obligatoire dans les 20 jours via le registre parlementaire.
  • Créer une Autorité indépendante pour l'intégrité politique. Sur le modèle français (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, HATVP), qui :
    • Vérifie et publie les déclarations de patrimoine
    • Enquête sur les conflits d'intérêts
    • Surveille les contacts avec les lobbyistes
    • Est indépendante du Parlement
  • Interdire les dons étrangers et exclure les dons d'entités ayant des contrats publics en cours.
  • Réglementer les publicités politiques en ligne pendant la période de prudence : transparence obligatoire sur qui paie, combien, et quel public cible est atteint.
  • Limiter le cumul des mandats rémunérés : maximum deux mandats rémunérés par personne, avec publication obligatoire de toutes les rémunérations.
  • Allonger la période de carence des ministres de 1 à 3 ans, avec notification obligatoire à l'Autorité pour l'intégrité politique.

Éprouvé en France et en Norvège : en France, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP, depuis 2013) vérifie et publie les déclarations de patrimoine d'environ 18.000 mandataires, enquête sur les conflits d'intérêts et rend des avis sur les cas de pantouflage. La Norvège publie depuis plus de 200 ans les données fiscales de tous ses citoyens (skattelister) : avec authentification obligatoire et notification en cas de consultation depuis 2014. Le National Audit Office de la Finlande exerce un contrôle indépendant sur le financement des élections et des partis, avec un pouvoir de sanction.


Position 8 : Pas de publication, pas de contrat

Position

HART veut que chaque contrat public ne devienne juridiquement valable qu'après sa publication intégrale en ligne, et que tous les marchés publics passent par une seule plateforme ouverte. Sur le modèle slovaque et ukrainien.

Les faits

En Belgique, il n'existe aucune obligation de publier proactivement les contrats publics ; la publicité de l'administration fonctionne surtout sur demande. Juillet 2026 a montré ce que cela donne : le Parlement flamand n'a appris qu'un mois après le lancement, et uniquement parce qu'il l'a explicitement demandé, que le vidéo-podcast « Het Wassalon » de l'autorité flamande coûte 800.000 euros sur trois ans. Aucune règle n'a été enfreinte ; c'est précisément le problème. Les commandes passées dans le cadre d'un accord-cadre ne requièrent en outre aucune nouvelle publication, ce qui laisse les dépenses individuelles invisibles. La Cour des comptes avait déjà constaté des infractions structurelles aux règles des marchés publics pour 2,5 milliards d'euros de dépenses fédérales de consultance (2020-2022). La Slovaquie s'est attaquée au problème de manière fondamentale en 2011 : chaque contrat conclu avec les pouvoirs publics n'y entre en vigueur que le lendemain de sa publication dans le registre central des contrats, et est nul de plein droit s'il n'est pas en ligne dans les trois mois. Les bons de commande et les factures y sont également publiés. Depuis 2016, l'Ukraine fait passer tous ses marchés publics par la plateforme ouverte ProZorro.

Ce que nous allons faire

  • Introduire la règle slovaque : chaque contrat de chaque autorité publique, y compris les cabinets, y compris les commandes passées dans le cadre d'accords-cadres au-delà d'un seuil, ne devient juridiquement valable qu'après sa publication intégrale dans un registre public central. Pas publié dans les trois mois : nul de plein droit. Les exceptions (sécurité, données personnelles) sont énumérées limitativement et motivées publiquement. La leçon de la Slovaquie : ne pas laisser vingt exceptions se glisser dans la loi.
  • ProZorro-Belgique : tous les marchés publics via une seule plateforme numérique, publique en temps réel, avec un contrôle indépendant et une liste noire des soumissionnaires exclus.
  • Appliquer l'Open Contracting Data Standard, pour que chaque attribution soit interrogeable par machine pour la presse, les chercheurs et les citoyens.
  • Restreindre les attributions sans mise en concurrence : obligation de motivation publique pour chaque procédure négociée sans publication préalable et pour chaque commande sur accord-cadre au-delà d'un seuil, avec chaque fois la mention de la valeur estimée et du nombre d'opérateurs consultés.
  • La Flandre n'attend pas le niveau fédéral : la règle de validité peut être introduite par décret, sans réforme de l'État.

Éprouvé en Slovaquie et en Ukraine : depuis la loi slovaque de 2011, près de 8 % de la population consulte chaque année au moins un contrat ou une facture en ligne, la couverture médiatique des dépenses publiques a augmenté d'un quart, les scandales éclatent plus vite et la perception de la corruption a commencé à baisser (Transparency International Slovakia, 2015). L'Ukraine a économisé plus de 8,7 milliards de dollars via ProZorro depuis 2016 ; le nombre d'entreprises soumissionnaires est passé de 14.000 à 140.000 et la corruption perçue dans les marchés publics par les entrepreneurs a presque diminué de moitié, de 58 % à 29 % (Open Contracting Partnership, BERD).


Position 9 : La communication publique sert la politique, pas le ministre

Position

HART veut une norme légale qui fasse porter la communication publique sur la politique menée plutôt que sur les membres du gouvernement, un contrôle indépendant préalable pour chaque grande campagne, et un seul tableau de bord public reprenant toutes les dépenses de communication par ministre.

Les faits

La campagne Wassalon (800.000 euros, voir Position 8) a atteint 2.300 vues en un mois avec sa vidéo YouTube la plus regardée. La Flandre dispose d'une Commission de contrôle des communications gouvernementales (décret du 19 juillet 2002), mais ce sont des parlementaires qui y jugent les ministres, l'accent est mis sur les communications gouvernementales et la période de prudence, et une campagne continue avec podcast tombe dans une zone grise. Les Pays-Bas font autrement : les Uitgangspunten overheidscommunicatie (principes de base de la communication publique) prévoient que la communication porte toujours sur le contenu de la politique et jamais sur l'image des membres du gouvernement ; un ministre n'y figure jamais dans une communication payante et le Voorlichtingsraad (conseil de l'information publique) examine les exceptions au préalable. L'Ontario (Canada) impose depuis le Government Advertising Act de 2004 que l'Auditor General approuve au préalable chaque publicité gouvernementale quant à son caractère non partisan. Lorsque ce contrôle a été affaibli en 2015 en une simple liste de contrôle, 43 millions de dollars (38 % du budget publicitaire) sont allés, selon l'Auditor General, à des publicités qu'elle juge partisanes mais qu'elle ne peut plus bloquer.

Ce que nous allons faire

  • Une norme légale de communication : la communication publique porte sur la politique menée et les services rendus, pas sur le membre du gouvernement. Les ministres ne figurent pas dans les campagnes payantes des pouvoirs publics. Sur le modèle néerlandais.
  • Un contrôle indépendant préalable : chaque campagne publique de plus de 100.000 euros est examinée avant attribution par la Cour des comptes quant à son caractère non partisan et à son efficacité, avec une marge d'appréciation discrétionnaire. La leçon de l'Ontario en 2015 : une simple liste à cocher ne suffit pas.
  • Un seul tableau de bord public avec toutes les dépenses de communication par ministre, par campagne et par canal, en temps réel et avec les chiffres d'audience.
  • Réformer la Commission de contrôle des communications gouvernementales : des membres indépendants à la place de parlementaires qui se contrôlent eux-mêmes, compétente pour tous les canaux (y compris les podcasts, les influenceurs et les réseaux sociaux) et pour toute la législature, pas seulement la période de prudence.

Éprouvé aux Pays-Bas et en Ontario : depuis des décennies, les Pays-Bas tiennent les membres du gouvernement à l'écart des campagnes publiques payantes grâce aux Uitgangspunten overheidscommunicatie, sans que l'information publique en souffre. L'Ontario démontre les deux faces de la médaille : avec un contrôle préalable discrétionnaire par l'Auditor General, la publicité gouvernementale partisane est restée quasi inexistante ; après l'affaiblissement en liste de contrôle en 2015, elle a grimpé à 43 millions de dollars. Le mécanisme fonctionne, à condition que le contrôleur dispose d'une réelle marge d'appréciation.


Résumé

Le score en baisse de la Belgique sur le Corruption Perceptions Index, de 77 à 69 en dix ans, n'est pas un hasard mais le résultat de lacunes structurelles en matière de transparence, d'application des règles et de contrôle indépendant. Alors que le Danemark, l'Estonie et la Finlande figurent structurellement dans le peloton de tête, la Belgique a glissé dans la moitié inférieure de l'Europe occidentale. L'écart avec les pays de tête est passé de 14 à 20 points en dix ans.

Le problème n'est pas que la Belgique manque d'instruments. Le PCC, le registre UBO, le Cadastre et l'échange automatique existent tous. Mais ils sont fragmentés, sous-utilisés et insuffisamment appliqués. La loi sur la transaction pénale a rapporté plus de 1 milliard d'euros en treize ans, mais à un prix élevé pour la confiance dans l'égalité de traitement : qui a de l'argent rachète son procès. Cinq rondes successives d'amnistie fiscale en vingt ans, chaque fois présentées comme « uniques », ont structurellement sapé le civisme fiscal. La recherche académique montre que les amnisties répétées font baisser de 9 à 10 % la volonté de payer ses impôts.

Le système des lanceurs d'alerte existe sur papier mais ne fonctionne pas en pratique : 87 % des signalements externes issus du secteur privé sont irrecevables, et trois lois différentes pour trois secteurs différents créent un labyrinthe dans lequel les auteurs de signalement se perdent. Le financement politique est contrôlé par les politiques eux-mêmes, au sein d'une Commission de contrôle que le GRECO a qualifiée à plusieurs reprises de non crédible. Les déclarations de patrimoine disparaissent dans des enveloppes fermées que la Cour des comptes n'a pas le droit d'ouvrir. La Belgique n'a pas de loi fédérale sur le lobbying, pas de sanctions pour les lobbyistes qui ne s'enregistrent pas, et pas de règles pour les publicités politiques en ligne.

HART veut changer cela fondamentalement avec neuf mesures concrètes : une plateforme numérique de transparence intégrée sur le modèle du X-Road estonien, qui automatise la détection de la fraude et donne aux citoyens un droit de regard ; le remplacement de la loi sur la transaction pénale par un système de transaction équitable où les fraudeurs paient toujours plus que ce qu'ils ont volé ; la suppression de la prescription pour la fraude fiscale grave, combinée à un régime d'amende honnête pour ceux qui déclarent spontanément leur fraude ; l'introduction accélérée de la confiscation non fondée sur une condamnation, pour que l'argent du crime ne s'échappe jamais, pas même en cas de décès ou de fuite ; un registre des lobbies obligatoire, assorti de sanctions et d'une période de carence de trois ans ; une Maison des lanceurs d'alerte centrale, avec des récompenses financières pour les signalements qui mènent à une récupération ; une Autorité indépendante pour l'intégrité politique qui vérifie et publie les déclarations de patrimoine et enquête sur les conflits d'intérêts ; la règle selon laquelle chaque contrat public ne devient juridiquement valable qu'après publication en ligne, avec tous les marchés publics sur une seule plateforme ouverte ; et une norme de communication qui fait porter la communication publique sur la politique menée plutôt que sur les ministres, avec un contrôle indépendant préalable.

Chaque mesure repose sur des systèmes qui ont fait leurs preuves ailleurs. L'administration numérique de l'Estonie économise 1.345 années de travail par an et rend la fraude structurellement plus difficile. La HATVP française vérifie les déclarations de patrimoine de 18.000 mandataires. La loi irlandaise sur le lobbying prévoit des amendes jusqu'à 25.000 euros et des peines de prison en cas d'infraction. Le Proceeds of Crime Act britannique récupère chaque année 200 à 350 millions de livres d'argent du crime, y compris via la confiscation non fondée sur une condamnation. Le SEC Whistleblower Program américain a récupéré plus de 6,3 milliards de dollars en récompensant financièrement les lanceurs d'alerte. La Norvège publie depuis plus de deux siècles les données fiscales de chaque citoyen. Depuis 2011, la Slovaquie ne rend chaque contrat public valable qu'après sa publication en ligne. L'Ukraine a économisé plus de 8,7 milliards de dollars grâce à une seule plateforme ouverte de marchés publics. Et les Pays-Bas tiennent depuis des décennies les ministres à l'écart des campagnes publiques payantes.

Combattre la corruption commence par la transparence. La transparence commence par le monde politique lui-même. HART fait de la Belgique un pays où tout le monde suit les mêmes règles. Y compris ceux qui sont aux commandes.