Principe fondamental
Notre sécurité sociale repose sur un principe équitable : qui cotise se constitue des droits. Qui ne peut pas cotiser reçoit un filet de sécurité. Mais en Belgique, ces deux logiques, assurance et solidarité, sont tellement entremêlées que plus personne ne sait ce qui relève du droit et ce qui relève de la faveur. Le résultat : un système qui coûte 93,6 milliards d'euros par an, impose le taux d'imposition du travail le plus élevé au monde, produit des nombres records de malades de longue durée et de chômeurs, et est géré par des dizaines d'institutions qui se chevauchent. HART veut une sécurité sociale transparente, contributive, résistante à la fraude et financièrement soutenable. Inspirée par des pays qui font manifestement mieux.
Faits et chiffres
| Fait | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Budget total de la sécurité sociale des travailleurs salariés | 93,6 Mds € (2024) | Rapport annuel ONSS 2024 |
| Déficit structurel de la sécurité sociale | 6,2 Mds € (2024), prévision 14,4 Mds € (2029) | VBO/FEB 2025 |
| Dotation d'équilibre de l'autorité fédérale | 5,4 Mds € (2023), prévision ± 12 Mds € (2028) | Rapport annuel ONSS 2024 / VBO-FEB |
| Coin fiscal sur le travail (isolé, salaire moyen) | 52,6 %. Le plus élevé de l'OCDE | OCDE Taxing Wages 2025 |
| Coin fiscal marginal | 65,0 %. Le plus élevé de l'OCDE | OCDE Taxing Wages 2025 |
| Salaire net en % du salaire brut | 60,3 % (moyenne OCDE : 75,0 %) | OCDE Taxing Wages 2025 |
| Malades de longue durée et invalides | 526.507 (fin 2023, record) | INAMI |
| Hausse des malades de longue durée (2017-2022) | +100.000 personnes en 5 ans | VBO/FEB |
| Hausse des burn-out | environ +44 % (2018-2023) | INAMI |
| Chômeurs complets indemnisés | 287.919 (janvier 2025) | ONEM |
| Chômeurs depuis plus de 2 ans | 44,4 % du total (± 127.700 personnes) | ONEM / UGent@Work 2025 |
| Taux de chômage de longue durée en Belgique | ± 43 % (UE-27 : ± 34 %) | Eurostat 2024 |
| Taux d'emploi en Belgique | 72,3 % (UE : 75,8 %, NL : 83,5 %, DE : 81,3 %) | Eurostat 2024 |
| Taux d'inactivité 25-64 ans | 20,9 % (± 1,3 million de personnes) | OCDE 2024 |
| Dépenses de pension (régime des travailleurs salariés) | 37,5 Mds € (2023, +10,1 % par rapport à 2022) | SFP |
| Pension nette moyenne salarié / indépendant / fonctionnaire | ± 1.710 € / ± 1.147 € / ± 2.731 € par mois | PensionStat.be 2024 |
| Produit de la lutte contre la fraude | 434,9 M€ (2024, record) | Rapport annuel SIRS 2024 |
| Économie souterraine (estimation académique) | 15 à 20 % du PIB | HIVA-KU Leuven (SUBLEC) |
| Nombre d'IPSS fédérales (institutions publiques de sécurité sociale) | 12-13 institutions publiques | socialsecurity.be |
| Mutualités | 23 mutualités individuelles dans 5 unions nationales + 1 publique | INAMI |
| Caisses de vacances (ouvriers) | 10 caisses (Caisse de l'ONVA + 9 sectorielles), 5,52 Mds € versés (2022) | Rapport annuel ONVA 2022 |
| Organismes de paiement du chômage | 4 (3 syndicats + CAPAC) | ONEM |
| X-Road estonien : institutions connectées | 929+, >1,3 milliard de requêtes/an | e-Estonia |
| X-Road estonien : économie annuelle | 2 % du PIB | e-Estonia |
| Udbetaling Danmark (Danemark) : économie administrative | 35 % après centralisation | Sources diverses |
| Détection de la fraude au Danemark : rendement | 61,9 M€ récupérés pour 3,4 M€ investis (18:1) | Interoperable Europe / UE |
| Real Time Information (Royaume-Uni) : réduction de la fraude | Fraude liée aux salaires dans l'Universal Credit quasiment éliminée | DWP / GOV.UK FYE 2025 |
| Réforme néerlandaise de l'incapacité de travail | Entrées passées de 1,5 % à 0,5 % de la population active | OCDE / études diverses |
| CPF de Singapour : actifs sous gestion | 609,5 Mds SGD pour 4,2 millions de titulaires de compte | CPF Board 2024 |
| Enveloppe orange suédoise | 6 millions de destinataires/an, 65 % en numérique | Pensionsmyndigheten |
Position 1 : séparer l'assurance de la solidarité, rendre visible ce qui relève du droit et ce qui relève de la faveur
Les faits
Le système belge mélange deux logiques fondamentalement différentes en un ensemble opaque. Les travailleurs versent 13,07 % de leur salaire brut en cotisations sociales, les employeurs 27 à 28 %, mais ces cotisations disparaissent dans la Gestion financière globale de l'Office national de sécurité sociale (ONSS). Sans affectation spécifique aux différentes branches. Personne ne peut voir combien il s'est personnellement constitué en droits de pension, en assurance maladie ou en protection contre le chômage. En même temps, les droits assurés (proportionnels aux cotisations) et les mesures de solidarité (financées par l'impôt) sont traités pêle-mêle : la dotation d'équilibre de l'autorité fédérale, 5,4 milliards d'euros en 2023, en route vers 12 milliards d'euros en 2028, couvre le déficit structurel sans que cela apparaisse comme un coût de solidarité distinct.
En Suède, 6 millions de citoyens reçoivent chaque année l'« enveloppe orange » : un aperçu personnel de leur capital de pension constitué, des cotisations de l'année écoulée et une projection de leur pension mensuelle à différents âges de départ. La recherche montre que cette transparence influence de manière démontrable le comportement en matière de pension. À Singapour, le tableau de bord du CPF affiche en temps réel le solde de trois comptes personnels (pension, soins de santé, logement) pour 4,2 millions de titulaires de compte. En Allemagne, le système des Rentenpunkte rend le lien concret : qui gagne le salaire moyen (51.944 euros en 2026) se constitue exactement 1,0 point de pension par an. La Belgique a MyPension.be. Un bon début. Mais aucun équivalent pour les autres branches, et aucun aperçu intégré de tous les droits sociaux.
Ce que nous allons faire
- Instaurer un tableau de bord personnel de la sécurité sociale sur le modèle suédois/singapourien : chaque citoyen voit en ligne combien il a cotisé, ce qu'il s'est constitué en pension, en assurance maladie et en protection contre le chômage, et quelle est l'allocation projetée selon différents scénarios.
- Imposer la transparence budgétaire : chaque euro que l'État investit dans la sécurité sociale à partir de la fiscalité générale est explicitement étiqueté « contribution de solidarité ». Séparément des primes d'assurance. La dotation d'équilibre est rendue visible chaque année par branche.
- Un rapport de contributivité pour chaque nouveau droit : les responsables politiques qui créent de nouveaux droits doivent obligatoirement mentionner (a) le coût, (b) la source de financement et (c) l'impact sur le rapport cotisation/allocation. Fini les promesses non financées.
Éprouvé : Suède (enveloppe orange, 6 millions de destinataires, effet démontré sur le comportement en matière de pension), Singapour (tableau de bord CPF, transparence en temps réel pour 4,2 millions de titulaires de compte), Allemagne (Rentenpunkte : clairs, proportionnels, communiqués chaque année aux personnes de 27 ans et plus).
Position 2 : renforcer la contributivité. Qui cotise se constitue des droits. Travailler paie toujours.
Les faits
La Belgique a le coin fiscal sur le travail le plus élevé de l'OCDE (52,6 %), mais l'un des liens les plus faibles entre cotisations et allocations. Le système de pension est érodé par des « périodes assimilées » étendues. Le chômage, la maladie et les interruptions de carrière comptent à 100 % du dernier salaire. Le plafond salarial d'environ 55.657 euros par an limite la constitution de la pension, quel que soit le niveau plus élevé des cotisations. Les fonctionnaires reçoivent en moyenne environ 2.731 euros nets de pension par mois, contre environ 1.710 euros pour les salariés. 60 % de plus. Sur la base d'une formule liée au dernier traitement.
Le piège à l'inactivité est particulièrement aigu : lors du passage du chômage à un emploi au salaire minimum, le gain de revenu net n'est que de 287 à 678 euros par mois selon le type de ménage (Sampol 2024 ; service d'études de la FGTB 2024). Il s'agit de la différence avant la perte des avantages liés. Après l'effet de seuil sur le tarif social de l'énergie, le logement social, les transports en commun à tarif réduit et le quotient conjugal, la différence effective peut être encore nettement plus faible, dans certains cas proche de zéro. La cause du piège à l'inactivité ne réside donc pas dans des allocations de chômage prétendument « généreuses », mais dans la perte abrupte des avantages soumis à conditions de ressources dès le premier euro de salaire. L'OCDE constate que « les désincitations financières au travail sont substantielles pour les travailleurs à bas revenus » en Belgique.
À titre de comparaison : le Royaume-Uni a introduit avec l'Universal Credit le principe d'un taux de réduction unique (55 pence par livre gagnée au-delà d'un montant de revenus exonéré), ce qui a réduit de manière démontrable la pression marginale sur les bas revenus. La mise en œuvre s'est toutefois accompagnée de graves problèmes de transition : un délai d'attente intégré de cinq semaines, un endettement dû à des avances récupérées sous forme de prêts, et un recours croissant aux banques alimentaires (+30 à 48 % dans les zones UC, Trussell Trust). La Chambre des Lords a conclu en 2020 que le système « isn't working » sous sa forme d'alors. La France utilise la Prime d'activité comme complément de revenu d'activité, avec moins de risques de transition. Le bonus à l'emploi en Belgique (au maximum environ 272 euros par mois pour les salaires inférieurs à 2.970 euros) est un pas dans la bonne direction, mais compense insuffisamment l'effet de seuil.
Ce que nous allons faire
- Lier chaque allocation à l'historique des cotisations : qui a cotisé plus longtemps et davantage se constitue proportionnellement des droits plus élevés. Garantie minimale pour tous ceux qui ont cotisé, mais le plafond doit rester payant.
- Supprimer les effets de seuil : les avantages liés (tarif social, logement, transports) sont réduits progressivement à mesure que le revenu augmente, au lieu de s'arrêter brutalement. Microsimulation préalable pour chaque mesure politique afin de détecter les pièges à l'inactivité.
- Garantie « travailler paie toujours » : la différence de revenu net entre l'allocation et un emploi au salaire minimum est d'au moins 500 euros par mois, quelle que soit la situation familiale. Si nécessaire via une extension du bonus à l'emploi et du jobbonus flamand.
- Réformer les périodes assimilées : les périodes de chômage et d'inactivité ne comptent plus à 100 % du dernier salaire pour le calcul de la pension. Un système par paliers : la première année à 80 %, ensuite en baisse. Qui travaille se constitue toujours davantage que qui ne travaille pas.
Éprouvé : Allemagne (Rentenpunkte : proportionnalité directe entre cotisations et pension), Royaume-Uni (Universal Credit : le concept de taux de réduction de 55 % a effectivement abaissé les pressions marginales ; la mise en œuvre a connu de graves problèmes, mais le principe d'un taux de réduction unique est largement validé), Danemark (flexicurité : taux de remplacement élevé mais strictement limité dans le temps à 2 ans).
Position 3 : la solidarité avec des limites claires. Un filet de sécurité, pas un hamac
Les faits
La Belgique était jusqu'en 2025 le dernier pays de l'UE à accorder des allocations de chômage illimitées dans le temps. Même si les montants diminuaient par dégressivité, de 65 % du salaire plafonné pendant les trois premiers mois à un minimum forfaitaire d'environ 953 euros par mois pour les cohabitants après 48 mois, ils ne s'arrêtaient jamais. Avec 44,4 % des chômeurs sans emploi depuis plus de 2 ans, le système a créé une dépendance structurelle de longue durée. Le taux de remplacement net initial de la Belgique était l'un des plus élevés de l'OCDE. Le gouvernement De Wever I a introduit une limitation à 24 mois (2025-2027).
Au niveau international, la norme est limpide : Danemark 2 ans, Allemagne (ALG I) 6 à 24 mois selon l'âge, Pays-Bas 3 à 24 mois, Royaume-Uni 6 mois, France 6 à 24 mois, États-Unis environ 6 mois. Partout, la limitation dans le temps est couplée à une activation intensive. Le Danemark investit environ 2 % du PIB dans la politique active du marché du travail. Le niveau le plus élevé de l'OCDE. Et atteint ainsi un taux de chômage d'environ 5 %.
Le nombre de malades de longue durée (526.507 fin 2023) dépasse désormais le nombre de chômeurs. La croissance, +100.000 en cinq ans, s'explique en partie par des règles plus strictes en matière de RCC (ex-prépension), qui poussent les gens vers l'incapacité de travail comme porte de sortie alternative. Le coût de l'incapacité de travail a dépassé 9 milliards d'euros en 2023, avec une prévision tendant vers 13 milliards d'euros d'ici 2029. L'Institut national d'assurance maladie-invalidité (INAMI) reconnaît que le contrôle médical de l'incapacité de travail est « en grande partie démantelé ».
Ce que nous allons faire
- Maintenir et renforcer la limitation dans le temps des allocations de chômage : 24 mois maximum, couplés à un trajet d'activation obligatoire avec des engagements contraignants. À l'issue : passage au revenu d'intégration avec des conditions plus strictes, pas de retour au chômage.
- L'activation comme droit et comme devoir : chaque chômeur reçoit dans les 4 semaines un plan d'activation personnel avec accompagnement, formation et/ou expérience professionnelle. Qui refuse structurellement de collaborer perd progressivement ses droits aux allocations. Relever l'investissement dans le budget d'activation au niveau danois (environ 2 % du PIB).
- Réformer l'incapacité de travail sur le modèle néerlandais : les employeurs deviennent financièrement responsables de la réintégration pendant la première année de maladie (Gatekeeper Protocol). Distinction entre incapacité de travail totale et permanente (allocation plus élevée) et incapacité de travail partielle/temporaire (fortes incitations au retour). Les Pays-Bas ont ainsi réduit de moitié les entrées, de 1,5 % à 0,5 % de la population active.
- Rétablir le contrôle médical : évaluation médicale indépendante en cas d'incapacité de travail de longue durée après 6, 12 et 24 mois, axée sur la capacité de travail restante et le travail adapté. Investir dans la médecine de contrôle de l'INAMI.
Éprouvé : Danemark (2 ans max + budget d'activation d'environ 2 % du PIB → chômage d'environ 5 %), Pays-Bas (réforme WIA : entrées en incapacité de travail réduites de moitié, dépenses passées de 3,9 % à 1,8 % du PIB), Allemagne (réformes Hartz : chômage passé de 12 % à 5 %).
Position 4 : lutte contre la fraude. Moins de règles, plus de données, tolérance zéro
Les faits
La lutte belge contre la fraude a récupéré 434,9 millions d'euros en 2024. Un record, mais à peine environ 0,5 % du budget total de la sécurité sociale. L'économie souterraine est estimée par le monde académique à 15 à 20 % du PIB. Le SIRS (Service d'information et de recherche sociale) a mené 137.796 enquêtes en 2024 ; 37 % des contrôles conjoints des cellules d'arrondissement ont constaté des infractions. L'INAMI a découvert en 2023 pour 18,3 millions d'euros de facturations indues dans l'assurance maladie. 0,04 % du budget des soins de santé de 45 milliards d'euros. La Belgique utilise actuellement le système Dimona pour les déclarations d'entrée et de sortie de service, mais ne dispose pas d'une déclaration des salaires en temps réel comme le Royaume-Uni (RTI) ou l'Australie (Single Touch Payroll).
Au niveau international, les preuves sont accablantes : la prévention fonctionne mieux que la répression. Le système britannique Real Time Information, dans lequel les employeurs transmettent des données au HMRC à chaque traitement de la paie, a quasiment éliminé la fraude liée aux salaires dans l'Universal Credit. Le Royaume-Uni estime l'économie à des centaines de millions de livres par an. L'unité danoise de data mining a investi 3,4 millions d'euros et en a récupéré 61,9 millions (rendement 18:1). Le modèle proactif estonien calcule automatiquement les allocations sur la base de données de registres vérifiées, ce qui fait disparaître structurellement les possibilités de fraude.
Vulnérabilités spécifiques à la fraude auxquelles HART s'attaque :
- Fraude à l'emploi fictif : engager des amis ou des membres de la famille à un salaire élevé et les licencier peu après pour réclamer des allocations de chômage élevées. La législation belge exclut les liens familiaux (conjoints, cohabitants, parents jusqu'au 3e degré) des présomptions légales contre les faux indépendants, ce qui crée une porte dérobée.
- Chômage de longue durée stratégique : le système rendait rationnel le choix de ne pas travailler lorsque la différence de revenu net avec le travail est minime en raison de l'effet de seuil lié à la perte des avantages liés.
- Fraude au domicile : des couples qui se séparent officiellement pour recevoir des allocations d'isolé plus élevées, mais cohabitent en réalité. En Flandre, seuls 206 locataires sociaux ont été pris en 2020-2021 sur plus de 175.000 logements. Moins de 0,12 %.
- Fraude au cumul : combiner des allocations avec du travail au noir. L'estimation du travail au noir atteint 15 à 20 % du PIB.
- Fraude à l'incapacité de travail : en raison de l'affaiblissement du contrôle médical, les entrées annuelles en incapacité de travail ont à peu près doublé depuis 2005.
Avertissement crucial : la détection algorithmique de la fraude exige transparence et supervision humaine. Le système néerlandais SyRI (détection algorithmique des risques) a été interdit par le juge en 2020 pour violation de la CEDH et n'a détecté aucun cas de fraude en 5 ans. La toeslagenaffaire (le scandale des allocations) a entraîné la chute du gouvernement Rutte après que 26.000 à 35.000 familles ont été accusées à tort. Le scandale australien Robodebt a coûté 1,87 milliard AUD de règlements après 526.000 avis de dette illégaux.
Ce que nous allons faire
- Instaurer la déclaration des salaires en temps réel sur le modèle britannique (RTI) : les employeurs transmettent à l'ONSS les données salariales actuelles à chaque traitement de la paie. Le recoupement automatique avec les données des allocations élimine la plus grande catégorie de fraude. Le Royaume-Uni montre que la fraude liée aux salaires disparaît ainsi presque entièrement.
- Lier le calcul des allocations à l'historique complet des cotisations : les allocations de chômage sont calculées sur la base du salaire moyen sur l'ensemble de la carrière (ou au moins les 5 dernières années), et non plus uniquement sur le dernier salaire perçu. Cela élimine l'astuce du « salaire élevé bref, puis licenciement ».
- Renforcer la période de stage en cas d'emploi de courte durée : qui a travaillé moins de 12 mois avant son licenciement reçoit un taux de remplacement plus faible. Revoir les périodes minimales de cotisation pour décourager les emplois stratégiquement courts.
- Contrôle numérique du domicile par croisement de données : croiser les profils de consommation d'énergie, les adresses IP des communications avec l'administration et les données bancaires (avec autorisation judiciaire) pour détecter la fraude structurelle au domicile. Pas de visites domiciliaires comme première étape, mais l'analyse de données comme mécanisme déclencheur.
- Rendre obligatoire le contrôle médical en cas d'incapacité de travail de longue durée (voir Position 3).
- Des algorithmes transparents : toute détection automatisée de la fraude fait l'objet d'un audit public, avec un contrôle humain final pour chaque décision individuelle. Pas de SyRI, pas de Robodebt, pas de toeslagenaffaire.
- Renforcer le point de contact : le Point de contact pour une concurrence loyale (75.838 signalements depuis 2015, 65,2 millions d'euros de produit) reçoit plus de capacité et un suivi plus rapide. Les signalements anonymes sont pris en traitement dans les 30 jours.
- Moins de règles, moins d'astuces : plus le système est complexe, plus il y a de failles. En simplifiant les allocations (moins de catégories, moins d'exceptions), les possibilités d'abus sont structurellement réduites.
Éprouvé : Royaume-Uni (RTI : fraude liée aux salaires quasiment éliminée), Danemark (data mining : rendement 18:1), Estonie (octroi proactif des allocations : fraude structurellement évitée par le calcul automatique), Australie (Single Touch Payroll : déclaration des salaires en temps réel). Avertissement : Pays-Bas (SyRI interdit, toeslagenaffaire : plus de 26.000 familles accusées à tort), Australie (Robodebt : 1,87 milliard AUD de règlements).
Position 5 : fusionner les institutions, de la fragmentation au guichet unique
Les faits
La Belgique entretient un paysage institutionnel d'une fragmentation unique, qui trouve son origine dans la pilarisation historique. La sécurité sociale fédérale compte une douzaine d'institutions publiques (ONSS, ONEM, INAMI, SFP, Fedris, INASTI, ONVA, BCSS, CAPAC, CAAMI, Sigedis, Smals). S'y ajoutent 23 mutualités réparties en 5 unions nationales, 4 organismes de paiement des allocations de chômage (3 syndicats + CAPAC), 10 caisses de vacances et, depuis la sixième réforme de l'État, 4 régimes distincts d'allocations familiales. L'effectif total se situe probablement entre 30.000 et 40.000+ personnes, même s'il n'existe aucun chiffre consolidé.
Les caisses de vacances illustrent l'absurdité : 10 caisses (la Caisse de l'ONVA, l'Office national des vacances annuelles, plus 9 caisses sectorielles) versent 5,52 milliards d'euros de pécule de vacances à 1.615.297 ouvriers. Un circuit qui n'existe que par la distinction historique entre ouvriers et employés. La loi de 2014 sur le statut unique a harmonisé les délais de préavis, mais n'a explicitement pas touché au système du pécule de vacances. La Cour des comptes a relevé des « erreurs importantes » dans les comptes annuels de l'ONVA. La Caisse auxiliaire d'assurance maladie-invalidité (CAAMI) n'avait, en août 2022, déposé aucun compte annuel pour 2019, 2020 et 2021. L'INAMI n'avait pas de comptes annuels pour 2017, 2018, 2019 et 2020. Quatre années consécutives.
À titre de comparaison : le Royaume-Uni gère toute la sécurité sociale via un seul Department for Work and Pensions (DWP, environ 97.000 collaborateurs) qui sert 23,7 millions de personnes. Le Danemark a centralisé les paiements au sein d'Udbetaling Danmark et a réalisé 35 % d'économies administratives. L'Estonie gère les pensions, les prestations familiales, l'incapacité de travail et l'aide aux victimes via un seul Social Insurance Board doté d'un portail numérique SKAIS.
Ce que nous allons faire
- Un seul Office national de sécurité sociale : l'ONSS, l'ONEM, l'ONVA, la CAPAC, la CAAMI et Fedris fusionnent en une seule organisation d'exécution avec une infrastructure informatique, des RH et des bureaux partagés. L'INAMI conserve un rôle d'évaluation médicale distinct, mais intègre les fonctions administratives.
- Supprimer les caisses de vacances : le pécule de vacances des ouvriers est versé directement par l'employeur, comme dans le système des employés. Les 10 caisses de vacances sont liquidées. L'ONSS conserve un rôle de contrôle minimal.
- Un seul organisme de paiement des allocations de chômage : le paiement des allocations de chômage est centralisé auprès du nouvel Office national. Les syndicats conservent leur rôle syndical et de prestataire de services, mais perdent le monopole du paiement de fonds publics. Une période de transition de 3 ans avec réemploi garanti du personnel.
- Réformer les mutualités : les 23 mutualités conservent leur rôle d'intermédiaire d'assurance et de prestataire de services complémentaires, mais l'administration de l'assurance maladie obligatoire est centralisée. Un seul système informatique, une seule norme comptable, audit financier annuel obligatoire.
- Publication annuelle des frais d'administration par institution : chaque institution de sécurité sociale publie un aperçu standardisé des frais de personnel, des frais informatiques, des frais immobiliers et des frais d'administration par dossier. Benchmarking avec des institutions étrangères comparables.
Éprouvé : Royaume-Uni (DWP : une seule agence pour toute la sécurité sociale, environ 97.000 collaborateurs pour 23,7 millions de bénéficiaires), Danemark (Udbetaling Danmark : 35 % d'économies administratives après centralisation), Estonie (Social Insurance Board : une seule institution pour les pensions, les prestations familiales, l'incapacité de travail et l'aide aux victimes via le portail numérique SKAIS).
Position 6 : numérisation, de la BCSS à un X-Road belge
Les faits
La Banque Carrefour de la Sécurité sociale (BCSS) belge, créée en 1990, dix ans avant le X-Road estonien, était visionnaire à sa création et a remporté en 2006 le Public Service Award de l'ONU. Le système relie environ 3.000 acteurs du secteur social et a évité en 2013 plus de 283 millions d'extraits papier. Mais la BCSS se limite au secteur de la sécurité sociale, alors que X-Road relie plus de 929 institutions dans tous les secteurs publics et dans le secteur privé.
L'Estonie a atteint en décembre 2024 une numérisation à 100 % des services publics. Premier pays au monde. X-Road traite chaque année plus de 1,3 milliard de requêtes, dont seulement 3 % émanent de citoyens ; le reste est constitué d'échanges automatisés de machine à machine. Coût total du système : à peine 50 à 60 millions d'euros par an, pour une économie estimée à 2 % du PIB. Le principe « once only » est ancré dans la loi : aucune institution ne peut demander des données que l'État possède déjà.
L'innovation la plus impressionnante de l'Estonie est le service proactif : à la naissance d'un enfant, tous les services qui en découlent sont activés automatiquement sur la base de plus de 80 conditions. Les parents reçoivent une proposition d'allocation précalculée qu'ils confirment en un clic. Les contacts directs avec les usagers ont diminué de 88 %, la satisfaction des usagers atteint 91 %. En Belgique, le Groeipakket (allocations familiales flamandes) a atteint en 2019 une automatisation poussée des allocations familiales. Un succès. Mais la plupart des autres branches (chômage, incapacité de travail, aide du CPAS) exigent encore une demande manuelle.
Ce que nous allons faire
- Développer la BCSS en un X-Road belge : étendre le périmètre de la seule sécurité sociale à tous les niveaux de pouvoir (fédéral, régional, communal). Ancrage légal du principe once only : l'administration ne peut jamais demander deux fois la même information à un citoyen.
- Déployer l'octroi proactif des droits dans toutes les branches de la sécurité sociale : calcul et octroi automatiques des allocations sur la base des données connues. Les citoyens confirment, ils ne demandent pas. Commencer par l'intervention majorée dans les soins de santé, le revenu d'intégration et les indemnités d'incapacité de travail.
- Tableau de bord numérique de la sécurité sociale (voir Position 1) : un seul portail qui affiche tous les droits, cotisations et projections. Pensions, assurance maladie, protection contre le chômage, prestations familiales. Au lieu de la situation actuelle où chaque domaine a son propre système.
- Open data et contrôle citoyen : sur le modèle estonien, chaque citoyen peut voir qui a consulté ses données et pourquoi. Chaque échange de données est signé numériquement, horodaté et journalisé.
- Investir dans les compétences numériques : les guichets physiques restent disponibles pour qui ne suit pas le numérique, mais le canal standard devient numérique. Les communes reçoivent des moyens pour l'accompagnement numérique des groupes vulnérables.
Éprouvé : Estonie (X-Road : 929+ institutions, 1,3 milliard de requêtes/an, administration 100 % numérique, économie de 2 % du PIB), Danemark (MitID : 96,6 % d'adoption, Digital Post : 94 % d'utilisation, borger.dk : tableau de bord citoyen intégré, n° 1 du Digital Government Index de l'ONU 2024), Belgique (Groeipakket : automatisation poussée des allocations familiales en 2019).
Position 7 : soutenabilité financière, des stabilisateurs automatiques plutôt que des réactions politiques de panique
Les faits
Le Comité d'étude sur le vieillissement projette que les dépenses sociales totales passeront de 25,8 % du PIB en 2023 à 29,6 % en 2050 et à 30,0 % en 2070 à politique inchangée. Une hausse de 4,2 points de pourcentage. Avec les mesures de pension de 2025, la projection pour 2070 redescend à 27,5 % du PIB. Les dépenses de pension s'élevaient à 64,7 milliards d'euros en 2023, tous régimes confondus. L'âge de la pension passe à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030.
La Belgique est l'un des rares pays à pratiquer une indexation automatique complète des salaires et des allocations liée aux prix à la consommation (avec le Luxembourg, Malte et Chypre). Pendant la vague d'inflation 2020-2023, ce mécanisme a produit une hausse salariale cumulée d'environ 17 à 18 %, creusant un écart salarial de 2,9 points de pourcentage avec les pays voisins fin 2023. Le gouvernement De Wever a introduit la réforme « Index in Geld » (2025) : au-dessus de 4.000 euros bruts par mois, seule la moitié de l'indexation supplémentaire revient au travailleur.
La Suède a résolu structurellement le problème de soutenabilité avec le frein automatique des pensions (« bromsen »), inscrit dans la loi en 2000. Un mécanisme d'équilibre compare les actifs du système (recettes de cotisations + fonds tampons) avec les engagements (obligations de pension). Lorsque le ratio passe sous 1,0, l'indexation est automatiquement réduite. Tant pour les cotisants actifs que pour les pensionnés. Sans décision politique. Le frein a été effectivement activé en 2010, 2011 et 2014. Le taux de cotisation fixe de 18,5 % n'a jamais été modifié ; toute la soutenabilité vient du côté des prestations. La Suède prévoit aussi, à partir de janvier 2027, un « mécanisme de surplus » (pensionsgasen) qui distribue les actifs excédentaires lorsque la santé financière du système dépasse un seuil de 15 %.
Ce que nous allons faire
- Instaurer un mécanisme d'équilibre automatique pour les pensions sur le modèle suédois : lorsque le rapport entre les recettes de cotisations et les engagements de pension passe sous une valeur seuil, l'indexation des pensions est automatiquement freinée. Lorsque le système affiche un surplus, les pensions sont automatiquement majorées. Aucune intervention politique nécessaire.
- Chaque nouveau droit social exige un plan de financement : aucune loi créant de nouveaux droits sans une source de financement concrète et simultanée. Évaluation obligatoire par le Bureau fédéral du Plan de la soutenabilité budgétaire sur 20 ans.
- Moderniser l'indexation : l'indice santé (base de l'indexation automatique) est revu pour lisser les composantes volatiles (énergie, alimentation) via une moyenne mobile, ce qui amortit les hausses soudaines du coût salarial sans entamer structurellement le pouvoir d'achat. À terme, le lier à une combinaison d'inflation et de croissance économique.
- Renforcer le Comité d'étude sur le vieillissement : son mandat est étendu à des avis contraignants lorsque les projections de dépenses dépassent certaines valeurs seuils, par analogie avec le frein automatique suédois. Le Comité publie chaque année un « indicateur de soutenabilité » qui détermine si des mesures correctrices sont nécessaires.
Éprouvé : Suède (frein automatique des pensions depuis 2000 : activé en 2010, 2011 et 2014, cotisation fixe de 18,5 % jamais modifiée, système financièrement stable sans modifications législatives), Allemagne (Nachhaltigkeitsfaktor : indexation des pensions liée au rapport pensionnés/cotisants), Pays-Bas (Wet Toekomst Pensioenen 2023 : passage d'un système à prestations définies (defined benefit) à un système à cotisations définies (defined contribution) pour 1.500 milliards d'euros d'avoirs de pension).
Résumé
La sécurité sociale belge coûte 93,6 milliards d'euros par an, affiche un déficit structurel qui grimpe vers 14,4 milliards d'euros d'ici 2029 et impose la pression fiscale sur le travail la plus élevée au monde. 52,6 % pour un travailleur isolé, contre une moyenne OCDE de 34,9 %. Malgré cet investissement colossal, la Belgique obtient des résultats médiocres sur les indicateurs qui comptent vraiment : un taux d'emploi de 72,3 % contre 83,5 % aux Pays-Bas et 81,3 % en Allemagne, un taux d'inactivité de 20,9 % dans la population en âge de travailler, 526.507 malades de longue durée (une hausse de 100.000 en cinq ans) et 127.700 chômeurs sans emploi depuis plus de deux ans. Le système qui a été construit pour protéger les travailleurs a dégénéré en un labyrinthe opaque où plus personne ne sait ce qui relève du droit et ce qui relève de la faveur, et où les abus prospèrent précisément parce que la complexité le permet.
HART ne propose pas une démolition, mais une reconstruction sur sept piliers, chacun éprouvé dans des pays qui font mieux. Le premier pilier est la transparence : sur le modèle de l'enveloppe orange suédoise et du tableau de bord CPF singapourien, chaque Belge doit pouvoir voir en un seul aperçu ce qu'il a cotisé, ce qu'il s'est constitué et ce à quoi il a droit. Le deuxième pilier est la contributivité : qui cotise davantage et plus longtemps se constitue proportionnellement plus de droits, et travailler doit toujours rapporter plus en net que ne pas travailler. Le troisième pilier est un filet de sécurité équitable mais délimité : la solidarité pour qui en a besoin, mais temporaire et activante, sur le modèle éprouvé de la flexicurité danoise et de la réforme néerlandaise de l'incapacité de travail qui a réduit de moitié les entrées.
Le quatrième pilier est une lutte contre la fraude qui commence par la prévention plutôt que par la répression. Le système britannique Real Time Information a quasiment éliminé la fraude liée aux salaires dans l'Universal Credit. Un modèle que la Belgique peut et doit reprendre. En même temps, nous tirons les leçons des scandales survenus ailleurs : le SyRI néerlandais a été interdit pour violation des droits humains, la toeslagenaffaire a brisé 26.000 familles, et le Robodebt australien a coûté près de deux milliards en règlements. La détection de la fraude par algorithmes exige toujours transparence, supervision humaine et proportionnalité. Le cinquième pilier est la simplification institutionnelle : la douzaine d'institutions fédérales, les 23 mutualités, les 10 caisses de vacances et les 4 organismes de paiement des allocations de chômage doivent être ramenés à un nombre gérable, sur le modèle du DWP britannique qui, depuis une seule agence, sert 23,7 millions de personnes.
Le sixième pilier est la numérisation : la BCSS belge était en 1990 une première mondiale, mais elle a été dépassée par le X-Road estonien, qui relie 929 institutions, traite 1,3 milliard de requêtes par an et calcule les allocations de manière proactive sans que les citoyens aient à demander quoi que ce soit. Le septième pilier est la soutenabilité financière : pas de réactions politiques de panique tous les cinq ans, mais des stabilisateurs automatiques sur le modèle suédois, qui corrigent le système lorsque les chiffres l'exigent, sans que les responsables politiques aient à intervenir. La Suède dispose de ce mécanisme depuis 2000 et n'a depuis lors jamais dû adapter son taux de cotisation.
La comparaison internationale est impitoyable pour la Belgique : d'autres pays obtiennent de meilleurs résultats avec moins de complexité, des coûts plus bas et des incitants plus forts. HART choisit une sécurité sociale juste pour qui cotise, protectrice pour qui en a besoin et implacable pour qui abuse. Pas par plus de règles, mais par des systèmes plus intelligents. Pas par plus d'argent, mais par une meilleure utilisation. Pas par plus d'institutions, mais par moins. Et de meilleures.
Une sécurité sociale qui fonctionne est une sécurité sociale que vous pouvez comprendre. HART transforme un labyrinthe opaque en un contrat clair : vous cotisez, vous vous constituez des droits, vous êtes protégé. Transparent, équitable, soutenable.