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Point 29 sur 30

IA et robotisation

Principe fondamental : l'IA et les robots vont reprendre le travail. Et c'est une bonne chose. La question n'est pas de savoir si les machines deviendront meilleures et moins chères que les humains, mais à qui reviendront les gains.

Principe fondamental : l'IA et les robots vont reprendre le travail. Et c'est une bonne chose. La question n'est pas de savoir si les machines deviendront meilleures et moins chères que les humains, mais à qui reviendront les gains. HART choisit un système capitaliste dans lequel l'innovation est récompensée, les entrepreneurs sont libres, et les gains de productivité spectaculaires de l'IA et de la robotisation sont redistribués à chaque citoyen. Pas par une politique d'aumônes, mais par un système structurel : celui qui travaille gagne plus, celui qui ne peut pas travailler vit dignement, et les machines contribuent. Avec IMEC, la Belgique possède un acteur mondial des technologies de puces ; avec ses universités de pointe, une base de connaissances en IA ; et avec son modèle de concertation sociale, la bonne tradition. Ce qui manque, c'est l'ambition, la coordination et l'honnêteté sur ce qui nous attend.

La révolution de l'IA n'est pas un scénario d'avenir. Elle a commencé. McKinsey estime que 57 % de toutes les heures de travail aux États-Unis sont déjà techniquement automatisables. 44 % via des agents IA, 13 % via des robots. Goldman Sachs projette que l'IA générative peut augmenter le PIB mondial d'environ 7 %. 7.000 milliards de dollars par an sur une décennie. Le World Economic Forum prévoit que, d'ici 2030, 170 millions de nouveaux emplois seront créés dans le monde, mais que 92 millions disparaîtront. L'OCDE avertit que 27 % de tous les emplois dans les pays de l'OCDE courent un risque élevé d'automatisation.

La Belgique est à un point de bascule. Avec IMEC, nous avons le plus important laboratoire indépendant de semi-conducteurs au monde. Chiffre d'affaires de plus de 1 milliard d'euros, 6.500 collaborateurs, des partenaires comme ASML et TSMC. Nous avons 744 start-ups IA, des dépenses de R&D de 3,4 % du PIB (au-dessus de l'objectif européen de 3 %), et un taux d'adoption de l'IA par les entreprises qui figure au sommet de l'UE (3e-4e, selon l'année de mesure). Mais nous ne sommes que 22e au Tortoise Global AI Index. Nos quatre niveaux de pouvoir (fédéral, flamand, wallon, bruxellois) dépensent ensemble environ 70 à 80 millions d'euros par an via des plans IA spécifiques. Avec, en plus, environ 75 à 80 millions d'euros via les instruments R&D ordinaires. Alors que la France investit 2,2 milliards d'euros, l'Allemagne 5 milliards d'euros, et Singapour 743 millions de dollars pour un pays de 6 millions d'habitants. Une étude d'Implement Consulting Group/Google avertit que la Belgique risque un retard d'adoption de 5 ans par rapport aux pays de tête. La différence entre 45 à 50 milliards d'euros et seulement 10 à 12 milliards d'euros de gain de PIB sur la décennie à venir.

Pendant ce temps, la Belgique perd des emplois industriels au profit de l'automatisation sans en récolter les fruits. Audi Brussels a fermé en février 2025. Plus de 3.000 emplois perdus après 76 ans. Volvo Gand est notre dernière usine automobile. Le port d'Anvers-Bruges s'automatise à un rythme soutenu. Et le fossé régional se creuse : la Flandre affiche 4,5 % de chômage, la Wallonie 7,9 %, Bruxelles 13,1 % (national : 6,5 %, Q3 2025). Qui n'investit pas dans la capacité IA et dans les filets de sécurité sociale abandonne la transition au hasard. HART s'y refuse.


Les faits

Indicateur Belgique Contexte
Tortoise Global AI Index 22e sur 62 pays (2023) Infrastructure : 43e. Stratégie gouvernementale : 36e
IMEC Chiffre d'affaires >1 Md € (2024). 6.500 collaborateurs Premier centre indépendant de R&D en semi-conducteurs au monde
Start-ups IA 744 (Bureau fédéral du Plan) Bruxelles : 124. Gand : 108. Anvers : 86. Louvain : 53
Dépenses de R&D 3,4 % du PIB (2024) Moyenne UE : 2,24 %. Israël : ± 6,3 %. Corée du Sud : ± 5,0 %
Adoption de l'IA (entreprises) 24,7 % de toutes les entreprises (2024) 3e de l'UE (après le Danemark et la Suède). En hausse depuis 13,8 % (2023)
Densité robotique 198-216 pour 10.000 travailleurs Moyenne UE : 219. Corée du Sud : 1.012. Allemagne : 429
Chômage (Q3 2025) National : 6,5 % FL : 4,5 %. WAL : 7,9 %. BRU : 13,1 %
Taux d'emploi (20-64) 72,7 % Objectif : 80 % d'ici 2029
Sécurité sociale ± 26-28 % du PIB (selon la méthode de mesure) Presque entièrement financée par les revenus du travail
Dépenses publiques en IA (plans spécifiques) ± 70 à 80 M€/an Plus ± 75 à 80 M€ via la R&D ordinaire. FR : 2,2 Mds €. DE : 5 Mds €. SG : 743 M$
Score DESI 6e de l'UE Fort en connectivité ; faible en infrastructure IA
Gain de PIB potentiel de l'IA 45 à 50 Mds € (10 ans, en cas d'adoption rapide) Avec 5 ans de retard : seulement 10 à 12 Mds €

Sources : Tortoise Global AI Index (2023) ; IMEC, rapport annuel 2024 ; Bureau fédéral du Plan (start-ups IA) ; Eurostat (R&D 2024 ; adoption de l'IA 2024) ; Implement Consulting Group/Google (mars 2024) ; IFR World Robotics (2024) ; Statbel (marché du travail Q3 2025) ; OCDE/AI Watch Belgium.


1. Une politique industrielle belge de l'IA : de pays du savoir à champion de l'IA

Position : La Belgique dispose d'une recherche en IA de classe mondiale, mais échoue dans la commercialisation. IMEC est le plus important laboratoire indépendant de semi-conducteurs au monde, le VUB AI Lab est l'un des plus anciens laboratoires d'IA d'Europe continentale (fondé en 1983, 850+ publications), le groupe DTAI de la KU Leuven et Leuven.AI figurent parmi l'élite européenne, et l'IDLab de l'UGent (partenaire d'imec) livre des percées en vision par ordinateur et en technologie vocale. Pourtant, la Belgique n'est que 22e à l'index mondial de l'IA. Avec des scores particulièrement faibles en infrastructure (43e) et en stratégie gouvernementale (36e).

Le problème n'est pas le talent, mais l'échelle et la coordination. Les quatre stratégies belges en matière d'IA (Plan IA flamand : 153,5 millions d'euros en 2024, instruments R&D ordinaires compris ; DigitalWallonia4.ai : environ 18 millions d'euros par an + 32 millions d'euros pour le projet ARIAC ; Bruxelles/Innoviris : environ 22 millions d'euros ; Plan national de convergence fédéral : pas de nouveau budget significatif) sont fragmentées et sous-financées par rapport aux pays voisins. La France a soutenu Mistral AI. Fondée par trois chercheurs privés en avril 2023, l'entreprise a atteint une valorisation de 11,7 milliards d'euros en 29 mois. Grâce à une action coordonnée : co-investissement de Bpifrance (plus de 1 milliard d'euros dans des entreprises d'IA), soutien présidentiel, marchés publics et investissements dans les infrastructures. Avec Collibra (valorisation d'environ 5,25 milliards de dollars en 2021, gouvernance des données, Bruxelles) et Robovision (valorisation de 180 millions de dollars, vision par ordinateur, Gand), la Belgique a des candidats à la montée en échelle, mais aucune politique coordonnée pour les soutenir.

Ce que nous allons faire :

  • Créer un véhicule belge d'investissement dans l'IA qui mutualise les moyens de VLAIO (agence flamande pour l'innovation et l'entrepreneuriat), de la SRIW (wallonne), d'Innoviris (bruxellois) et des fonds fédéraux. Capital de départ : 500 millions d'euros sur 5 ans. Financé par la réorientation des budgets R&D existants et des fonds européens (EuroHPC, Horizon Europe, InvestAI). Objectif : hisser au moins 3 scale-ups belges de l'IA au statut de licorne.
  • Ouvrir obligatoirement les marchés publics aux solutions belges d'IA. Chaque service public fédéral doit utiliser, d'ici 2028, au moins un système d'IA de fabrication belge. Pour le traitement de documents, la détection des fraudes ou le service aux citoyens. Cela crée des débouchés garantis pour les entreprises belges d'IA, sur le modèle avec lequel la France a lancé Mistral AI auprès du service de l'emploi France Travail.
  • Transformer IMEC en laboratoire mondial des puces IA. Orienter les nouveaux laboratoires imec.AI (2026), l'Automotive Chiplet Program avec Arm et la capacité d'IC-Link en ASIC sur mesure vers trois priorités : des puces neuromorphiques pour l'IA en périphérie (edge AI), des accélérateurs d'inférence sur mesure pour des applications souveraines européennes, et des processeurs IA à base de chiplets pour l'automobile et l'industrie. Financement supplémentaire : au minimum 100 millions d'euros sur 5 ans pour un IMEC AI Chip Design Center spécifique.
  • Combler le fossé de calcul IA. Le superordinateur belge de niveau Tier-1 « sofia » (VUB) représente un investissement de 8,6 millions d'euros. Mistral AI possède à elle seule 18.000 superpuces NVIDIA Grace Blackwell dans un seul centre de données. HART veut un décuplement, à 85 millions d'euros ou plus, pour un superordinateur IA dense en GPU, un cloud IA souverain belge (public-privé, conforme au RGPD, expertise IMEC), et un accès subventionné aux GPU pour les start-ups sur le modèle du système français Jean Zay.

Éprouvé : France. Mistral AI : fondée en avril 2023, valorisation de 11,7 Mds € en 29 mois. ± 2,8 Mds € levés. 109 Mds € d'investissements privés en IA annoncés (Sommet de Paris sur l'IA, févr. 2025). Co-investissement de Bpifrance + marchés publics comme rampe de lancement. Singapour. National AI Strategy 2.0 : 1 Md S$ sur 5 ans. Objectif : 15.000 spécialistes en IA. Premier Model AI Governance Framework (2019) et kit de test AI Verify (2022). Israël. ± 6,3 % du PIB en R&D (le plus élevé au monde). Filière Unit 8200 : 1.000+ start-ups. Rachat de Wiz par Google : 32 Mds $ (2025). Corée du Sud. K-Semiconductor Belt : ± 510.000 milliards de wons (± 450 à 510 Mds $) d'investissements dans les semi-conducteurs. Samsung + SK Hynix : ± 80 % de la production mondiale de HBM (essentielle pour les puces IA ; part en baisse avec la montée de Micron).


2. Travailler moins, vivre mieux : la vraie semaine de quatre jours

Position : La Belgique a rendu la semaine de quatre jours légalement possible en 2022. Mais c'est une mesure en trompe-l'œil. La loi permet seulement aux travailleurs de comprimer les mêmes 38 à 40 heures hebdomadaires en quatre journées plus longues. Et à peine 1 % environ des travailleurs y recourent. Ce n'est pas une réduction du temps de travail. C'est un horaire comprimé. La vraie révolution est une semaine de 32 heures avec maintien du salaire, financée par les gains de productivité de l'IA et de l'automatisation.

Les preuves internationales sont encourageantes. L'expérience britannique de la semaine de quatre jours (2022) : la plus grande au monde, 61 entreprises, 2.900 travailleurs. Elle a montré que 92 % des entreprises participantes ont conservé la semaine de quatre jours, dont 18 de façon permanente. Le chiffre d'affaires est resté stable (+1,4 % en moyenne dans les 23 entreprises qui ont partagé leurs données), la rotation du personnel a baissé de 57 %, et 39 % des travailleurs ont rapporté moins de stress, avec 71 % de burn-out en moins. Les expériences islandaises (2014-2021) avec 2.500+ travailleurs du secteur public ont montré un maintien ou une amélioration de la productivité, après quoi les syndicats ont obtenu une marge de négociation plus large pour la réduction du temps de travail. Avec des réductions réelles allant en moyenne de 35 minutes/semaine (secteur privé) à 65 minutes/semaine (secteur public).

Si l'IA a le potentiel technique d'automatiser 57 % des heures de travail aux États-Unis, la conséquence logique est que les gens doivent travailler moins pour la même production. Le choix est le suivant : moins de personnes au travail (chômage) ou moins d'heures pour tout le monde (prospérité). HART choisit la seconde option.

Ce que nous allons faire :

  • Lancer un projet pilote d'une vraie semaine de 32 heures (4 jours, 8 heures) avec maintien du salaire dans la fonction publique fédérale. Durée : 2 ans. Critères d'évaluation : productivité, bien-être, absentéisme pour maladie et service public. En cas de succès : extension à l'ensemble du secteur public et cadre légal pour le secteur privé.
  • Récompenser fiscalement les entreprises qui instaurent la semaine de 32 heures. Réduction temporaire des cotisations patronales à l'ONSS pour les entreprises qui réduisent le temps de travail à 32 heures/semaine avec maintien du salaire. À condition qu'elles réalisent de façon démontrable le gain de productivité via l'IA ou l'automatisation.
  • Ancrer dans la loi le droit au travail à temps partiel sans préjudice de carrière. Les chances de promotion, les droits à la formation et la constitution de la pension sont calculés proportionnellement sur la base de la production, pas des heures de présence.

Éprouvé : Royaume-Uni. Expérience de la semaine de quatre jours (2022) : 61 entreprises, 2.900 travailleurs. 92 % ont conservé la semaine de quatre jours. Chiffre d'affaires +1,4 % (23 entreprises avec données). Rotation du personnel −57 %. 71 % de burn-out en moins. Islande. 2.500+ travailleurs (2014-2021) : productivité maintenue ou améliorée. Les syndicats ont ensuite négocié une réduction plus large du temps de travail : −35 min/semaine (privé) à −65 min/semaine (public). Belgique (aujourd'hui) : la loi de 2022 n'autorise que la compression des mêmes heures. ± 1 % d'adoption. Pas de réelle réduction du temps de travail.


3. Le bac à sable IA : accélérer l'innovation, rendre la régulation plus intelligente

Position : L'AI Act européen. La première loi globale sur l'IA au monde. Entrée en vigueur le 1er août 2024, avec une mise en œuvre progressive jusqu'en 2027. Chaque État membre doit créer au moins un bac à sable réglementaire de l'IA d'ici août 2026. Pour la Belgique, c'est une occasion de mener une politique favorable à l'innovation dans le cadre européen. Au lieu de se contenter d'une mise en œuvre passive.

Le paysage réglementaire belge est complexe : l'autorité fédérale, chaque Région et chaque Communauté détiennent des compétences qui touchent à l'IA (économie, enseignement, soins de santé, justice). Sans coordination, il en résulte un patchwork qui freine l'innovation. En même temps, l'AI Act européen offre des opportunités : les bacs à sable réglementaires permettent aux entreprises de tester des systèmes d'IA à haut risque sous supervision, avec des exemptions de certaines obligations. Les amendes prévues par l'AI Act sont échelonnées : jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial pour les pratiques interdites, 15 millions d'euros ou 3 % pour les infractions relatives aux systèmes à haut risque, et 7,5 millions d'euros ou 1 % pour les informations trompeuses. Un bac à sable réglementaire réduit ce risque pour les entreprises innovantes.

Ce que nous allons faire :

  • Créer un modèle belge fédéré de bac à sable IA. Un bac à sable IA fédéral coordonné par l'IBPT/SPF BOSA, avec des extensions régionales en Flandre (VLAIO), en Wallonie (DigitalWallonia4.ai) et à Bruxelles (FARI, qui exploite déjà un AI Test & Experience Hub). Un seul guichet, quatre canaux d'exécution.
  • Trois domaines prioritaires pour le bac à sable. L'IA en santé (levier sur l'écosystème pharmaceutique belge : Janssen/J&J à Beerse avec l'incubateur JLABS, UCB, GSK), l'IA financière (Bruxelles comme centre financier) et l'IA industrielle (industrie manufacturière et chimie en Flandre). Le projet Mission Lucidity d'IMEC (technologie brain-on-chip pour la recherche sur la démence, avec la KU Leuven, le VIB et l'UZ Leuven) est un candidat idéal pour le bac à sable.
  • Ancrer dans la loi un « droit d'expérimenter ». Les entreprises belges d'IA obtiennent le droit de tester pendant maximum 2 ans des systèmes d'IA innovants dans un environnement contrôlé, avec une protection légale contre la responsabilité moyennant le respect des conditions du bac à sable. Sur le modèle de l'approche britannique pro-innovation.
  • Positionner la Belgique comme leader de la mise en œuvre de l'AI Act européen. En tant que siège des institutions de l'UE, la Belgique occupe une position unique. HART veut que la Belgique soit le premier État membre à disposer d'un bac à sable pleinement opérationnel. Pas le dernier.

Éprouvé : AI Act européen. Approche fondée sur les risques. Interdiction de la notation sociale (févr. 2025). Règles pour l'IA à haut risque (août 2026). Obligation d'un bac à sable par État membre (août 2026). Amendes échelonnées jusqu'à 35 M€/7 % du chiffre d'affaires. Royaume-Uni. AI Security Institute (anciennement AI Safety Institute) : budget annuel ± 66 M£, la plus grande équipe publique de sécurité de l'IA au monde. Approche pro-innovation qui évite explicitement la régulation horizontale à l'européenne. Estonie. Stratégie IA Kratt : objectif de 50 cas d'usage de l'IA dans les services publics, budget initial de 10 M€. 99 % des services publics en ligne via X-Road (900+ institutions, 3.000+ services numériques). Singapour. Premier Model AI Governance Framework (2019). Kit de test AI Verify (2022). Approche par bac à sable combinée à une adoption directe par les pouvoirs publics.


4. Le prélèvement sur l'automatisation : les machines contribuent à la société

Position : La sécurité sociale belge. Environ 26 à 28 % du PIB, selon la méthode de mesure. Elle est presque entièrement financée par des cotisations sur les revenus du travail (environ 25 à 28 % de cotisations patronales + 13,07 % de cotisations personnelles). Si l'IA et les robots reprennent de plus en plus de travail, la base imposable se rétrécit tandis que les besoins augmentent. Ce modèle de financement est une bombe à retardement. La Banque nationale de Belgique (BNB) documente un effet pervers : les coûts salariaux élevés incitent précisément les entreprises à automatiser plus vite. Le FMI a conclu (2016) que la Belgique pourrait atteindre la même réduction des inégalités avec 3,25 points de pourcentage du PIB de dépenses en moins si l'efficience de sa redistribution se situait à la moyenne de l'UE.

La solution n'est pas moins de protection sociale, mais un financement plus intelligent : déplacer progressivement la base imposable du travail vers l'automatisation, la consommation et les revenus du capital issus de l'IA.

Ce que nous allons faire :

  • Instaurer un prélèvement sur l'automatisation sur le modèle sud-coréen. En 2017, la Corée du Sud a été le premier pays au monde à instaurer une forme de « taxe sur les robots ». Pas comme impôt direct, mais comme réduction des déductions fiscales pour les investissements d'automatisation (jusqu'à 2 points de pourcentage de déduction en moins). Une étude (Kang et al., 2024) montre que cela a conduit au maintien de l'emploi, à une réduction des inégalités salariales et, de façon inattendue, à des recettes publiques plus élevées. HART veut un mécanisme belge comparable : une réduction progressive des déductions pour investissement pour l'automatisation purement substitutive du travail, combinée à des déductions majorées pour l'IA complémentaire à l'humain (des systèmes qui rendent les travailleurs plus productifs au lieu de les remplacer).
  • Instaurer un dividende de productivité IA. Les entreprises qui automatisent de façon démontrable plus de 30 % de leurs processus de travail paient une contribution de 0,5 à 1 % du gain de chiffre d'affaires attribuable à l'automatisation, plafonnée et avec exonération pour les PME de moins de 50 travailleurs. Les recettes alimentent le Fonds belge de transition IA (position 6).
  • Refinancer progressivement la sécurité sociale. D'ici 10 ans, la part des cotisations salariales dans le financement total doit baisser sensiblement, la différence étant comblée par le prélèvement sur l'automatisation, une contribution majorée sur les revenus du capital issus d'activités liées à l'IA, et des taxes à la consommation sur les services automatisés.
  • Plaider au niveau international pour une coordination à l'échelle de l'UE. Des taxes unilatérales sur l'automatisation créent un désavantage concurrentiel. HART veut que la Belgique plaide au sein de l'UE pour une taxe coordonnée sur les superprofits de l'IA et un prélèvement sur les données numériques, dans le prolongement du minimum de 15 % d'impôt des sociétés du Pilier 2 de l'OCDE.

Éprouvé : Corée du Sud. Première « taxe sur les robots » au monde (2017) : réduction des déductions fiscales pour les investissements d'automatisation (jusqu'à 2 points de pourcentage). Étude Kang et al. (2024) : maintien de l'emploi, moins d'inégalités salariales, recettes publiques plus élevées. Pilier 2 de l'OCDE. Taux minimum mondial d'impôt des sociétés de 15 %. Base pour une coordination plus poussée spécifique à l'IA. Brookings (janv. 2026) : recommandation de prélèvements par millier de tokens ou par transaction de services d'IA, comme élément d'un cadre fiscal plus large pour l'ère de l'IA.


5. Le Fonds belge de transition IA : du gain d'automatisation au dividende citoyen

Position : Si l'IA fait exploser la productivité mais que les fruits se concentrent chez un petit nombre d'entreprises et d'actionnaires, il en résulte une société d'inégalités extrêmes. Les 20 principaux milliardaires liés à l'IA ont gagné ensemble environ 460 milliards de dollars rien qu'en 2025. Il existe aujourd'hui 498 licornes de l'IA, pour une valorisation combinée de 2.700 milliards de dollars. Sans intervention, la révolution de l'IA accélérera la tendance selon laquelle les 1 % les plus riches possèdent plus que les 95 % du bas de l'échelle.

Avec ses revenus pétroliers, la Norvège a bâti un fonds souverain de plus de 2.000 à 2.100 milliards de dollars. Environ 360.000 dollars par citoyen. Depuis 1982, l'Alaska verse chaque année à chaque habitant un dividende financé par les revenus de l'énergie. Variant de quelques centaines à plus de 3.000 dollars par an, selon les rendements du marché. HART veut appliquer le même principe à la révolution de l'IA : un Fonds belge de transition qui collecte et redistribue les revenus de l'automatisation.

Ce que nous allons faire :

  • Créer un Fonds belge de transition IA. Alimenté par le prélèvement sur l'automatisation (position 5), les revenus de l'entreprise énergétique publique (lien HART Énergie), et un pourcentage des bénéfices des investissements publics liés à l'IA (via le véhicule d'investissement IA, position 1). Objectif : 1 milliard d'euros d'actifs dans le fonds d'ici 10 ans.
  • Le fonds finance quatre priorités. (1) Des fondations pour l'emploi chargées de la reconversion des travailleurs touchés par l'IA. (2) Le programme de formation « L'IA pour tous ». (3) Un revenu de base conditionnel pour les travailleurs en transition. 800 euros/mois pendant maximum 24 mois, à condition de participer à une reconversion ou à un service à la collectivité. (4) Des investissements dans l'infrastructure IA (calcul, bac à sable, start-ups).
  • À terme : un dividende IA universel. Lorsque les actifs du fonds et le prélèvement sur l'automatisation rapporteront suffisamment, le revenu de base conditionnel évoluera vers un dividende IA universel. Un versement annuel à chaque citoyen belge, financé par les revenus de la production automatisée. Ce n'est pas un filet de sécurité sociale, mais une juste part de la prospérité collective que génère l'IA.
  • Contrôle démocratique. Le fonds est géré par un conseil indépendant composé de représentants des syndicats, des employeurs, des universités et de représentants des citoyens. Pas de nominations politiques. Reddition de comptes publique annuelle. La leçon du modèle norvégien : des règles de dépense strictes (maximum 3 % des actifs du fonds par an) empêchent le pillage politique.

Éprouvé : Fonds pétrolier souverain norvégien. >2.000 à 2.100 Mds $, ± 360.000 $/citoyen, 25 % du budget national. Règle de dépense stricte : max. 3 % par an. Alaska Permanent Fund. Dividende annuel depuis 1982, variant de quelques centaines à >3.000 $/citoyen selon les conditions du marché. Les études montrent : pas de découragement du travail, mais une réduction de la pauvreté. Expérience finlandaise de revenu de base universel (2017-2018) : 560 €/mois, 2.000 chômeurs. Résultat : petit effet positif sur l'emploi (6 jours de travail supplémentaires/an), moins de dépression (± 31 % de baisse relative), moins de stress, plus de confiance dans les institutions. Aucun effet de paresse. Stockton SEED (États-Unis) : 500 $/mois, 125 habitants. Le travail à temps plein est passé de 28 % à 40 % (groupe de contrôle : de 32 % à 37 %). <1 % des dépenses traçables consacrées au tabac ou à l'alcool.


6. Jouer les atouts belges de l'IA : pharma, logistique et défense

Position : La Belgique compte trois secteurs dans lesquels l'adoption de l'IA peut être transformatrice et où le pays possède un avantage concurrentiel : la pharmacie et les soins de santé, la logistique et les ports, et la technologie de défense.

Le secteur pharmaceutique belge. Janssen/J&J à Beerse (avec JLABS, premier incubateur J&J en Europe), UCB (intégration de l'IA dans toute la R&D des médicaments), GSK et Syensqo. Combiné à la technologie de biocapteurs d'IMEC et à la position forte de la Belgique en matière de rapidité des essais cliniques, il crée une base inégalée pour la découverte de médicaments et le diagnostic pilotés par l'IA. Le port d'Anvers-Bruges. Deuxième d'Europe en tonnage total, leader du marché de la manutention de conteneurs. Il investit 230 millions d'euros dans des terminaux à conteneurs automatisés (DP World Antwerp Gateway). Et la fermeture d'Audi Brussels crée une occasion unique : un site industriel vide avec une main-d'œuvre qualifiée et une excellente infrastructure.

Ce que nous allons faire :

  • Créer un Health AI Centre of Excellence national. Mise en réseau des entreprises pharmaceutiques (Janssen, UCB, GSK), des hôpitaux universitaires (UZ Leuven, UZ Gent, Erasme), d'IMEC (biocapteurs, brain-on-chip Mission Lucidity) et des groupes de recherche en IA. Axes : découverte de médicaments pilotée par l'IA, analyse d'images médicales (Icometrix est déjà actif en radiologie IA) et médecine personnalisée.
  • Positionner le port d'Anvers-Bruges comme laboratoire européen de la logistique IA. Stimuler la navigation autonome, la gestion des conteneurs pilotée par l'IA et la maintenance prédictive via des partenariats public-privé. Le déploiement par BASF Anvers d'une 5G privée et de l'automatisation des processus par l'IA dans 54 usines offre un modèle à l'échelle pour le secteur chimique.
  • Reconvertir le site d'Audi Brussels en AI & Defense Tech Hub. Avec 3.000+ travailleurs qualifiés, une infrastructure existante et une situation centrale, le site est idéal pour une production pilotée par l'IA. Composants robotiques, technologie des drones, matériel de cybersécurité. Lien avec les ambitions belges en matière de défense et la stratégie IA de l'OTAN.
  • L'IA dans les pouvoirs publics comme exemple. L'Estonie montre que de petits pays peuvent performer de façon disproportionnée dans les services publics numériques : objectif de 50 cas d'usage de l'IA, 99 % des services en ligne, budget initial de seulement 10 millions d'euros. HART veut que la Belgique mette en œuvre 50 cas d'usage de l'IA dans les services publics fédéraux d'ici 5 ans. De la détection des fraudes à la déclaration fiscale automatique.

Éprouvé : Janssen/J&J. JLABS Beerse : premier incubateur J&J en Europe. Intégration de l'IA dans la découverte de médicaments. UCB. IA sur l'ensemble du pipeline R&D. Port d'Anvers-Bruges. 230 M€ d'investissement de DP World dans les conteneurs automatisés. N° 1 européen de la manutention de conteneurs. BASF Anvers. 54 usines, ± 3.000 travailleurs, 5G privée + automatisation des processus par l'IA. Estonie. Stratégie IA Kratt : objectif de 50 applications publiques de l'IA. 99 % des services en ligne. X-Road : 900+ institutions, 3.000+ services numériques.


9. La prospérité pour tous : la vision à long terme

Position : L'histoire enseigne que la technologie crée toujours plus d'emplois qu'elle n'en détruit. Mais aussi que les fruits ne sont pas répartis équitablement d'eux-mêmes. Daron Acemoglu, Simon Johnson et James Robinson (prix Nobel d'économie 2024) documentent que la technologie ne conduit pas intrinsèquement à une prospérité partagée. Cela dépend des structures de pouvoir et de choix politiques délibérés. Acemoglu et Johnson écrivent dans « Power and Progress » que les salaires réels médians américains ont progressé de 2,5 % par an de 1949 à 1973, mais de seulement 0,2 à 0,3 % environ par an depuis 1980. Alors que la productivité a continué d'augmenter. Le gain est allé au capital, pas au travail. La révolution de l'IA menace de renforcer ce schéma.

Mais les preuves scandinaves montrent qu'il peut en être autrement. La recherche de Henrik Jacobsen Kleven (« How Can Scandinavians Tax So Much? », 2014) identifie trois mécanismes grâce auxquels une forte redistribution et l'innovation vont de pair : des bases imposables larges (peu d'évitement), un subventionnement important des biens complémentaires au travail (accueil de la petite enfance, enseignement, soins de santé) et des impôts des sociétés compétitifs (Suède : seulement 20,6 %). L'État-providence réduit le risque de perte lié à l'entrepreneuriat. Échouer est moins catastrophique quand vous gardez l'accès aux soins de santé, à l'accueil de la petite enfance et à l'enseignement.

La vision de HART est claire : le système reste capitaliste. Les entrepreneurs sont récompensés, l'innovation est stimulée, les marchés fonctionnent librement. Mais le gain de productivité spectaculaire de l'IA. Goldman Sachs l'estime à 7.000 milliards de dollars par an dans le monde sur une décennie. Est redistribué pour que chaque citoyen en profite. Pas par idéalisme, mais par nécessité : une société dans laquelle les robots font tout le travail mais où seule une poignée de propriétaires empoche les bénéfices n'est pas stable.

Ce que nous allons faire :

  • Déplacer progressivement le système fiscal du travail vers l'automatisation et la consommation, afin que le financement de la sécurité sociale reste robuste quand la part du travail dans le revenu national diminue.
  • La réduction du temps de travail comme réponse structurelle à la croissance de la productivité. De 38 à 32 heures comme semaine de travail standard. Pas en une seule étape, mais par une transition progressive sur 10 ans, liée à une croissance mesurable de la productivité grâce à l'IA.
  • Investir dans le sens en dehors du travail. La recherche en psychologie confirme que le travail apporte structure, identité et lien social. Le réseau dense d'associations culturelles, de clubs sportifs et d'organisations communautaires de la Belgique (particulièrement fort dans la vie associative flamande) est un atout. HART veut un financement structurel pour les centres communautaires, la politique des arts, la professionnalisation du secteur des soins et la coordination du bénévolat. Un « État pourvoyeur de sens » à côté de l'État-providence.
  • Orienter la technologie, pas la subir. La direction du développement de l'IA est un choix politique. Des incitants fiscaux pour l'IA complémentaire à l'humain (qui rend les travailleurs plus productifs), combinés à des prélèvements modérés sur la substitution pure du travail, orientent le développement dans une direction pro-sociale. Sans sacrifier la compétitivité.

Éprouvé : Modèle scandinave. Forte redistribution + impôt des sociétés compétitif = innovation. Suède : 20,6 % d'impôt des sociétés. La réforme fiscale de 1990-91 a abaissé les taux marginaux sur le capital entrepreneurial → plus d'entrepreneuriat. Acemoglu, Johnson & Robinson (prix Nobel d'économie 2024) : « Power and Progress » (Acemoglu & Johnson) : la technologie ne conduit pas automatiquement à une prospérité partagée. Les choix politiques déterminent la répartition. Keynes (1930) : prédisait une semaine de travail de 15 heures d'ici 2030 dans « Economic Possibilities for our Grandchildren ». Il avait raison sur la croissance de la prospérité (4-8× depuis 1930), tort sur la répartition. La leçon : le gain de productivité n'est pas partagé de lui-même.


Résumé : ce que HART va faire

Lancer une politique industrielle belge de l'IA. Véhicule d'investissement IA de 500 millions d'euros sur 5 ans. Ouvrir obligatoirement les marchés publics à l'IA belge. Développer IMEC en laboratoire mondial des puces IA (+100 millions d'euros). Décupler la capacité de calcul IA. Délai : cette législature.

Travailler vraiment moins. Projet pilote de semaine de 32 heures dans la fonction publique fédérale. Récompense fiscale pour les entreprises qui réduisent le temps de travail grâce aux gains de productivité de l'IA. Droit au travail à temps partiel sans préjudice de carrière. Délai : projet pilote sous 1 an.

Créer le bac à sable IA. Modèle belge fédéré : un seul guichet, quatre canaux d'exécution. Priorités : IA en santé, IA financière, IA industrielle. La Belgique comme premier État membre de l'UE doté d'un bac à sable opérationnel. Délai : opérationnel avant août 2026.

Instaurer le prélèvement sur l'automatisation. Réduction des déductions fiscales pour l'automatisation substitutive du travail. Dividende de productivité IA de 0,5 à 1 % sur le gain d'automatisation. Refinancer la sécurité sociale du travail vers l'automatisation. Plaider pour une coordination à l'échelle de l'UE. Délai : législation dans les 2 ans.

Créer le Fonds de transition IA. 1 milliard d'euros d'actifs dans le fonds d'ici 10 ans. Financement de la reconversion, de la formation, du revenu de base conditionnel et de l'infrastructure IA. Évolue vers un dividende IA universel. Gestion indépendante sans nominations politiques. Délai : création dans les 2 ans.

Jouer les atouts belges de l'IA. Health AI Centre of Excellence. Le port d'Anvers-Bruges comme laboratoire de la logistique IA. Reconvertir Audi Brussels en AI & Defense Tech Hub. 50 cas d'usage de l'IA dans les services publics fédéraux d'ici 5 ans. Délai : 1-2 législatures.

La prospérité pour tous comme vision à long terme. Glissement fiscal du travail vers l'automatisation. Réduction progressive du temps de travail vers 32 heures. Investir dans le sens en dehors du travail. Orienter la technologie via des incitants fiscaux pour l'IA complémentaire à l'humain. Délai : structurel, sur 10-20 ans.


Les machines arrivent. Et c'est la meilleure nouvelle depuis une génération. Pour la première fois dans l'histoire humaine, une technologie est sur le point de reprendre le travail le plus ennuyeux, le plus dangereux et le plus répétitif. L'IA peut poser des diagnostics qui échappent aux médecins, optimiser des chaînes logistiques qu'aucun humain ne peut embrasser du regard, et générer des gains de productivité qui augmentent le PIB mondial de milliers de milliards. La question n'est pas de savoir si cela va se produire. Mais pour qui. Si nous ne faisons rien, les bénéfices iront à une poignée de géants technologiques et à leurs actionnaires, tandis que des millions de travailleurs seront laissés pour compte, sans emploi, sans formation, sans perspective. HART refuse ce scénario. HART veut que la Belgique embrasse la révolution de l'IA. Pas en victime, mais en architecte. Avec IMEC comme acteur mondial des technologies de puces, avec des universités de pointe qui produisent de la recherche en IA, avec un modèle social qui a la redistribution dans son ADN. Nous bâtissons une industrie belge de l'IA qui rivalise avec les grands. Nous reconvertissons nos travailleurs avant qu'ils ne perdent leur emploi. Nous raccourcissons la semaine de travail parce que les machines reprennent le travail. Nous taxons l'automatisation pour que la sécurité sociale ne s'effondre pas. Et nous créons un Fonds de transition qui rend aux citoyens la prospérité des machines. Le système reste capitaliste. Mais les fruits sont partagés. Qui possède l'IA possède l'avenir. HART veut que chaque Belge possède cet avenir.