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Point 8 sur 30

Subsidiarité

Programme du parti : Subsidiarité. HART

Programme du parti : Subsidiarité. HART Élections fédérales et flamandes

Sur la base du Selected Issues Paper 2023 du FMI (Fiscal Federalism in Belgium), de l'Economic Survey Belgium 2024 de l'OCDE, du Discussion Paper n° 76 de VIVES/KU Leuven, de la loi spéciale de réformes institutionnelles, de la loi spéciale de financement de 2014, et des modèles de réforme suisse, danois et allemand


Notre diagnostic : un État qui se fait obstacle à lui-même

La Belgique compte six gouvernements, six parlements et environ 51 ministres et secrétaires d'État pour 11,8 millions d'habitants. Il existe plus de 1.500 entités de droit public dotées d'une direction, d'un budget et d'un personnel propres. L'État fédéral, 3 Régions, 3 Communautés, 3 commissions communautaires à Bruxelles, 10 provinces, 565 communes, les CPAS, environ 176 zones de police et environ 200 intercommunales. C'est plus de niveaux de pouvoir que n'importe quel pays comparable.

Conséquence : les compétences sont fragmentées entre plusieurs niveaux, la responsabilité financière est déconnectée du pouvoir de décision, et la coordination passe par des centaines d'accords de coopération trop statiques et trop lents.

Les chiffres sont sans appel. Les pouvoirs publics subnationaux belges sont responsables de 46 % des dépenses publiques totales mais ne perçoivent que 16 % des recettes fiscales totales (FMI, 2023). Ce qu'on appelle l'écart fiscal vertical (vertical fiscal gap) atteint environ 50 % : la moitié de ce que dépensent les entités fédérées n'est pas financée par leurs propres impôts mais par des transferts fédéraux. À titre de comparaison : en Suisse, cet écart est d'environ 20 %, au Canada d'environ 25 %.

Le FMI met en garde : ce système de financement essentiellement par dotations crée une « soft budget constraint », dans laquelle les entités fédérées augmentent plus volontiers leurs dépenses parce qu'elles n'ont pas à en justifier le coût devant leurs électeurs par leur propre fiscalité. Mitra (2022, Economics & Politics) a démontré que la réforme constitutionnelle de 1993, qui a créé une forte autonomie de dépenses sans autonomie fiscale correspondante, a eu un impact négatif sur la croissance économique.

L'OCDE constate que les dépenses publiques belges dépassent 50 % du PIB et que, dans quatre grands domaines (services publics généraux, affaires économiques, enseignement, santé), la Belgique dépense 0,3 à 2,1 points de pourcentage du PIB de plus que les pays voisins.

L'essentiel : la Belgique n'a ni trop ni trop peu de fédéralisme. La Belgique a le mauvais fédéralisme : des compétences sans responsabilité financière, une fragmentation sans coordination, et des niveaux de pouvoir sans taille critique.


Notre principe : deux règles de base

Règle 1. Les décisions au bon niveau. Chaque compétence est attribuée au niveau où elle est exercée le plus efficacement : local quand c'est possible, régional quand c'est nécessaire, fédéral quand l'échelle ou la solidarité l'exige, européen quand le marché intérieur ou des externalités transfrontalières l'imposent.

Règle 2. Qui décide, paie. Chaque niveau de pouvoir qui exerce une compétence doit la financer par ses propres recettes fiscales. Pas de compétence sans autonomie fiscale correspondante. Pas de dotation sans reddition de comptes.

Ce ne sont pas des prises de position idéologiques mais des principes économiques. Le théorème de la décentralisation d'Oates (1972) démontre que la fourniture décentralisée est plus efficiente lorsque les pouvoirs locaux répondent mieux aux préférences locales. Mais cette efficience exige une responsabilité fiscale. La répartition des fonctions de Musgrave (1959) place l'allocation au niveau local et la redistribution au niveau central. Ces deux principes sont structurellement violés en Belgique.


La répartition réelle des compétences : plus complexe qu'on ne le pense

Compétences fédérales

L'autorité fédérale exerce trois catégories de compétences : les compétences exclusives, les compétences résiduaires (tout ce qui n'est pas explicitement attribué aux Régions ou aux Communautés), et les compétences formellement fédérales mais matériellement exercées ailleurs.

Purement fédéral : la défense, les chemins de fer (SNCB), la poste (bpost), la protection de l'épargne (Fonds de garantie/FSMA), la monnaie et le droit civil.

Essentiellement fédéral, mais partagé depuis la sixième réforme de l'État (2014) : la justice (maisons de justice et droit sanctionnel de la jeunesse → Communautés), la sécurité sociale (allocations familiales, soins aux personnes âgées et activation sur le marché du travail → Régions/Communautés ; les allocations de chômage, les pensions et l'assurance maladie restent fédérales), la santé publique (prévention et soins aux personnes âgées → Communautés ; soins curatifs et financement par l'INAMI, l'Institut national d'assurance maladie-invalidité : fédéral), la politique des prix (tarifs des maisons de repos et tarifs de distribution régionalisés).

Formellement fédéral, matériellement ailleurs : la politique monétaire (BCE/zone euro depuis 1999), les télécommunications (IBPT fédéral, mais radio/TV = Communautés), la recherche scientifique (BELSPO fédéral, FWO/FNRS = Communautés).

Partagé par définition : la politique étrangère (principe constitutionnel in foro interno, in foro externo : les Régions et les Communautés concluent leurs propres traités pour leurs compétences, la Flandre dispose de son propre Département des Affaires étrangères), le commerce international (FIT, Flanders Investment & Trade, pour la Flandre ; AWEX/WBI pour la Wallonie ; hub.brussels), l'énergie (énergie nucléaire et réseau de transport >70 kV fédéraux ; distribution, énergies renouvelables et efficacité énergétique régionales. Quatre régulateurs : CREG, VREG (régulateur flamand de l'énergie), CWaPE, BRUGEL).

Compétences régionales (Région flamande, Région wallonne, Région de Bruxelles-Capitale)

Les Régions sont compétentes pour les matières liées au territoire : la politique économique et les aides à l'investissement, l'emploi et le placement des demandeurs d'emploi (le VDAB, service flamand de l'emploi, le Forem et Actiris), l'agriculture et le bien-être animal, la gestion de l'eau, le logement (y compris la législation sur les baux), les travaux publics et les infrastructures routières, l'énergie (distribution et renouvelable), les transports en commun régionaux (De Lijn, TEC/OTW, STIB. Mais la SNCB reste fédérale), l'environnement et la conservation de la nature, l'aménagement du territoire et l'urbanisme, le commerce extérieur (agences régionales d'exportation), les organismes régionaux de participation et de crédit (PMV, SRIW), la tutelle sur les provinces, les communes et les intercommunales, et la sécurité routière.

Compétences communautaires (Communautés flamande, française et germanophone)

Les Communautés sont compétentes pour les matières liées aux personnes : l'enseignement (en totalité, de la maternelle à l'université), la culture (subsides, patrimoine, bibliothèques), les médias (VRT, RTBF, BRF), le sport, la politique linguistique, le bien-être (protection de la jeunesse, politique du handicap, soins aux personnes âgées, Kind en Gezin, VAPH, l'agence flamande pour les personnes handicapées), l'accueil de la petite enfance, les allocations familiales (Groeipakket en Flandre, environ 6,2 à 6,4 milliards d'euros depuis la sixième réforme de l'État), l'intégration des primo-arrivants et le droit sanctionnel de la jeunesse.

En Flandre, la Région et la Communauté ont fusionné en une seule institution (Parlement flamand et Gouvernement flamand). En Wallonie et à Bruxelles, elles existent comme entités distinctes. La Communauté française (Fédération Wallonie-Bruxelles) est compétente pour l'enseignement francophone tant en Wallonie qu'à Bruxelles.

Compétences de l'UE

L'UE dispose de trois types de compétences, et non de « directives » en général :

Compétences exclusives (art. 3 TFUE) : union douanière, règles de concurrence du marché intérieur, politique monétaire de la zone euro, conservation des ressources biologiques de la mer, politique commerciale commune.

Compétences partagées (art. 4 TFUE) : marché intérieur, politique sociale, agriculture et pêche, environnement, protection des consommateurs, transports, énergie, espace de liberté, de sécurité et de justice (migration, asile, coopération judiciaire), recherche et développement technologique, politique de cohésion.

Compétences d'appui (art. 6 TFUE) : santé publique, industrie, culture, enseignement, tourisme, sport, protection civile, coopération administrative. Ici, l'UE ne peut procéder à aucune harmonisation des législations nationales. Elle ne peut qu'appuyer, coordonner et compléter.


1. Paquets de compétences homogènes : halte à la fragmentation

Le problème

La fragmentation la plus dommageable ne se situe pas dans les grands domaines de compétence mais dans la scission à l'intérieur des domaines. Cinq exemples concrets :

Marché du travail. Le VDAB (Flandre), le Forem (Wallonie) et Actiris (Bruxelles) sont compétents pour le placement, la formation et l'activation. L'Office national de l'emploi (ONEM), fédéral, décide des allocations de chômage et impose les sanctions. Fons Leroy, ancien dirigeant du VDAB : « La carotte et le bâton sont répartis entre deux échelons de pouvoir. » Le taux d'emploi diffère toujours fortement : Flandre 76,9 %, Wallonie 67,1 % (2024, Statbel/Eurostat, 20-64 ans). La limitation des allocations de chômage à deux ans (accord Arizona, janvier 2025. Législation d'exécution en préparation) aggrave le problème de coordination : le VDAB doit préparer les demandeurs d'emploi à la perte de leur allocation fédérale sans que les deux niveaux forment un seul système.

Soins de santé. Neuf ministres sont compétents. Prévention = Communautés. Assurance maladie (INAMI) = fédéral. Financement des hôpitaux = partiellement transféré. Soins aux personnes âgées = Communautés. La pandémie de COVID l'a douloureusement mis à nu.

Climat. Quatre plans climat distincts (fédéral + trois Régions). Le procès de l'Affaire Climat (jugement en première instance en 2021, arrêt historique en appel en novembre 2023 avec un objectif de réduction contraignant de -55 % d'ici 2030) a montré que les quatre pouvoirs se renvoient systématiquement la responsabilité. Le mécanisme de responsabilisation climat de la sixième réforme de l'État n'a pas pu être mis en œuvre et a été abrogé par la loi spéciale du 11 juin 2023.

Mobilité. SNCB = fédéral. De Lijn/TEC/STIB = régional. Les correspondances train-bus-tram ne sont pas coordonnées de manière structurelle. Il n'existe pas de système de transport intermodal intégré.

Énergie. Nucléaire et transport = fédéral. Distribution et énergies renouvelables = régional. Quatre régulateurs. La transition énergétique exige une politique intégrée, impossible dans le système actuel.

Proposition concrète

HART ne choisit pas le débat traditionnel « plus de régionalisation contre refédéralisation » mais le principe fonctionnel : chaque domaine de compétence entièrement à un seul niveau, quelle que soit la direction.

Ce n'est pas un exercice théorique. La Suisse mène actuellement exactement la même opération sous le nom d'Entflechtung 27: Aufgabenteilung Bund-Kantone, un projet commun du Conseil fédéral et de la Conférence des gouvernements cantonaux (lancé en 2024). Le mandat passe au crible 21 domaines politiques pour y déceler les enchevêtrements inutiles entre les niveaux fédéral et cantonal, selon deux principes directeurs : la subsidiarité et l'équivalence fiscale (ceux qui décident, ceux qui paient et ceux qui en bénéficient coïncident). Le rapport intermédiaire est mis en consultation fin avril 2026 ; l'achèvement complet est prévu pour fin 2027. Que même la Suisse, avec son système déjà fortement décentralisé, mène cet exercice confirme que l'homogénéité insuffisante entre niveaux de pouvoir n'est pas une curiosité belge mais un problème de conception reconnu à l'échelle internationale. Les deux principes qui guident le projet suisse sont exactement les deux règles de base de HART.

A. Régionaliser entièrement le marché du travail

  • Le VDAB, le Forem et Actiris reçoivent la compétence complète : placement, formation, activation, mais aussi les allocations de chômage et les sanctions.
  • L'ONEM est supprimé en tant que service opérationnel ; l'autorité fédérale ne conserve qu'un rôle d'encadrement (niveau minimum des allocations, directives européennes).
  • Financement par des cotisations sociales régionales ou des centimes additionnels à l'impôt des personnes physiques. Qui décide de l'activation paie aussi les allocations.
  • Modèle de référence : la Suisse. Les cantons gèrent leurs propres offices régionaux de placement (RAV/ORP), avec l'entière responsabilité du placement, de la formation et des allocations de chômage, financés par des cotisations salariales.

B. Soins de santé : faire un choix

  • Idéal final : soit refédéraliser entièrement (prévention + soins curatifs + soins aux personnes âgées dans une seule main, sur le modèle danois où les communes gèrent l'ensemble des soins de première ligne), soit régionaliser entièrement avec un cadre fédéral de normes minimales.
  • Étape intermédiaire réaliste en une législature : maximum 2 niveaux compétents pour la santé. Un seul ministre fédéral pour les soins curatifs et l'assurance maladie, les entités fédérées compétentes pour la prévention et les soins de première ligne. Voir #28 Soins de santé, position 1. Pas la solution finale idéale, mais strictement meilleure que la structure actuelle à 9 ministres et politiquement réalisable sans nouvelle réforme de l'État.
  • Dans les deux scénarios comme dans l'étape intermédiaire : un seul ministre responsable par niveau de pouvoir. Fini les neuf ministres.
  • La sixième réforme de l'État a créé le pire des deux mondes : un transfert partiel sans homogénéisation. Chaque étape suivante doit réduire cette fragmentation, pas l'accroître.

C. Climat et énergie : un seul plan intégral par niveau

  • Autorité fédérale : réseau de transport, politique nucléaire, mise en œuvre de l'ETS, engagements climatiques internationaux.
  • Régions : distribution, énergies renouvelables, efficacité énergétique, isolation des bâtiments, aménagement du territoire.
  • Un seul Plan national énergie-climat avec des objectifs régionaux contraignants et un mécanisme de reddition de comptes ancré dans la loi. Pas quatre plans distincts.
  • Fusion de la CREG, du VREG, de la CWaPE et de BRUGEL en deux régulateurs : un fédéral (transport/nucléaire) et un régional (distribution/renouvelable). Quatre régulateurs pour un pays de 11,8 millions d'habitants, c'est disproportionné.

D. Mobilité : un transport intermodal intégré

  • Une seule autorité de transport par Région, qui coordonne les lignes régionales de la SNCB, De Lijn/TEC/STIB et les transports complémentaires.
  • La SNCB fédérale conserve le réseau IC/IR et les liaisons internationales.
  • Intégration tarifaire commune (un seul titre de transport, tous les modes) : sur le modèle suisse (CFF + transporteurs cantonaux sous un seul système tarifaire).

2. Qui décide, paie : ancrer la responsabilité fiscale

Le problème

La loi spéciale de financement (LSF 2014) finance les Régions et les Communautés par un système complexe : dotation TVA, dotation IPP, centimes additionnels régionaux à l'impôt des personnes physiques (facteur d'autonomie de 24,957 %), impôts régionaux propres (droits d'enregistrement, droits de succession, taxe de circulation), un mécanisme de solidarité nationale et un mécanisme de transition (2015-2033) qui neutralise les gains et les pertes.

Après la sixième réforme de l'État, la part des recettes fiscales propres de la Flandre est passée à environ 32-36 % : mieux qu'auparavant, mais toujours loin en dessous du niveau suisse (les cantons perçoivent environ 25 % des recettes fiscales suisses totales et couvrent environ 50-60 % de leurs dépenses par des moyens propres). Conséquence : les entités fédérées décident des dépenses mais ne rendent pas suffisamment compte de leur financement.

Proposition concrète

A. Lier chaque transfert de compétence à une autonomie fiscale correspondante

  • Principe légal : aucune compétence n'est transférée (dans quelque direction que ce soit) sans transfert simultané d'une compétence fiscale pour la financer.
  • Ancrage dans une loi spéciale de financement révisée : l'écart fiscal vertical doit passer d'environ 50 % à maximum 30 % en 10 ans.
  • Élargissement du système des centimes additionnels : les Régions obtiennent la possibilité de lever des centimes additionnels sur l'impôt des sociétés (dans un cadre fédéral) et sur des taxes de consommation spécifiques.

B. Une péréquation fondée sur le potentiel, pas sur les recettes effectives

  • Le mécanisme de solidarité actuel compense les Régions dont le rendement de l'IPP par habitant est plus faible. Cela crée une incitation perverse : moins une Région perçoit d'impôts, plus elle reçoit de compensation.
  • Modèle de référence : la NFA suisse (Neugestaltung des Finanzausgleichs, 2008). Une péréquation fondée sur le potentiel fiscal (Ressourcenpotenzial) : ce qu'une Région pourrait percevoir à des taux d'imposition moyens, pas ce qu'elle perçoit effectivement. Cela récompense une politique fiscale efficace au lieu de la punir.
  • Huit cantons suisses sont contributeurs nets, dix-huit sont bénéficiaires. Le système est révisé périodiquement (en principe tous les quatre ans, en pratique aussi entre-temps si nécessaire). Ce cycle quadriennal s'avère en pratique davantage un contrôle de routine qu'une caractéristique structurelle essentielle du système : la durabilité du modèle suisse ne dépend donc pas de la culture référendaire suisse, et est en ce sens transposable à un contexte belge.

C. Pas de mandats non financés

  • Interdiction de toute réglementation fédérale qui impose des coûts aux Régions/Communautés/communes sans financement correspondant. Sur le modèle de l'Unfunded Mandates Reform Act américain (1995).
  • Inversement : interdiction de toute réglementation régionale qui augmente les dépenses fédérales sans financement propre.

3. Moins de niveaux de pouvoir, une plus grande échelle

Le problème

La Belgique compte plus de niveaux de pouvoir que n'importe quel pays européen comparable. Les 10 provinces forment un niveau intermédiaire que la plupart des partis considèrent comme superflu. Les 565 communes (après les fusions au 1/1/2025) sont en moyenne petites par rapport à la moyenne danoise après la réforme de 2007 (environ 55.000 habitants).

Proposition concrète

A. Supprimer les provinces

  • Les 10 provinces sont supprimées. Leurs compétences sont réparties : la coordination supralocale (planification d'urgence, gestion de l'eau) vers les Régions ; la tutelle administrative et les missions liées aux personnes vers les communes ou les structures intercommunales.
  • Les gouverneurs de province deviennent des commissaires du gouvernement régional pour la coordination supralocale. Une fonction administrative, pas politique.
  • Économie nette estimée : environ 400 millions d'euros par an (prof. Vereeck, UHasselt). L'économie exacte dépend des structures de remplacement.
  • La suppression figure déjà à l'agenda de la N-VA, du Vlaams Belang, de l'Open VLD, d'Ecolo/Groen, du MR et des Engagés. L'accord de gouvernement wallon de 2024 la prévoit explicitement.

B. Encourager les fusions volontaires de communes. Avec un seuil minimum

  • Seuil cible : 25.000 habitants par commune (sur le modèle danois, adapté au contexte belge). Cela exige une réduction de 565 à environ 200-250 communes.
  • Incitants financiers : reprise de dette par la Région (modèle flamand actuel : 200 à 500 euros par habitant, max. 50 millions d'euros), complétée par un bonus d'investissement unique pour la numérisation et la construction d'une nouvelle maison communale.
  • Les communes plus grandes reçoivent un éventail de missions plus large : enseignement fondamental (volet infrastructure), services sociaux locaux, aide sociale de première ligne, politique locale de l'emploi, aménagement du territoire. Sur le modèle danois et scandinave.
  • Modèle de référence : le Danemark 2007. Le Danemark a réduit 271 communes à 98 (seuil minimum de 20.000 habitants), a supprimé 14 comtés et les a remplacés par 5 régions sans compétence fiscale. Les communes ont reçu un large éventail de missions, financées par un impôt communal sur le revenu (en moyenne environ 25 %). Le résultat : une capacité administrative renforcée, un meilleur service et des administrations plus professionnelles.

C. Rationaliser les intercommunales

  • Obligation de transparence : toutes les intercommunales publient chaque année un rapport financier standardisé.
  • Fusion des intercommunales qui se situent sous un seuil de 100.000 habitants. Beaucoup des quelque 200 intercommunales sont trop petites pour fonctionner efficacement.
  • Limitation des mandats politiques dans les intercommunales : maximum un mandat rémunéré par mandataire.

4. Le Sénat belge : à supprimer

Le problème

Le Sénat a perdu la majeure partie de ses compétences après la sixième réforme de l'État. Il compte 60 membres (50 sénateurs des entités fédérées désignés par les parlements de Communauté et de Région + 10 sénateurs cooptés), ne peut plus initier de lois en dehors d'un nombre limité de matières bicamérales, et ne se réunit que périodiquement. Le Sénat coûte environ 45 millions d'euros par an (dotation 2024 : 44,6 millions d'euros ; dépenses réelles : 43,2 millions d'euros) et n'apporte, dans sa forme actuelle, aucune plus-value démocratique.

Proposition concrète

  • Suppression du Sénat dans sa forme actuelle. L'accord de gouvernement Arizona (janvier 2025) le prévoit déjà et stipule : « Nous décidons de supprimer le Sénat et d'approuver intégralement et immédiatement, dès le début de cette législature, les modifications constitutionnelles nécessaires à cet effet. »
  • Remplacement par un organe de concertation intergouvernemental léger (sur le modèle du Bundesrat allemand, mais sans compétence législative) : des représentants des gouvernements des entités fédérées qui examinent la législation fédérale au regard de la subsidiarité et des excès de compétence.
  • Économie : environ 45 millions d'euros par an + simplification du processus législatif.

5. Transparence : le citoyen doit comprendre qui est compétent pour quoi

Le problème

Les sondages montrent à répétition qu'une majorité des Belges ignorent quel niveau de pouvoir est compétent pour quelle matière. Le SERV (Conseil socio-économique de Flandre, 2023) estime que les accords de coopération favorisent une « coordination négative » : « Beaucoup de temps et d'énergie sont consacrés à déterminer qui est compétent, au lieu d'une collaboration positive. »

Proposition concrète

  • Un seul guichet numérique par citoyen (extension de MijnOverheid.be) qui, pour chaque service public, renvoie automatiquement vers le niveau compétent. Le citoyen n'a pas à savoir si une matière est fédérale, régionale ou communautaire.
  • Carte des compétences : un tableau de bord public et interactif qui montre, pour chaque domaine politique, quel niveau est compétent, combien est dépensé et quels résultats sont obtenus.
  • Contrôle annuel de subsidiarité : chaque niveau de pouvoir publie un rapport qui évalue si les compétences se situent encore au bon niveau. Sur le modèle du contrôle de subsidiarité européen que les parlements belges effectuent déjà pour la législation européenne.

6. Faisabilité et séquençage : comment cette réforme voit-elle le jour ?

Le problème

Toute réforme constitutionnelle en Belgique exige une majorité des 2/3 (art. 195 de la Constitution) et, en pratique, aussi une majorité dans chaque groupe linguistique. Contrairement à la Suisse, la Belgique ne connaît pas de référendum contraignant. La NFA suisse a été introduite en 2008 après vingt ans de préparation et une votation populaire. La question logique : quel mécanisme déverrouille en Belgique une transition fiscale comparable, dans un système où chaque réforme risque un veto communautaire ?

Les données comparatives montrent qu'une décentralisation fiscale profonde naît historiquement rarement d'un consensus technocratique. Elle fait suite à un déclencheur politique : une crise, une menace de référendum ou un choc budgétaire. Le Scottish Rate of Income Tax écossais et l'autonomie fiscale à part entière qui l'a suivi sont arrivés après le référendum d'indépendance de 2014, où 45 % ont voté pour la sécession. Le nationalisme flamand joue ici un rôle comparable à celui du nationalisme anglais autour de la formule Barnett : tous deux nourris par le constat que leur propre région surfinance structurellement l'autre.

Ce n'est pas un plaidoyer pour un référendum d'indépendance belge. C'est un constat lucide : une réforme big bang sans choc externe a peu de précédents dans les démocraties à plusieurs niveaux comparables. Qui veut une responsabilisation fiscale doit donc soit concevoir un chemin de séquençage réalisable, soit reconnaître le déclencheur politique qui déverrouille la majorité des 2/3.

Proposition concrète

A. Un chemin de séquençage en trois phases sur 10 ans

  1. Phase 1 (années 1-3). Préparation technique dans le cadre actuel. Extension du facteur d'autonomie sur l'impôt des personnes physiques (actuellement 24,957 %) sans modification de la Constitution, par adaptation de la loi spéciale de financement (majorité spéciale, mais pas de révision de la Constitution). Introduction d'une péréquation pilote fondée sur le potentiel fiscal, parallèlement au mécanisme de solidarité existant.
  2. Phase 2 (années 4-6). Révision partielle de la Constitution. Inscription des articles pertinents dans la déclaration de révision de la Constitution. Après les élections : ancrage du principe « qui décide, paie » et de la règle de plafond (écart fiscal vertical max. 30 %) dans la Constitution. Homogénéisation d'un seul domaine pilote (proposition : le marché du travail, où les intérêts flamands et wallons convergent en partie autour de l'activation).
  3. Phase 3 (années 7-10). Transition complète. Extension à d'autres domaines (soins de santé, climat/énergie). Un mécanisme de transition (comme le mécanisme actuel 2015-2033) amortit les gains et les pertes. Révision périodique (par exemple tous les quatre ans), complétée par des ajustements intermédiaires si nécessaire, comme dans le modèle NFA suisse.

B. Reconnaître la faisabilité politique, pas la nier

  • Une large coalition autour de la responsabilisation fiscale n'est possible que si elle ne devient pas un jeu à somme nulle. La leçon écossaise : la décentralisation n'est arrivée que lorsqu'elle a répondu à la fois à l'exigence écossaise d'autonomie et à l'exigence anglaise de moindre surfinancement. Traduit en Belgique : une réforme qui convient mieux que le statu quo tant à la Flandre (plus d'autonomie, moins de transferts) qu'à la Wallonie (meilleure péréquation sur le potentiel, amortissement des chocs).
  • Chaque proposition lie donc explicitement l'autonomie fiscale à un modèle de péréquation robuste. L'autonomie sans solidarité est communautairement inacceptable. La solidarité sans autonomie est économiquement intenable.

Estimation financière

Mesure Économie / recette annuelle
Suppression des provinces +400 M€ (net, après redistribution des missions)
Suppression du Sénat + ± 45 M€
Fusions de communes (économies d'échelle à terme) +200 à 500 M€ (après la phase de transition)
Fusion des régulateurs de l'énergie (4→2) +10 à 20 M€
Suppression de l'ONEM comme service opérationnel +50 à 100 M€ (gain d'efficience)
Économie structurelle totale +705 M€ à 1,1 Mds € par an

L'économie réelle est difficile à estimer avec exactitude parce qu'elle dépend des structures de remplacement. Le gain principal n'est pas financier mais fonctionnel : des décisions plus rapides, des responsabilités plus claires et une politique plus efficace.


Résumé : 6 points du programme

1. Paquets de compétences homogènes Halte à la fragmentation. Régionaliser entièrement le marché du travail (allocations comprises). Soins de santé : faire un choix. Entièrement à un seul niveau. Climat et énergie : un seul plan intégral, deux régulateurs au lieu de quatre. Mobilité : un transport intermodal intégré avec une seule autorité de transport par Région.

2. Qui décide, paie Lier chaque transfert de compétence à l'autonomie fiscale. Réduire de moitié l'écart fiscal vertical, de 50 % à 30 %, en 10 ans. Péréquation fondée sur le potentiel fiscal (modèle NFA suisse). Interdiction des mandats non financés.

3. Moins de niveaux de pouvoir Supprimer les provinces. Encourager les fusions de communes (seuil cible de 25.000 habitants, modèle danois). Rationaliser les intercommunales et les rendre transparentes.

4. Supprimer le Sénat Le remplacer par un organe de concertation intergouvernemental léger. Économie d'environ 45 millions d'euros par an.

5. Transparence Un seul guichet numérique par citoyen. Une carte publique des compétences. Un contrôle annuel de subsidiarité par niveau de pouvoir.

6. Faisabilité Une transition par phases sur 10 ans. Phase 1 : dans le cadre existant (adapter la LSF). Phase 2 : révision de la Constitution après les élections, homogénéiser un seul domaine pilote. Phase 3 : déploiement complet avec mécanisme de transition. Autonomie fiscale et péréquation robuste comme un ensemble indissociable.

Notre principe : la subsidiarité n'est pas une arme communautaire. C'est un principe d'efficience. Chaque compétence appartient au niveau où elle est le mieux exercée. Pas plus haut que nécessaire, pas plus bas que possible. Et qui décide, paie. Ce n'est pas de l'idéologie. C'est du bon sens.